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Enjeux de la filière huile de palme en République de Guinée

Ces dernières années, la République de Guinée a connu
une extension rapide des surfaces plantées en palmiers
améliorés. L’arrivée prochaine en production de ces dernières,
avec pour conséquence d’importantes quantités d’huile
de palme produites, fait peser d’importants enjeux sur le développement
de cette filière.

L’huile de palme est la première huile produite,
consommée et échangée en Afrique de l’Ouest.
Toutefois, cette production est de plus en plus
menacée par les importations d’huiles de palme asiatiques
et les autres huiles végétales raffinées (ou non).
Entre 1960 et 2005, la proportion d’huile de palme
africaine dans la production mondiale est passée de
83 % à moins de 10 %. Pendant ce temps, l’huile de
palme asiatique est passée de 16 à 85 %.
En Guinée, la production d’huile de palme est estimée
à 60 000 tonnes/an et ne suffit pas à couvrir les
besoins en huile alimentaire et en matière première
pour l’industrie. Les importations d’huile représentent
environ 18 % de la consommation totale d’huile
des ménages guinéens.

Une filière encore peu structurée et largement
artisanale
. On estime que plus de 80 % de l’huile
de palme guinéenne proviennent de la production
artisanale à partir des peuplements naturels de la
variété locale (Dura), le reste étant produit par les
plantations de la Soguipah et de plus en plus de
plantations familiales à partir de la variété améliorée
(Ténéra). La filière huile de palme en Guinée est
donc loin d’être structurée autour de grands groupes
industriels, comme cela peut être le cas en Côte
d’Ivoire, au Nigéria ou encore au Libéria.
L’extraction d’huile de palme est une activité
économique très importante dans la majorité des
familles paysannes de la Guinée Forestière et de
la Basse Guinée, que ce soit au niveau des producteurs,
des transformateurs et des commerçants. Par
ailleurs, l’huile de palme a une place centrale dans
l’alimentation des guinéens, étant de loin le corps
gras le plus consommé aussi bien en milieu rural
qu’en zone urbaine.
L’essentiel de la production est extrait par les méthodes
traditionnelles qui sont pénibles et longues
et qui occasionnent beaucoup de pertes (rendements
faibles : 8 % en moyenne par rapport au poids du régime,
contre 25 % pour les méthodes améliorées).

Une diversité d’huiles de palme. Les peuplements
naturels de palmiers à huile de variété locale (Dura)
représentent plus de 90 % des palmiers à huile en Guinée.
Cette variété est caractérisée par une production
saisonnière (principalement de février à juillet), et
de faibles rendements (5 à 10 litres par arbre/an). Ces
variétés sont peu protégées contre les feux de brousse
et l’action des récolteurs de vin de palme, ce qui réduit
d’autant leur potentiel de production.
Les plantations de palmiers à huile de variété améliorée
(Ténéra) ont été principalement introduites
en Guinée par des projets industriels, des actions de
l’État et des ONG internationales, afin de satisfaire
une demande en huile de palme croissante, tant sur
le plan national que sous-régional. Cette variété est
caractérisée par une production régulière toute l’année,
avec des rendements beaucoup plus importants
que les palmiers naturels (30 à 40 litres par palmier
et par an). Sa productivité en fait une source de revenu
très intéressante pour les paysans, malgré des
problèmes de valorisation.
L’huile rouge traditionnelle pure (variété Dura)
s’adresse plutôt à un marché de connaisseurs. Elle est
très appréciée en Guinée et dans la sous-région (très
bonne réputation liée à son goût associé à la couleur
rouge vif). Le marché de l’huile mélangée (Ténéra-
Dura) se développe pour répondre à cette demande
croissante, valoriser les plantations de palmiers améliorés
dont l’huile est peu appréciée et offrir un produit
plus compétitif. Le mélange se fait soit au niveau des
extracteurs (mélange de régimes de différentes variétés),
soit au niveau des commerçantes (le plus souvent)
sans que les consommateurs en soient informés. La
différence de prix entre l’huile rouge traditionnelle
pure (Dura) et l’huile maquinot (Ténéra) est d’environ
20 % (en 2011) en faveur de l’huile rouge traditionnelle.
Ce différentiel de prix est en baisse depuis quelques
temps, en raison de l’interdiction d’exporter mise en
place par le gouvernement guinéen.

De nombreux défis face à un potentiel de développement
important
. Les pouvoirs publics guinéens
considéraient en 2007, la filière huile de palme comme
la deuxième plus importante filière vivrière derrière
le riz, aussi bien en termes de sécurité alimentaire
que de revenu, avec environ 10 000 tonnes exportées
annuellement vers les pays limitrophes, particulièrement
la Guinée Bissau et le Sénégal. Le potentiel de
développement de cette filière est à la mesure de ses
atouts : coûts de production les plus bas d’Afrique de
l’Ouest, possibilité d’expansion des plantations, taux
record d’extraction pour la filière industrielle, qualité
appréciée par le consommateur, effets positifs sur
l’environnement pour les plantations de Dura. Cela
étant dit, le développement de cette filière ne va pas
sans présenter quelques défis importants, notamment
sur les aspects de production, de transformation et
de commercialisation.

Accès à des plants de qualité et préservation de la
biodiversité
. L’appui à la production repose sur une
plus grande dissémination de plants de palmiers
améliorés (Ténéra) accompagnée de formations techniques
aux planteurs. Pour le moment, une grande
partie des plants de Ténéra est importée du centre
national de production de matériel végétal de La Mé
en Côte d’Ivoire (parfois sans réelle garantie sur la
qualité). Un des grands défis de la recherche actuelle
est aussi de faire émerger des variétés et souches
nouvelles, dotées d’une grande productivité et d’une
qualité de l’huile plus proche de la variété naturelle
(couleur, texture, etc.).
Par ailleurs, l’engouement actuel des petits planteurs
pour le Ténéra tend à favoriser le recours à
du matériel végétal « tout venant » issu de grandes
plantations industrielles ou familiales. Cette dissémination
rapide de matériel végétal non contrôlé
pourrait, à termes, avoir un impact très négatif sur
la future production d’huile de palme.
En Guinée Forestière, un peu plus de 4 000 ha de
plantations améliorées familiales ont été mis en place
ces 3 dernières années avec l’appui de la Fédération
régionale des planteurs de palmiers à huile et hévéa
(Fereppah) . 80 % de ces plantations ne sont pas encore
entrées en production. L’extension des zones
plantées en Ténéra se fait bien souvent aux dépens
des peuplements sauvages de palmiers Dura, qui
sont pourtant très importants pour la préservation
de la biodiversité.
Enfin, cet engouement pour le palmier à huile
risque de peser sur la mise en valeur des terres agricoles.
La conversion des zones de culture de riz en
plantation de palmier à huile accroit la concurrence
pour la mise en valeur des terres. Cette pression sur
les terres agricoles est aggravée par le développement
et l’extension des activités minières.


Extraction traditionnelle (Dura), Basse Guinée

Adaptation des capacités d’extraction et de la commercialisation
en tenant compte de la segmentation
du marché
. La dynamique actuelle de diffusion des
palmiers améliorés est renforcée par l’enthousiasme
des autorités guinéennes et des bailleurs de fonds qui
souhaitent appuyer le développement de la filière en
Guinée. Cependant, de nombreux doutes semblent
peser sur les capacités de transformation (extraction)
actuelles à l’échelle villageoise et les capacités
d‘absorption du marché. Le risque est grand d’avoir
prochainement une augmentation importante des
volumes produits d’huile maquinot sans qu’il n’y ait
en place les infrastructures appropriées pour traiter
les régimes de palmier et écouler la production sur
le marché national ou régional.
En parallèle, d’importants défis concernent aussi la
commercialisation de l’huile de palme, il est capital
de prendre en compte la segmentation du marché.
Concernant l’huile rouge traditionnelle, essentiellement
reconnue comme étant un produit de la Guinée
Forestière, la mise en place de démarches collectives
garantissant à la fois son image et sa qualité sont
nécessaires. Pour l’huile maquinot, l’augmentation
importante des volumes produits incite à réfléchir
sur ses débouchés sur le territoire guinéen et dans la
sous-région. La pratique non formalisée de mélanges
entre huile rouge et huile maquinot semble pouvoir
offrir une bonne piste de valorisation, l’huile mélangée
obtenue ayant des caractéristiques organoleptiques
plus proches des attentes des consommateurs. Mais
cela nécessite de protéger les peuplements de Dura,
et de mener un travail important de définition concertée
de normes demandées par les professionnels
de la filière, de diffusion de bonnes pratiques de production
pour assurer la mise en marché de produits
de qualité et d’information des consommateurs.
Une attention particulière devra aussi être portée
aux débouchés possibles pour les sous-produits de
la filière huile de palme tels que l’huile de palmiste
et le tourteau (valorisable notamment via les filières
porcine et rizi-piscicole).

Concertation entre l’État et les professionnels sur les
outils de politique commerciale
. Le gouvernement guinéen
a pris la décision de fermer ses frontières à plusieurs
reprises (comme ce fut le cas en 2010-2011) pour
limiter les exportations d’huile de palme (et d’autres
produits vivriers) et faire baisser les prix intérieurs
pour un meilleur accès aux consommateurs urbains
alors que le marché intérieur n’était pas en mesure
d’absorber la production d’huile rouge. Le Pniasa (2013-2016) indique un changement d’orientation en
faveur d’un appui conséquent au développement des
exportations des produits de la filière huile de palme.
Ce changement, qui devrait avant tout bénéficier aux
producteurs d’huile de palme issue des plantations
améliorées, doit s’accompagner d’une plus grande
commercialisation d’huile de mélange, clairement
affiché et validé.
La nouvelle législation de l’Union Européenne sur
l’étiquetage des denrées alimentaires devrait entrer
en vigueur d’ici 2013-2015. Celle-ci vise à parvenir à
un étiquetage plus clair des denrées alimentaires et
devrait permettre aux consommateurs européens
d’être mieux informés notamment sur l’origine des
huiles végétales. L’huile de palme issue des plantations
asiatiques (Indonésie, Malaisie) est très mal
perçue en Europe car ces dernières sont considérées
comme largement responsables de la déforestation
massive en cours dans cette partie du monde. Il est
ainsi probable que les ventes d’huile de palme asiatique
chutent fortement à destination de l’Europe, avec
le risque que ces exportations soient réorientées vers
l’Afrique, saturant le marché avec une huile d’importation
beaucoup moins chère que l’huile locale. Même
si l’attachement des consommateurs à des produits
traditionnels comme l’huile rouge est très fort et que
les habitudes alimentaires et la qualité supérieure des
produits locaux devraient permettre de limiter un
peu ces importations massives d’huiles asiatiques, il
s’avère nécessaire d’anticiper cela par une réflexion sur
des mesures tarifaires conformes à la réglementation
de l’OMC et la politique commerciale de la Cedeao
pour protéger les filières locales.

L’huile rouge

On distingue différents types d’huiles en
fonction des variétés et des modes de transformation
utilisés :
- L’huile rouge s’obtient à partir d’huile de palmiers
sauvages (Dura) avec une extraction par chauffage.
Elle est consommée dans tout le pays et est
également recherchée par les consommateurs des
pays voisins. C’est l’huile la plus chère.
- L’huile tobogui s’obtient à partir d’huile de palmiers
sauvages (Dura) avec une extraction par
fermentation. Elle est consommée surtout par
l’ethnie Toma (procédé traditionnel) et de plus
en plus en Guinée Forestière.
- L’huile maquinot artisanale, plus claire, s’obtient à
partir d’huile de palmiers améliorés (Ténéra) avec
une extraction par chauffage. Elle est peu appréciée
seule (en particulier en Guinée Forestière et
en Basse Guinée, i.e. les zones de production) et
elle est souvent mélangée à de l’huile rouge par les
commerçantes pour être vendue plus facilement
(couleur et goût). Elle est aussi beaucoup utilisée
pour la saponification.
- L’huile maquinot industrielle de la Soguipah
s’obtient à partir d’huile de palmiers améliorés
(Ténéra) avec une extraction industrielle. Elle est
très peu consommée en Guinée et principalement
destinée à la saponification et à l’exportation vers
les bassins de consommation africains non producteurs
d’huile de palme.

Appuyer les exploitations familiales et structurer la filière pour une meilleure valorisation de l’huile rouge guinéenne : quelques actions du projet Acorh

Le Gret et la Maison guinéenne de l’entrepreneur (MGE), à travers la mise en
oeuvre du projet Acorh contribuent au développement des filières locales riz
et huile de palme afin de répondre aux besoins des populations en sécurisant
l’approvisionnement des consommateurs et en augmentant les revenus des différents
acteurs. Cette action, sur la filière huile de palme, passe par un appui aux
groupements d’opérateurs constitués et naissants, de l’amont à l’aval (producteurs,
transformateurs, commerçants), en combinant la formation organisationnelle
et technique, l’accès facilité à des moyens financiers (intermédiation/relations
avec des institutions de micro finance) et techniques (équipements, procédés
améliorés), la concertation et les accords interprofessionnels et en favorisant
l’autonomie des groupements pour une plus grande durabilité.
Ainsi le projet a déjà appuyé 4 unions et 2 groupements de planteurs en Guinée
Forestière et installé des pépinières de palmier à huile Ténéra afin de favoriser
l’accès et la dissémination de plants de palmiers à huile améliorés. Cet appui se
fait en étroite collaboration avec la Fereppah. Dans le même temps, un appui spécifique
est fourni aux groupements d’extracteurs via la diffusion de malaxeurs
à huile de palme, dont les performances avaient été étudiées dans le cadre d’un
projet précédent (Dynafiv).
Enfin, dans le cadre de l’appui organisationnel et structurel aux acteurs de la
filière huile de palme, le projet a organisé, en août 2011, une première rencontre
interprofessionnelle régionale de tous les acteurs de la filière sur le thème : métiers
et bonnes pratiques pour un produit de qualité
. Cet atelier a regroupé les représentants
délégués de tous les maillons de la filière huile de palme des localités
ciblées par le projet (N’Zérékoré, Gouécké, Lola, Sinko et Palé). Il s’agissait d’une
première étape dans la définition commune de bonnes pratiques pour l’élaboration
et la commercialisation d’une huile rouge locale de qualité.
Ainsi, l’ensemble des actions portées par le projet vise avant tout à promouvoir
une huile rouge locale de qualité et rémunératrice pour les foyers ruraux
ainsi que le renforcement de tous les acteurs de la filière y compris la Fereppah.
Une réflexion va cependant être envisagée sur la promotion d’une huile de mélange
en travaillant également sur les normes et les bonnes pratiques pour tenir
compte de la nécessité de valoriser la production à venir des palmiers améliorés
et préserver les plantations naturelles de Dura qui contribue à travers l’huile de
mélange à faciliter la commercialisation de l’huile maquinot.


- Jacques Koundouno est
le coordinateur du projet
Acorh en Guinée Forestière
(Gret).
- Pierre Ferrand est
chargé de projet
Développement agricole et
filière agro-alimentaire au
Gret.
- Floriane Thouillot est
chef du projet Acorh en
Guinée (Gret).
- Kerfalla Camara est le
directeur de la Maison
guinéenne de
l’entrepreneur (MGE),
partenaire du Gret pour la
mise en oeuvre du projet
Acorh.
- Le projet Acorh
(Amélioration des
capacités des organisations
des filières riz et huile de
palme en Guinée) est
présenté dans un encadré
dans cet article.

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