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Les transformateurs de fruits du Bénin plaident pour un soutien de l’État

Dieu-Donné Alladjodjo est président d’une coopérative et
Directeur général de PromoFruits Bénin, une société créée
par la coopérative pour gérer l’unité industrielle de transformation
de l’ananas en jus IRA vendu en cannettes. Il nous parle
ici de son parcours et nous dévoile quelques conseils.

23 Joachim N. Saizonou : Avant d’être Directeur général
de la société PromoFruits Bénin, vous avez commencé
comme producteur d’ananas. Pouvez-vous nous présenter
votre parcours ?

Dieu-Donné Alladjodjo : Originaire de Sékou,
dans la Commune d’Allada, je suis fils de paysan et
l’ananas était produit pour les besoins de la famille.
Quand j’ai intégré le lycée technique à Cotonou, j’ai
commencé des réflexions sur cette culture et, de mes
contacts avec d’autres producteurs de la région, il
ressort qu’on pouvait bien gagner sa vie avec même
un demi-hectare si on respecte bien l’itinéraire
technique. Avec d’autres jeunes de la localité, j’ai pu
suivre des formations, et en 1997 je me suis installé
comme producteur d’ananas. En 1998, nous avons
créé la coopérative IRA. Étant l’un des rares lycéens
à revenir à la terre, mes collègues ont placé leur confiance
en moi pour les représenter dans les différentes
organisations de producteurs. C’est donc ainsi que je
suis devenu Président de la Chambre départementale
d’agriculture Atlantique-Littoral, poste auquel j’ai
été reçu dans l’ordre du mérite agricole.

Fiche technique

Zones de production : l’ananas est produit au sud
du Bénin, principalement dans six communes. Les
variétés cultivées sont le Cayenne lisse (variété
produite essentiellement pour l’exportation) et le
Abacaxi (ou pain de sucre) qui se produit pour les
marchés locaux et régionaux.
La production au Bénin  : la culture de l’ananas
couvre une superficie totale de 2 200 ha (2007) pour
une production de 150 000 tonnes. Cette activité
occupe 1 055 producteurs individuels ou regroupés
en coopératives. Les rendements moyens atteignent
58 tonnes/ha.
Le jus IRA en cannette : Issu de l’unité de transformation
située au coeur de la zone de production
d’ananas, le jus d’ananas IRA est tiré de l’ananas
pressé, pasteurisé et mis en cannettes. Il n’y a pas
d’eau, pas de sucre, pas de colorant et pas de conservateur
ajoutés. C’est seulement la pasteurisation
qui permet au jus d’assurer sa conservation.
Distribution/Prix : Les cannettes de jus d’ananas
IRA se retrouvent presque partout au Bénin et dans
la sous-région ouest-africaine. Deux formats de
cannettes sont proposés : 25 cl à 250 FCFA et 42 cl
à 500 FCFA. En comparaison, la boisson gazeuse
classique est vendue à Cotonou à 300 FCFA pour
33 cl et 550 FCFA pour 66 cl. Le jus IRA est contrôlé
et certifié par la Direction de l’alimentation
et de la nutrition appliquée (Dana) et a obtenu les
agréments de l’UEMOA et de la Cedeao.

JNS : Comment s’est alors passé le passage à la transformation
 ?

DA : À l’époque, la production d’ananas était confrontée
à de sérieux problèmes de débouchés pour de
nombreux producteurs. Vendre localement revenait
tout simplement à brader sa production. Du côté de
l’exportation, les exigences des marchés ne permettent
pas aux producteurs du Bénin d’exporter une grande
quantité : seulement 2 % de la production nationale
est exportée. Face à cette situation, la transformation
est la seule alternative. Au départ, nous n’avions pas
envisagé la transformation par nous-mêmes de nos
produits. Nous avons mené des actions de plaidoyer
en faveur de l’utilisation des fruits locaux par la plus
grande brasserie du Bénin pour la fabrication des
boissons gazeuses. Malheureusement toutes les démarches
entreprises dans ce sens ont échoué. On nous
a dit que l’État ne pouvait pas imposer à la Sobebra
(Société béninoise de brasserie) l’utilisation de telle
ou telle matière première. Nous avons alors décidé
de prendre notre destin en main. Lors de l’Assemblée
générale de la coopérative en 2003, la décision
fut prise d’aller vers la transformation. J’ai alors été
nommé Directeur général de la société à créer pour
assurer la gestion de cette fonction.

JNS : Aujourd’hui PromoFruits Bénin est une véritable
industrie. Comment en êtes-vous arrivé là ?

DA : Avec les premiers équipements que nous avions
acquis sur des fonds propres, on ne pouvait transformer
que 200 kg d’ananas par jour. Avec le temps,
étant en plus membre de l’Union départementale
des producteurs (UDP) de l’Atlantique Littoral, la
coopérative IRA a été reconnue au plan national et ses
membres ont bénéficié de nombreuses formations et
d’une assistance technique. Face à l’intérêt grandissant
pour nos produits, il a été jugé nécessaire d’aller
au crédit bancaire pour renforcer les équipements.
Aujourd’hui nous avons définitivement tourné le
dos aux procédés artisanaux. Nous disposons d’une
chaîne de transformation ultramoderne qui permet
un traitement automatique des fruits jusqu’à la mise
en cannettes Une fois les tranches introduites dans
la machine, ce sont les cannettes qui sortent pour le
processus d’emballage (mise en carton). Au départ
c’était aussi des bouteilles de récupération qu’on utilisait. Aujourd’hui nous avons personnalisé notre
emballage avec les cannettes. Nous transformons
plus de 80 tonnes d’ananas par jour.

JNS : Quels sont vos rapports avec vos partenaires notamment les producteurs ?
DA : Pour PromoFruits Bénin, les premiers partenaires
sont les fournisseurs de matière première, donc
les producteurs. On distingue ceux qui sont membres
de la Coopérative IRA — depuis la création de PromoFruits
Bénin, toute la production de la coopérative
est livrée à l’usine pour la transformation et les coopérateurs
en sont actionnaires — et les autres : une
dizaine d’autres coopératives et quelques producteurs
individuels. Pour garantir cet approvisionnement,
PromoFruits Bénin achète les intrants (engrais et
fongicides) et les distribue à crédit auprès des coopératives
et producteurs partenaires. Le remboursement
se fait aussitôt après livraison des fruits. Le prix de
cession des fruits est convenu d’un commun accord et
donc inscrit sur la convention de partenariat avec les
coopératives. Actuellement nous achetons les fruits à
90 FCFA le kilo. Pour ce que je sais, étant moi-même
producteur, c’est idéal d’avoir un partenariat qui permette
l’écoulement rapide des fruits qui sont avant
tout une denrée périssable. Autrement, le producteur
est obligé de travailler avec les commerçants et ne
peut que brader ses fruits.
Nous avons également de très bonnes relations
avec les partenaires techniques et financiers qui ont
soutenu l’initiative de transformation des fruits par
diverses formations : entrepreneuriat, techniques
de transformation des fruits et légumes, respect des
normes de qualité, etc. Les véritables levées de fonds
ont été opérées avec les banques de la place et pour
en arriver là, il a fallu que notre dossier de prêt soit
déjà partiellement accompagné par le Millénium
Challenge Account
(MCA).

JNS : Quelle démarche faites-vous pour assurer l’écoulement
de vos produits ?

DA : Les relations avec les grossistes datent du temps
où nous mettions le jus dans des bouteilles de récupération.
Avant la création de PromoFruits Bénin, la
production était orientée vers le marché local. Seulement
une infirme partie était exportée. En 2010, peu
après le lancement des cannettes, nous avions fait
diffuser des spots publicitaires sur plusieurs chaînes
de télévision au niveau national et dans certains pays
de la sous-région. Dès lors les distributeurs habituels
venant du Mali, du Niger, du Burkina Faso, du Nigéria
et du Sénégal ont été séduits par le conditionnement
et se sont fait réserver des lignes d’approvisionnement.
De ce fait, IRA est plus connue dans la sous-région
qu’au Bénin. Pour ce que j’observe au Bénin, la forte
présence des jus de fruits naturels sur les différents
marchés n’empêche pas l’écoulement des boissons
gazeuses notamment le Coca-Cola. À mon avis il
reste encore beaucoup d’actions à mener pour tenter
de bousculer les habitudes des consommateurs.

JNS : Quelles sont ces actions et quel est votre message
en direction des autorités du pays ?

DA : Pour nous producteurs et transformateurs artisanaux
des produits agricoles, l’État doit s’engager sur
deux fronts. D’une part, encourager effectivement la
production locale en limitant ou en supprimant (selon
les cas) l’importation des produits qui ont leur équivalent
au Bénin (oeufs, volaille, riz, etc.). Concernant
les fruits, il faudra aussi imposer aux brasseries implantées
chez nous l’utilisation d’au moins 50 % de
matières premières locales. Cette action courageuse, si
elle est faite, pourra réduire considérablement le chômage
des jeunes et doper la croissance économique de
notre pays. D’autre part, donner aussi la priorité aux
produits locaux dans les cocktails et manifestations
officielles où les ressources du pays sont engagées. Si
ces deux actions sont effectivement menées et donc
si les promoteurs ont l’assurance d’écouler leurs produits,
ils investiront facilement pour se conformer aux
normes de qualité. PromoFruits Bénin a fait l’option
d’investir dans la qualité, mais il a, pour longtemps
encore, les banques sur le dos.

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- Dieu-Donné Alladjodjo
est producteur d’ananas,
originaire de Sékou
(Bénin). Aujourd’hui, il est
président de la coopérative
IRA et Directeur général
de PromoFruits Bénin.

- Créée en 1998, la
coopérative IRA (Initiative
pour la relance de
l’ananas) est située à
Allada et rassemble 28
exploitants agricoles
producteurs d’ananas.
Leur superficie moyenne
est de 2,5 ha par membre
soit au total 70 ha. La
production avoisine les
4 000 tonnes par an.

- Société anonyme créée
en 2003 pour la production
et la mise en bouteille de
jus d’ananas, PromoFruits
Bénin ne transformait à sa
création que 200 kg de
fruits par jour et le jus était
mis en bouteilles
recyclables de 25 cl vendues
exclusivement sur le
marché local. Depuis 2010,
PromoFruits Bénin
transforme jusqu’à 80
tonnes de fruits par jour et
vend un produit
conditionné en cannettes.

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