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Un point de vue sur les enjeux du secteur céréalier en Afrique de l’Ouest

Dans cet entretien, Mamoudou Hassane apporte un point
de vue sur les enjeux liés à la production céréalière en
Afrique de l’Ouest, et en particulier au Niger. Contraintes
à l’accroissement de la production, appuis nécessaires pour
une intensification durable, crédit et recherche agricole sont
autant de sujets évoqués.


Grain de Sel : Comment promouvoir
une intensification durable des systèmes
de production céréaliers ?

Mamoudou Hassane : Il faut jouer sur
un certain nombre de paramètres pour
intensifier les systèmes céréaliers. Pour
accroître les rendements, le producteur
doit accéder à des intrants de qualité,
comme des variétés à cycle court et des
engrais, ainsi qu’aux connaissances et
à l’information.
Par ailleurs, on doit veiller à mettre
à l’abri les paysans des besoins alimentaires
en période de soudure, qui les
contraignent à s’endetter. Aujourd’hui,
une grande proportion de la population
rurale nigérienne dépend du marché
pour son approvisionnement en céréales
durant la période de soudure lorsque
les prix des céréales sont élevés. Il est
nécessaire de développer des systèmes
de sécurisation des ménages, des filets
sociaux de sécurité, pour éviter que les
familles ne tombent dans la détresse
pendant la période de soudure.
Il faut enfin développer les pratiques
agricoles durables pour maintenir
la fertilité des terres : taillage,
compostage, utilisation de la fumure
organique, etc.

GDS : Quelles interventions publiques
préconisez-vous dans le secteur céréalier
au Niger ?

MH : La subvention reste nécessaire et
indispensable. Cependant, il ne faut
pas qu’elle soit considérée comme une
finalité, mais plutôt comme une étape
dans un processus d’accompagnement
des exploitations familiales.
Face à la grande fluctuation des
prix des intrants au Niger, la Centrale
d’approvisionnement en intrants et en
matériel agricole (Caima) pourrait par
exemple gérer un stock tampon. Au
Niger, notre besoin en engrais tourne
autour de 30-40000 tonnes par an.
Cette centrale pourrait gérer un stock
de 2000 à 5000 tonnes pour prévenir
les ruptures en engrais qui se traduisent
par des pics de prix. Elle jouerait
un rôle tampon, sans pour autant empêcher
le secteur privé de développer
leurs affaires dans ce domaine là. Je
pense que le rôle de l’approvisionnement
en semences et en intrants est
un élément hautement stratégique, que
l’on ne peut pas laisser seulement aux
mains du marché.
Un autre élément important, au delà
de la subvention, est toute l’articulation
que l’on doit faire entre les
dispositifs publics et les dispositifs mis
en place par les OP. Il faut mettre en
avant les complémentarités et les synergies
entre les dispositifs publics et
les initiatives des OP.

GDS : Quel diagnostic portez-vous sur
le crédit agricole ?

MH : Nous avons plusieurs difficultés
avec le crédit agricole au Niger. D’abord
le faible taux de pénétration des systèmes
de financement du crédit. Jusqu’à
récemment, il n’y avait pas de banque
agricole au Niger et l’unique moyen
d’accéder au crédit reste les IMF. Or
le taux de pénétration des IMF est inférieur
à 8% dans le pays. Comment
peut-on financer l’agriculture, avec un
outil auquel n’ont accès que moins de
10% des paysans ?
Aujourd’hui, les financements
accordés au secteur de l’agriculture
sont insignifiants : moins de 20% des
portefeuilles des IMF sont destinés à
l’agriculture. Et en particulier dans les
filières céréalières, qui sont considérées
comme des filières à haut risque.
On préfère prêter à des commerçants
et des fonctionnaires, des gens plus
« solvables ».
Par ailleurs le coût du crédit est
très élevé, et les produits ne sont pas
adaptés. Avec 15% d’intérêts tous les
6 mois, on ne peut financer que des
activités dans le court terme. Rien
dans le long terme… Pour permettre
aux paysans d’accéder à des charrettes,
des charrues, des motopompes, il
faudrait qu’on accepte de les financer
au minimum sur le moyen terme (3
ou 4 campagnes).
Enfin, beaucoup d’IMF ont fait faillite
au Niger. La gestion des IMF n’est pas
optimale. Au point que les paysans ne
leur font même plus confiance...

GDS : Quel diagnostic portez-vous sur
la recherche agricole dans le domaine
céréalier ?

MH : Dans le contexte actuel de crises
alimentaires et de changement climatique,
la recherche nigérienne s’intéresse
maintenant aux céréales. Elle a
mis au point des variétés améliorées
intéressantes, par exemple une variété
de sorgho qui a des rendements de 2
t/ha, et une variété de mil qui peut aller
jusqu’à 1200-1500 kg/ha, alors que
le rendement actuel du mil ordinaire
tourne autour de 400 kg/ha.
Mais la recherche se heurte à deux
problèmes. D’abord, ces variétés coûtent
cher : de 100 000 à 200 000 FCFA
le sac, tandis que les semences des variétés
ordinaires coûtent 10 à 15 000
FCFA le sac. Quel paysan nigérien
peut se payer aujourd’hui ces semences
améliorées ? Par ailleurs, même si des
résultats intéressants de la recherche
existent, les paysans ne peuvent pas y
accéder. Car la vulgarisation ne fonctionne
pas : les résultats restent dans
les tiroirs des chercheurs. Combien
de paysans connaissent aujourd’hui
les variétés améliorées ? Nous avons
besoin d’une véritable stratégie de
vulgarisation, et surtout de multiplication
des semences améliorées pour
les rendre accessible, à des prix plus
abordables.
Imaginons que je sème du mil hâtif
amélioré dans mon champ, alors que
mes voisins cultivent du mil ordinaire.
Quand après 60 jours les premiers
épis de mon mil sortent, c’est sur mon
champ que les oiseaux s’abattent, car
les champs environnants sont encore
sans épis. Et je perds ma production.
Par ailleurs, avec le vent, le pollen du
mil local voisin va se marier avec mon
mil amélioré : à partir de la première
année, j’ai donc déjà perdu ma variété
amélioré. Voilà le genre de problème
concret que vivent les paysans.

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