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Introduction aux enjeux de valorisation des produits locaux en Afrique de l’Ouest

Si le fort potentiel de contribution de l’agro-alimentaire
au développement économique et social a été démontré,
ce secteur demeure confronté à de nombreuses contraintes
aussi bien techniques que liées à l’environnement des services
nécessaires à son essor. Autant de défis à relever pour valoriser
les produits locaux.

La part des produits locaux
et régionaux dans la consommation
urbaine des pays ouestafricains
est importante, et le panier
de la ménagère dans cette région est
suffisamment diversifié pour constituer
un potentiel important pour le
développement d’une grande variété
de filières agricoles (cf. article page
5). De plus, malgré de faibles appuis
de la part des politiques publiques,
l’agriculture et l’agro-alimentaire parviennent
à répondre partiellement à
l’accroissement de la demande de consommateurs
urbains (cf. article page
8) toujours plus variée et exigeante
(qualité, origine, praticité, goût pour
la diversité, etc.).
Pourtant, le secteur de la transformation
agricole est aujourd’hui confronté
à de nombreux défis d’ordres
technique, organisationnel, commercial
ainsi qu’aux contraintes liées à
l’environnement des services indispensables
à son essor.

Des défis techniques et des compétences
à renforcer.
Un des principaux
défis est la qualité sanitaire des produits
mis en marché, handicap majeur des
produits locaux (cf. encadré page 8).
L’amélioration des bonnes pratiques
d’hygiène de transformation, mais
aussi l’assurance d’une matière première
de qualité (comme le dit l’expression
populaire : « la qualité d’un
produit commence dans le champ »)
sont deux voies explorées aujourd’hui
pour satisfaire les attentes et limiter les
risques pour le consommateur.
Autre défi : l’amélioration de la
productivité des activités de transformation,
notamment par l’adoption
de technologies améliorées capables
d’atténuer la pénibilité des opérations
et d’introduire des innovations dans
les procédés et les produits. Dans
cette optique, il importe de développer
la production locale de matériels
de transformation et des services
d’entretien et de maintenance de ces
équipements tout en améliorant aussi
l’accès aux pièces détachées.
La présentation des produits locaux
constitue un autre frein important à leur
adoption par les consommateurs, principalement
urbains, qui ont tendance à
comparer les emballages à ceux des produits
manufacturés importés. Le manque
d’offres d’emballages et d’étiquetages de
qualité à des coûts acceptables est un
obstacle souvent évoqué par les acteurs
des micro et petites entreprises agroalimentaires
(MPEA).

Un besoin d’organisation et de dialogue
entre acteurs impliqués.
L’organisation
des professionnels du secteur
de l’agro-alimentaire au sein de
filières et d’interprofessions permet
d’une part de faciliter l’approvisionnement
au travers d’accords entre
acteurs de la filière (contractualisation
par exemple), de dialoguer sur
les prix d’achat entre producteurs et
transformateurs, mais également de
mutualiser des moyens de production
et des forces pour le plaidoyer auprès
des politiques. Aujourd’hui le dialogue
entre représentants de producteurs et
les MPEA est plutôt rare et constitue
un moyen d’améliorer le fonctionnement
des chaînes de valeur. Le dialogue
avec les commerçants, acteurs
clés pour l’approvisionnement des
bassins de consommation, est aussi
à améliorer.
Il en va de même concernant le lien
entre le secteur productif et de transformation
agro-alimentaire d’une part,
et les représentants des consommateurs
d’autre part. Dans plusieurs pays
d’Afrique de l’Ouest, des associations
de consommateurs se renforcent. Il
existe quelques dynamiques visant à
rapprocher les consommateurs et les
producteurs agricoles sur la question du
« manger local ». Au Sénégal, l’Union
nationale des consommateurs sénégalais
(UNCS) s’intéresse à ces questions.
De même en Guinée où le Conseil national
des organisations de la société
civile de Guinée (CNOSC) est un acteur
important pour ce dialogue. Au
Cameroun, l’Association citoyenne de
défense des intérêts collectifs (Acdic)
s’est mobilisée sur la question de l’importation
de poulets en lien avec les
producteurs locaux. Au Burkina Faso,
la Ligue des consommateurs du Burkina
(LCB) initie des partenariats avec
la Confédération paysanne du Faso,
faîtière des OP du pays.

Dao Bassiaka, Confédération paysanne du Faso : Le rôle des associations de consommateurs doit être de formuler des demandes claires de produits, accompagnées de critiques.
« C’est en formulant cette demande de produits et en exigeant de la qualité que les acteurs mettront à la disposition des consommateurs les produits recherchés. Mais dans la majeure partie du temps, les associations de consommateurs ne se tournent pas vers les produits locaux, mais plutôt vers ceux importés et se bornent à rechercher des produits frelatés qui nous viennent de l’extérieur. À mon avis, ces associations devraient travailler à ce qu’il y ait une forte demande tout en faisant émerger des souhaits et des critiques. Pour moi, une critique c’est relever les insuffisances et faire des recommandations pour progresser en conséquence, sans quoi elle devient un dénigrement voire une destruction. Ces associations devraient aussi organiser, à l’image de la CPF, des dîners débats avec des goûters, des conférences de presse avec l’ensemble des acteurs pour faire découvrir le potentiel de produits locaux existants au Burkina Faso. Ces actions peuvent permettre aux consommateurs de voir et d’apprécier la qualité des mets et produits locaux et d’apporter leurs critiques afin d’améliorer la compétitivité. C’est ce genre de rôle que les associations de consommateurs devront jouer pour permettre aux producteurs de s’améliorer. »

Des défis liés à la connexion entre
l’offre et la demande.
Si les produits
mis aujourd’hui en marché par
les MPEA cherchent à répondre à la
demande et y parviennent en partie,
une meilleure connaissance du
marché (notamment via la conduite
d’études de marchés, la prospection
commerciale mais aussi un dialogue
amélioré avec les commerçants et les
consommateurs) permettrait d’une
part, d’orienter le développement de
certaines filières de transformation et
d’autre part, de faciliter l’innovation
dans l’offre de produits.
Développer les circuits de distribution,
notamment urbains, est aussi
un enjeu important. On constate
souvent que si les produits locaux
transformés rencontrent un succès
réel auprès des consommateurs, qui
les découvrent parfois à l’occasion de
foires et autres événements promotionnels,
ces derniers ont souvent du
mal à s’approvisionner régulièrement
du fait de la faiblesse des réseaux de
distribution, de la communication et
de la promotion des produits. Cela est
dû en partie à la faiblesse de l’offre
des MPEA et donc à l’adoption plus
fréquente de circuits courts (dépôts
vente dans les boutiques ou vente
directe), mais aussi à la faiblesse des
moyens financiers qui les amènent à
renoncer à des circuits où le délai de
paiement est trop long (grossistes parfois
et surtout supermarchés : souvent
paiement à 60 jours).
Développer le marketing des produits
 : les MPEA mettant sur les marchés
leurs produits disposent généralement
de peu de moyens pour en faire
la promotion auprès du grand public.
Cela contrairement aux grands groupes
agroindustriels et aux grossistes
importateurs disposant d’une force
financière pour promouvoir leurs
produits (spots télé, affiches publicitaires,
écrans lumineux, etc.).

Christine Kaboré, Afrique verte internationale  : Il faut un environnement favorable à la valorisation des produits !
« Aujourd’hui les transformatrices de céréales que nous accompagnons ont développé leurs activités et notre accompagnement ne suffit plus ! La contrainte majeure réside dans l’environnement des services à la valorisation des produits. Il faut un environnement favorable ! »
L’accès au crédit pour mener l’activité correctement est impossible !
Aujourd’hui les institutions financières n’offrent pas de produit financier adapté aux besoins des transformatrices, en particulier un crédit pour assurer l’approvisionnement en matières premières quand les prix sont bas. Pour une demande de crédit, les instituts de microfinance (IMF) exigent une garantie, une caution et un aval d’une structure morale reconnue (dans le cadre du RTCF, Aprossa signe parfois un protocole d’accord avec l’IMF, cf. page 21). Les montants demandés par les transformatrices varient entre 50 000 FCFA et 10 millions de FCFA. Pour de petits montants, les femmes parviennent à remplir les conditions demandées, avec l’aval d’Aprossa. Mais dès que le montant dépasse 5 millions de FCFA, c’est la garantie qui fait défaut. Actuellement, Aprossa réfléchit à la mise en place d’un fonds de garantie qui pourrait être mobilisé pour cet accès au crédit.
Les tracasseries liées à la circulation des marchandises. Lorsqu’il s’agit d’honorer les commandes que les femmes peuvent sceller lors des foires, ou avec des acheteurs de pays voisins, la question du transport devient un problème central. C’est à la fois le coût direct du transport qui est élevé (en lien avec le prix du carburant qui augmente), mais aussi et surtout les taxes douanières et non douanières à payer tout au long du circuit d’acheminement qui posent problème. À cela s’ajoute l’insécurité croissante sur les routes, notamment pour les femmes. « Aprossa déplore aujourd’hui le non respect de la réglementation de la Cedeao qui offre libre circulation des biens et des personnes et n’est pourtant jamais respectée ! Lors d’une récente réunion de la Cedeao à Ouagadougou à laquelle j’ai représenté AVI, nous avons soulevé ce problème. Les décideurs sont conscients des tracasseries aux frontières et viennent de mettre en place une structure de veille pour l’application effective de la réglementation relative à la libre circulation des produits céréaliers ».
Le stockage est une étape importante de la valorisation des produits, il nécessite des infrastructures particulières. « La plupart du temps, les femmes du réseau stockent leurs matières premières à la maison, qui devient aussi parfois leur lieu de transformation  ». Si l’achat de la matière première nécessite d’obtenir un crédit préalable, il faut ensuite résoudre le problème de stockage, aspect trop souvent oublié dans les activités de soutien à la transformation.


Des défis concernant le développement
de l’offre de services complémentaires.

En lien étroit avec ces
enjeux, le déficit important de services
essentiels est à relever.
L’accès au crédit nécessaire au fonctionnement
(approvisionnement en
matière première) et à l’investissement
(équipements de transformation entre
autres) que requièrent les activités
de transformation agro-alimentaire
est un défi central. Aujourd’hui, on
constate que les offres des institutions
bancaires sont peu adaptées aux
MPEA : c’est le cas des crédits court
terme dont les montants ne sont pas
adaptés aux besoins de ces activités (cf.
le témoignage de Christine Kaboré cijoint),
et les garanties exigées difficiles
à apporter, d’autant que la plupart des
demandes viennent de femmes dont
le capital est très limité. Quant à l’offre
de crédit moyen terme nécessaire
à l’achat d’équipements (crédits de 1
à 3 millions FCFA sur deux ans), elle
est très rare.
La formation professionnelle est
très limitée (sessions courtes de formation
sur les procédés et parfois la
qualité, jamais qualifiantes et jamais
insérées dans des plans de formation
ou de renforcement des capacités des
acteurs de ce secteur). Au-delà de la
transmission de savoir-faire qui s’opère
au sein des familles, l’apprentissage
des métiers de l’agro-alimentaire est
très peu développé, de même que les
formations en gestion technico-économique
et commerciale pourtant indispensables
à la croissance d’une activité
économique. Il en est de même pour les services de conseils aux entreprises
très peu accessibles à ce secteur.

Fatou N’Doye, Enda Graf Sahel : Un enjeu pour les femmes transformatrices consiste à sécuriser l’approvisionnement en matière première.
Au Sénégal, depuis 2000, on constate une forte évolution des pratiques de consommation des populations. Ainsi, le taux de pénétration des céréales locales évolue, en particulier dans les villes : on estime aujourd’hui que les céréales locales sont l’aliment de base d’environ 2 repas par semaine. En réponse à cette demande en forte mutation, les femmes transformatrices manquent de capacités d’investissement ou d’identification de fournisseurs fiables pour suivre cette dynamique. À Enda Graf, on travaille depuis quelques temps en appui à des GIE/Groupements féminins dans les quartiers de Dakar, notamment sur la question du regroupement en coopératives de transformation afin de mettre en commun les commandes de matières premières. Cela facilite notamment les liens avec les fédérations d’organisations paysannes.


Si la recherche agronomique s’est
développée largement ces dernières
décennies (amélioration des semences,
des itinéraires techniques, diffusion
des pratiques agro écologiques, dispositifs
de conseil à l’exploitation familiale,
etc.), le secteur agro-alimentaire
dans toutes ses composantes (technique,
économique, sociale, politique)
reste peu investi par la recherche en
Afrique de l’Ouest.
D’autre part, le manque d’infrastructures
nécessaires au bon développement
du secteur agro-alimentaire
est aussi à relever : au-delà des
infrastructures de base (eau, électricité,
communication), des enjeux
se situent autour des routes et pistes
rurales pour faciliter l’acheminement
des produits bruts du champ aux zones
de transformation et faciliter d’une
manière générale la circulation des
produits. Manquent également des
infrastructures de stockage pour la
matière première, des chambres froides
pour les produits frais, permettant
donc de limiter les pertes.
Enfin, comme évoqué au paragraphe
énumérant les défis techniques,
des services annexes indispensables y
sont associés et doivent être promus :
il s’agit notamment de dispositifs de
contrôle qualité (laboratoires, normes),
fiables et accessibles (coûts notamment),
des entreprises de fabrication
locale de matériel de transformation,
de fourniture d’emballages, etc.

Les idées clés à retenir


Malgré ses forces et son potentiel,
le secteur de l’agro-alimentaire est
confronté à de multiples défis :
- techniques : améliorer la qualité, la
productivité (via des équipements
et procédés améliorés) et la présentation
des produits ;
- relatifs à l’organisation et au dialogue
entre acteurs : dialogue entre
professionnels des filières et avec les
associations de consommateurs ;
- de connexion de l’offre à la demande
 : améliorer la connaissance
du marché, les circuits de distribution
et les stratégies marketing des
produits ;
- concernant l’amélioration de l’offre
et de l’accès à des services financiers
et non financiers adaptés : crédit,
formation et conseil, recherche, infrastructures,
autres services (contrôle
qualité, fabrication d’équipements,
intrants par exemple).

Les paroles
d’acteurs
illustrant le
contenu du
présent article ont
été rédigées sur la
base d’entretiens,
nous en profitons
pour remercier
vivement les
personnes et
institutions
interrogées. Leur
profil est présenté
en page 4.

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