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Impact des cours mondiaux sur les prix des céréales ouest africaines : bilan, opportunités et risques

La transmission des prix internationaux sur les prix domestiques
dépend de plusieurs facteurs, notamment l’enclavement
du pays, la qualité du système de commercialisation
local, la substituabilité des produits locaux aux produits
importés, et les interventions publiques. Éclairages sur la
flambée des prix de 2007/2008.

En Afrique de l’Ouest, la double
instabilité des prix (intra-annuelle
et interannuelle) constitue
une caractéristique structurelle
des marchés des produits agricoles.
Elle est fonction notamment du niveau
de production dans la région et des
fluctuations des prix internationaux.
Jusqu’en 2006, les prix des marchés internationaux
ont été marqués par une
très grande stabilité, qui contrastait
avec la forte variabilité des prix sur les
marchés ouest africains. En 2007-08,
on a assisté à une véritable flambée des
prix agricoles sur les marchés internationaux.
Cet article s’interroge sur les
effets de cette hausse des prix mondiaux
sur les marchés ouest africains
et tente d’apporter des éclairages au
débat : quelle est la part des fluctuations
des prix internationaux transmises aux
marchés domestiques ? Comment est-ce
que cette transmission a affecté les
consommateurs et les producteurs de
la région ? Est-ce que l’augmentation
des prix des marchés internationaux
a été transmise aux producteurs locaux
 ? Peut-on espérer à terme une
réponse de l’offre locale qui stimulerait
le développement agricole dans
la sous-région ?

Les grandes tendances : le prix du
riz est à la hausse, celui du maïs est
volatil.
Durant la période 2003-07,
les prix du riz, bien que relativement
élevés, semblaient assez stables sous
l’influence des importations et des politiques
publiques. Les prix du maïs,
quant à eux, restaient assez volatils,
sous l’effet de la forte variabilité de
l’offre locale, mais également du boom
de la demande d’aliment volaille, en
particulier au Sénégal, en Côte d’Ivoire
(RCI) et au Nigeria.
En 2007-08, sous l’effet de la hausse
des prix internationaux, les marchés
connaissent une certaine instabilité :
les prix du riz et du maïs atteignent
des records jamais égalés en 10 ans. En
juin 2008, le prix au kilo du riz importé
était à 402 FCFA à Bamako, 313 FCFA
à Dakar, 410 FCFA à Niamey et 400
FCFA à Abidjan, contre respectivement
293, 225, 325 et 243 FCFA en juin 2006.
Cette instabilité est plus marquée pour
les prix domestiques que pour les prix
internationaux.

Depuis la crise, une volatilité amplifiée
dans la région, en particulier
dans les pays côtiers et sur le
maïs.
Durant la période 2007-08, on
constate par ailleurs que les prix à la
consommation et au producteur du riz
local ont connu des variabilités plus
importantes que ceux du riz importé.
Ceci peut s’expliquer par les conditions
contraignantes de stockage des céréales
locales au niveau des producteurs
locaux et des petits opérateurs privés ;
contrairement aux céréales locales, le
marché du riz importé bénéficie de
conditions de stockage plus favorables
entre les mains de structures
oligopolistiques (nombre restreint
de commerçants possédant de grandes
capacités financières).
Durant la même période, on note
aussi que la variabilité des prix du riz
et du maïs a été plus forte pour les
pays côtiers (RCI, Sénégal) directement
exposés aux fluctuations du marché
international, que dans les pays continentaux
(Mali, Niger) pour lesquels
le temps et la distance ont amorti la
transmission de la volatilité. De même,
les prix à la consommation du maïs ont
été plus instables que ceux du riz. En
effet, comme pour les céréales traditionnelles
(mil-sorgho), le maïs reste
aussi soumis aux fluctuations (intra et
interannuelles) dues aux risques pluviométriques
et aux déséquilibres entre
l’offre et la demande, à la différence du
riz dont le marché est constamment
alimenté par les importations.

Une transmission des prix internationaux
sur les marchés domestiques
globalement faible.
La transmission
des fluctuations des cours alimentaires
mondiaux sur les marchés domestiques
de la région dépend des politiques
mises en oeuvre par les différents pays
pour répondre à la crise de 2007-08.
Ces politiques se sont le plus souvent
orientées vers des soutiens à la production
et des exonérations des droits de
douanes et de TVA.

Une transmission sur le prix des produits
importés à la consommation plus
forte pour les pays côtiers et pour le
maïs.
Durant la période 2000-2007,
la transmission de la hausse du prix
international du riz sur le prix du riz
importé à la consommation a été plus
forte au niveau des pays côtiers, démontrant
ainsi l’effet de la « protection
naturelle » dont les pays enclavés profitent.
Durant la période 2007-2008, cette
tendance est demeurée identique. La
transmission sur le prix du riz importé
a été de l’ordre de 18-26% pour le Mali
et le Niger, contre 34-38% pour la RCI
et le Sénégal. Par ailleurs, la transmission
de la hausse du prix international
du maïs sur le prix du maïs importé à
la consommation a été plus forte que
celle sur le riz importé (25-118% pour
le maïs contre 18-34% pour le riz en
2007-08), dans l’ensemble des pays à
l’exception du Sénégal. La plupart des
politiques mises en oeuvre par la RCI,
le Mali et le Niger pour isoler leurs
marchés des effets de la hausse des
prix alimentaires ont en effet porté
sur le riz, et très peu sur le maïs. Le
Sénégal et dans une moindre mesure
la RCI constituaient les principaux
importateurs de maïs sur le marché
international pour le besoin des industries
d’aliments volaille.

Une transmission élevée sur le prix à la
consommation du riz local.
Durant la
période 2007-2008, la transmission de
la hausse du prix du riz importé sur le
prix à la consommation du riz local a
été importante pour le Mali (86%) et
la RCI (81%) et très importante pour
le Niger (163%). La bonne campagne
agricole et les politiques sur le riz au
Mali et en RCI ont pu jouer un rôle
stabilisateur sur les prix à la consommation
du riz local, à la différence du
Niger qui a connu une baisse drastique
de sa production, toutes céréales
confondues.

Au Mali, une bonne transmission sur
le prix du riz local au producteur.
Au
niveau du Mali, seul pays étudié sur
cette question, la période 2007-2008
montre une augmentation soudaine du
prix du riz local au producteur, avec
une hausse de 31% contre 23% pour
le riz local à la consommation. Tandis
qu’entre mai 2007 et septembre 2008
le prix du riz local à la consommation
connait une hausse de 33%, le prix du
riz au producteur augmente de 53%.
Ces résultats montrent que la hausse
des prix a été transmise aux producteurs
maliens, suggérant que le système
de commercialisation du riz local
malien est assez performant.

Transmission sur le prix à la consommation
du mil/tubercule.
La transmission
de la hausse du prix à la consommation
du riz local sur le prix des produits de
substitution (comme le mil au Mali
et au Niger, et la banane plantain en
RCI) a été importante au Mali et au
Niger (59% et 23% respectivement) et
montre que les prix des céréales locales
non échangeables (mil, sorgho) ont
connu aussi des hausses significatives.
En RCI, le marché de la banane plantain
semble par contre être déconnecté
du marché international. En 2007-08,
le prix de la banane plantain a légèrement
baissé à Abidjan (environ 3%).
Il est difficile sur ces bases de déduire
qu’il y a eu une forte substitution en
consommation entre céréales importées
(riz, maïs) et céréales locales (mil,
sorgho). Les hausses de prix des céréales
locales sont liées aux substitutions
mais aussi à l’augmentation du
prix du pétrole sur la même période
(impact sur le transport et le coût des
intrants).

Quelles sont les principales leçons
tirées de la crise 2007-08 et les implications
pour la sécurité alimentaire
sous-régionale ?
En premier lieu, le
degré de transmission de la hausse a
varié significativement selon les pays,
en fonction de leur position géographique
(pays continentaux, pays côtiers),
de l’existence de produits alternatifs
aux produits importés (mil-sorgho
au Niger et Mali, banane plantain
en RCI) et de la possibilité de chaque
pays à répondre à la crise de façon
autonome et indépendante. Le degré
de transmission de la hausse est aussi
lié au niveau de dépendance du pays à
l’égard des importations : il est beaucoup
plus faible dans les pays enclavés
que dans les pays côtiers.
Par ailleurs, depuis la hausse des
prix de 2007-08 notamment du maïs
sur le marché mondial, les grandes industries
d’aliments volaille des pays
côtiers (Sénégal, RCI) se tournent de
plus en plus vers un approvisionnement
dans la sous-région. En effet, le
maïs produit au Mali, en RCI et au
Burkina est alors devenu compétitif
(selon les analyses récentes de MSU-AfricaRice).
Toutefois, les prix du maïs
local n’en restent pas moins volatils,
ce qui constitue une contrainte pour
les industries.
L’analyse de la transmission de la
hausse sur le prix au producteur de
riz malien a montré que le système
de commercialisation du riz malien
est assez performant : si le marché
opère normalement, cela laisse présager
que la hausse sera rapidement
transmise aux producteurs et contribuera
à un accroissement significatif
des incitations.
Enfin, l’analyse a montré une faible
substitution entre le riz et les céréales
sèches locales (mil, sorgho) dans le
court terme. Le mil et le sorgho semblent
ainsi offrir une faible protection
par rapport aux fluctuations sur le marché
international. On peut s’interroger
si dans le long terme les préférences des
consommateurs seront assez flexibles
et si les produits transformés à partir
des céréales locales vont faire l’objet
de plus grande substitution.

Les autorités ont-elles bien réagi ? La
hausse des prix alimentaires de 2007-
08 a permis à la plupart des pays de
replacer l’agriculture dans leur agenda
politique. Toutefois, les mesures pour
stabiliser les prix intérieurs ont été prises
précipitamment, ce qui a nuit au
choix et la qualité des instruments.
Les opportunités du marché régional,
la concertation et la solidarité
entre pays de la région ont été peu
exploitées. Les mesures publiques de
stabilisation (exonérations des droits
de douane et de diverses taxes dont la
TVA) ont entraîné des pertes fiscales
importantes, ce qui interroge sur le
coût de ces mesures pour les budgets
publics et sur leur soutenabilité dans
le long terme.
Bien que la nature du choc en
2007-08 soit d’origine exogène, les
instabilités sur les marchés locaux et
régionaux relèvent surtout de chocs
d’origine endogène et interne (double
variation intra et inter-saisonnière) qui
requièrent plus d’attention. Des solutions
peuvent être trouvées à travers
le développement d’infrastructures de
stockage, le renforcement de systèmes
d’information et d’anticipation, l’amélioration
de l’environnement institutionnel
et financier.
L’expérience de la flambée des prix
en 2007-08 a aussi montré que la plupart
des mesures a mis l’accent sur
l’amont de la production (fourniture
d’intrants) alors que l’aval de la production
tel que le développement des
chaînes de valeur joue un rôle aussi
important pour la stabilisation des
prix. La qualité des produits locaux
doit être améliorée car au niveau des
consommateurs ouest africains, la
compétition se situe plutôt entre
produits importés et produits locaux
transformés que produits bruts.

La hausse des cours internationaux
présente des risques mais aussi des
opportunités.
Si la hausse des prix venait
à s’inscrire dans la durée, les pays
côtiers seront les premiers exposés et
la transmission sera telle que ceux-ci
seront contraints de se tourner vers
les pays intérieurs pour leur approvisionnement.
Au niveau des consommateurs,
l’impact de la hausse
sera différent selon qu’il s’agisse de
consommateur urbain ou rural. Au
niveau des consommateurs ruraux,
il sera différent selon qu’il s’agisse de
vendeurs nets ou d’acheteurs nets. Les
consommateurs urbains et les acheteurs
nets des zones rurales seront soumis
à une baisse de plus en plus importante
de leur pouvoir d’achat, que ce
soit pour la consommation du riz ou
des produits de substitution tels que
le mil et le sorgho dans le Sahel. Cependant,
l’effet de la hausse dépendra
du degré de substitution en consommation
entre produits échangeables
(riz, blé, maïs) et non échangeables
(mil, sorgho, tubercules).
Au niveau des producteurs, les
vendeurs nets de céréales tireront
sans aucun doute le meilleur profit
de cette hausse car le signal est bien
parvenu aux producteurs (au moins
au Mali, seul pays analysé, mais c’est
aussi le cas dans les autres pays selon
d’autres études). Cependant, si les prix
des produits ont augmenté, le coût des
intrants aussi, dans un environnement
financier peu favorable à l’octroi de crédits.
Selon certains auteurs, les augmentations
des prix internationaux
des intrants (engrais, pesticides, etc.)
lorsqu’ils sont importés, se transmettent
plus rapidement et de façon complète
par rapport aux hausses des prix
des produits agricoles. Les conditions
pour que les producteurs profitent de
cette hausse résident dans les améliorations
possibles dans la productivité
agricole, les achats groupés d’intrants
(des économies d’échelle peuvent être
réalisées), le stockage et les ventes groupés
en coopératives au bon moment
pour tirer le meilleur profit des variations
intra-saisonnières des prix,
et les investissements privés dans la
transformation du produit.

Pour apprécier la part de volatilité importée dans les fluctuations des prix du riz et du maïs sur les marchés de la sous-région, la méthode d’analyse a consisté à cumuler les variations des prix mensuels internationaux et domestiques de janvier 2000 à juillet 2008. Elle a concerné 4 des 6 pays initialement retenus  : la Côte d’Ivoire, le Mali, le Niger et le Sénégal.

Cet article
s’appuie sur les
principaux
résultats de
recherche du
projet SRAI
(Strengthening
Regional
Agricultural
Integration in
West Africa)
financé par « la
Fondation
Syngenta pour
une agriculture
durable », qui a
porté sur 6 pays
de la sous-région
(Burkina Faso,
Côte d’Ivoire,
Guinée, Mali,
Niger et Sénégal)
et a fait l’objet
d’une conférence
régionale à
Ouagadougou en
avril 2011.

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