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Sélection variétale au Burkina Faso : un nouveau type de partenariat entre chercheurs et agriculteurs

Voici une expérience originale de sélection variétale
de sorgho, conduite via une étroite collaboration entre
chercheurs et agriculteurs au Burkina Faso. Présentation
du principe, de la méthode, des résultats et de quelques recommandations.

Dans la Boucle du Mouhoun,
au Nord-Ouest du Burkina
Faso, le sorgho est la culture
dominante, surtout pour les exploitations
ne cultivant pas de coton et
ayant de ce fait peu accès aux engrais.
Ces 40 dernières années, des conditions
climatiques plus erratiques (sécheresse,
début tardif de la saison de
pluies, etc.) ont conduit à l’abandon
des variétés locales de cycle long. En
2001, la recherche (Inera et Cirad), les
organisations de producteurs et la
Direction régionale de l’agriculture,
de l’hydraulique et des ressources
halieutiques (DRAHRH) s’associent
pour mettre en oeuvre un projet sur
la préservation de la biodiversité et
l’amélioration variétale. Le président
de l’UGCPA insiste alors sur le besoin
d’augmenter la production de sorgho et
de mettre à la disposition des membres
de l’Union des semences de qualité de
variétés bien adaptées aux systèmes
locaux de production.

Démarche participative : mode d’emploi.
G. Trouche, présente les objectifs
de l’intervention du programme
de recherche Inera/Cirad à Saria :
« Nous n’avions pas encore travaillé
dans cette région et nous ne savions
pas si nos variétés améliorées y étaient
adaptées et répondaient aux besoins
des producteurs. C’est pourquoi nous
voulions démarrer ce projet par des essais
poursuivant plusieurs objectifs : i)
impliquer les producteurs dans la sélection
des variétés, ii) leur offrir plusieurs
options disponibles, iii) identifier leurs
préférences et besoins ».

Conduite avec l’UGCPA, cette recherche
a donc démarré par une série
d’essais variétaux mis en place dans
les villages de Lekuy et Sanaba en
2002 et 2003 à partir de variétés de
sorgho choisies par les chercheurs :
« Nous avons choisi différents types
de variétés qu’on estimait adaptées à
cette région. En plus de nos variétés
améliorées, nous avons prélevé dans la
banque de semences de Saria (collection
conservant des échantillons de semences
des diverses variétés de sorgho) des
variétés locales jadis collectées dans
cette région. Connaissant la tendance
à l’abandon des variétés tardives, nous
avons aussi choisi des variétés de cycle
court originaires d’autres régions du
Burkina. Nous avons également ajouté
des variétés présentant un grain bien
blanc, bien vitreux et dur »
raconte G.
Trouche. Une large gamme de variétés
est donc présentée aux agriculteurs ; 20
à 40 producteurs dans chaque village
les évaluent pendant deux ans selon
une méthode combinant deux types
d’exercices : des votes (préférentiels)
où les producteurs, soit en groupe soit
individuellement, désignent dans les
essais les variétés préférées qu’ils souhaiteraient
cultiver dans leur champs ;
et des discussions en groupe pour
mieux comprendre leurs critères de
choix et préférences.

La présentation de nouvelles variétés
dans les essais au champ a suscité beaucoup
d’intérêt chez les producteurs :
« Nous recherchons des variétés d’un
rendement en grain élevé avec des tiges
qui se prêtent à la production de nattes
ou fournissent un bon fourrage, donc
de longues tiges qui ne cassent pas, et
avec des talles (tiges secondaires) qui
produisent des panicules ; ces variétés
sont présentes parmi celles qui sont
évaluées »
expliquent Ourokuy Kaza et
Palu Coulibaly, producteurs à Sanaba.
Les essais ont aussi reçu leur part de
critiques, comme à Lekuy en 2002 où
les participants ont jugé les variétés
trop tardives : « Nous avons vu dans
les essais beaucoup de variétés qui ne
s’adaptent pas dans notre système, elles
sont trop tardives »
. Un groupe de
femmes de Lekuy a ajouté que « Pour
produire cette variété améliorée, il faut
apporter de l’engrais ou du fumier, mais
nous n’y avons pas accès ».
La demande des producteurs a déterminé
la suite du travail. Les dispositifs
expérimentaux des essais conduits
entre 2004 et 2006 ont inclus différents
modes de gestion de la fertilisation (doses
d’engrais minéral recommandées
par la recherche, apport de fumure,
association sorgho-niébé), ainsi que
l’accès aux semences de ces variétés
(formations en production de semences)
 ; l’avis final des consommateurs est
également indispensable car il faut un
type de grain qui satisfasse les goûts
de la famille et les critères du marché :
ainsi, des tests de dégustation du tô ont
été organisés après les essais.
À la fin de 2005, quatre variétés
d’origine locale et une variété améliorée
à grain rouge (IRAT 9) ont été
retenues pour la production de semences
par l’UGCPA. Avec leur cycle
précoce, toutes se prêtent à un semis
tardif. Les variétés Kapelga et Raogo
proviennent d’autres régions du
Burkina ; Gnossiconi et Flagnon sont
d’anciennes variétés collectées dans
cette région il y a plus de 40 ans. Les
producteurs ont justifié leur abandon,
à l’époque, à cause de leur précocité
(trop de dégâts d’oiseaux). En plus de
leur précocité, elles sont appréciées
pour leur productivité, la stabilité
de leur rendement et leur qualité de
grain. Elles possèdent aussi certains
traits spécifiques : Kapelga a des grains
clairs sans tâche, très attractifs car le
tô sera « blanc comme celui de maïs » ;
Raogo a de gros grains qui « donnent
beaucoup de farine »
. La réintroduction
de Gnossiconi et Flagnon dans cette
zone contribue à préserver la diversité
génétique locale.
Les capacités de production de semences
de la station de recherche de
l’Inera à Saria étant limitées, l’Inera,
l’UGCPA, la DRAHRH, le Cirad et
l’Icrisat ont cherché d’autres voies
pour organiser une production décentralisée
de semences : formations
en production de semences (opérations
culturales, normes de certification,
documentation, etc.), visite
des parcelles par les sélectionneurs
et la DRAHRH, actions régulières de
« marketing » (foires, émissions radio,
échanges paysans). L’UGCPA a ainsi
augmenté sa production de semences
certifiées (principalement Gnossiconi
et Kapelga) de 3 tonnes en 2006 à plus
de 50 tonnes en 2009.
N. Bonzi, producteur et responsable
de la production de semences au sein
de l’UGCPA : « La grande nouvelle de
l’année dernière est le fait que les variétés
sélectionnées de manière participative
par les producteurs du projet
sont reconnues à l’échelle du pays. Les
producteurs de l’UGCPA ont fourni une
partie de leurs semences à l’opération
de collecte de semences de l’État. Les
bénéficiaires de cette opération étaient
principalement des producteurs (de
zones) défavorisés, et les variétés proposées
par l’UGCPA se sont révélées
adaptées et performantes, même dans
des conditions de production difficiles.
L’Union Nationale des producteurs de
semences du Burkina Faso (UNPSB) a
(re)demandé des semences de Gnossiconi
et Kapelga à l’UGPCA pour la
saison de culture 2010 ».

Recommandations pour un meilleur
accès aux ressources génétiques pour
les producteurs.
Ce travail dans la
Boucle du Mouhoun illustre comment,
ensemble, chercheurs et agriculteurs
ont identifié de nouvelles variétés qui
s’adaptent aux systèmes et objectifs de
production des agriculteurs. Pour que
cette recherche génère des revenus (via
la commercialisation de semences) et
procure un bénéfice aux communautés
rurales au-delà de la zone d’intervention
du projet, l’implication d’une organisation
paysanne est capitale, tout
au long du processus depuis la sélection
variétale jusqu’à la diffusion.
Les variétés Kapelga et Gnossiconi,
dont la production de semences est reconnue
au niveau national, constituent
un des résultats les plus importants du
travail. Elles ne sont cependant pas
issues d’un lourd travail de création
variétale (à partir de croisements puis
d’étapes de sélection) mais plutôt de
toute une série d’interactions continues
entre chercheurs, agriculteurs
et techniciens dans le cadre d’actions
d’évaluations variétales décentralisées,
avec ses différentes phases et modalités
particulières (diagnostic des besoins,
visites de terrain, essais au champ et
en cuisine, analyses partagées des résultats,
modes de prise de décisions,
genre, etc.). De plus, cette démarche
valorise le travail des chercheurs qui
ont collecté ces variétés et les ont (précieusement)
conservées dans les banques
de semences ex situ. L’importance
de ces ressources génétiques locales,
comme celle de Saria, et de leur mise
à disposition des agriculteurs, ressort
bien avec le cas des variétés Gnossiconi
et Flagnon, dont la précocité, jadis
cause de leur abandon, est devenue
un critère majeur d’acceptation.

Encadré :« Si les grains de cette variété ne
sont pas durs, je doute de la qualité
du tô »

Le tô est un plat très courant au Burkina Faso.
Fait à base de farine de mil ou de sorgho et d’eau, il se
présente sous la forme d’un porridge consommé avec une
sauce. Un bon tô doit être compact, ferme, consistant et
se conserver pendant plusieurs jours. Avec les variétés de
type local (guinea), les producteurs et surtout les productrices
savent bien juger la qualité du tô. En regardant une
panicule d’une variété locale, Sama Hatamou de Lekuy
explique que « le tô sera très bien parce que les grains sont
bien mûrs, durs et blancs, lorsqu’on les pile, ils deviennent
blancs et il n’y aura pas de brisures »
. Vis-à-vis de variétés
améliorées (caudatum), qui ont des grains différents,
les jugements sont beaucoup plus réservés. Les femmes,
surtout, pensent que « les grains de cette variété ne sont
pas durs, il y aura beaucoup de pertes lorsqu’on la pilera.
Je doute de la qualité du tô (Luci Faho) »
, et s’interrogent
car « nous ne savons pas ce que les variétés caudatum peuvent
donner comme qualité de tô » (groupe des femmes à
Lekuy). Une évaluation de la qualité de tô est donc absolument
indispensable.

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1 commentaire

  • seynabou Diokh 12 mars 2018 11:00:24

    J’habite à Dakar et souhaite avoir des semences améliorées de sorgho à grain bien blanc dur et à haute rendement accompagné de la fiche technique d’exploitation. Merci et j’attends votre réponse.




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1 commentaire

  • seynabou Diokh 12 mars 2018 11:00:24

    J’habite à Dakar et souhaite avoir des semences améliorées de sorgho à grain bien blanc dur et à haute rendement accompagné de la fiche technique d’exploitation. Merci et j’attends votre réponse.

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