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Production et écoulement des semences certifiées dans la zone d’intervention de l’Office Riz Mopti

L’organisation de la production et de la distribution de
semences certifiées dans la zone de l’Office Riz Mopti
(ORM) a connu plusieurs évolutions organisationnelles. Un
exemple concret de la façon dont les acteurs se sont adaptés
aux différentes contraintes.

Durant la dernière décennie,
suite au désengagement
de l’État malien de nombre
d’activités liées à l’agriculture lors des
Programmes d’ajustement structurels,
la production et la distribution des
semences certifiées de riz ont connu
différentes évolutions dans la zone
d’intervention de l’Office Riz Mopti
(ORM).

Les conditions de mise en place
d’une filière semencière de riz.
Au
début des années 90, dans le cadre
d’un transfert de compétences aux
producteurs, il a été entrepris d’organiser
les producteurs à mener les
activités de production et de distribution
de semences certifiées. Ainsi,
après une campagne d’information et
de sensibilisation, des comités villageois
de semences ont été créés dans
toute la zone d’intervention (une cinquantaine
de villages). Composées de
volontaires, ces structures villageoises
étaient chargées de produire des semences
certifiées R1* ¹ et R2*, l’ORM
apportant les intrants et l’appui technique
nécessaire. Les intrants étaient
fournis aux paysans semenciers grâce
à des crédits de campagne. Pendant le
cycle végétatif et à la récolte, le contrôle
et la certification étaient assurés
par le Labosem, structure étatique en
charge de la certification des semences
au niveau national, basée à Bamako.
Les divers frais étaient pris en charge
par l’ORM sur fonds propres. Les productions
certifiées étaient vendues par
les paysans eux-mêmes avec l’appui de
l’encadrement technique. Quant aux
productions rejetées, car non conformes
au cahier des charges de la certification,
elles étaient destinées à la
consommation. En amont de la mise
en marché des semences, un calcul
économique était réalisé avec l’appui de
l’encadrement afin de fixer un prix de
vente rémunérateur. Avant le démarrage
de la nouvelle campagne agricole,
le paysan semencier devait rembourser
son crédit de campagne.
Cette approche a rencontré bon
nombre de difficultés, dont en premier
lieu le manque de financement. L’ORM
finançait en effet cette activité avec un
fonds revolving limité dont la gestion,
confiée aux paysans, fut calamiteuse.
Le second blocage rencontré était
l’écoulement trop lent des semences
produites. Dans les centres urbains,
le taux d’écoulement était meilleur
à celui des villages, car les « paysans
indirects » (i.e. les commerçants, artisans,
fonctionnaires, etc.) avaient
mieux compris l’utilité d’une semence
certifiée. Or au village, le paysan, bien
que fortement informé et sensibilisé,
pense qu’il devrait tirer sa semence
de sa propre production, ou juge que
la semence certifiée n’est pas abordable.
Cela a conduit certains paysans
semenciers éloignés des centres urbains
à accumuler des stocks importants à
la fin des semis. Par ailleurs, certaines
variétés telles que BH2 ou Gambiaka,
qui sont des variétés au goût culinaire
très apprécié des consommateurs, se
vendaient plus vite que d’autres comme
Khao Gawn.


Légende : Une femme
vanne
pendant que
des hommes
logent le
paddy dans
des sacs
neufs et les
cousent.
Casier de
Périmpé en
zone Mopti
Sud, non loin
du village de
Horeguendé,
région de
Mopti

Le financement de la production
semencière confié à la BNDA.
Par la
suite, à la fin des années 90, le financement
des activités de production de
semences a été confié à l’agence de la
Banque nationale de développement
agricole (BNDA) de Mopti, suivant
une ligne de crédit ouverte à cet effet.
Ainsi, chaque paysan semencier,
sous le couvert de l’ORM, montait
son projet de production de semences
certifiées de riz et le soumettait à
la BNDA. Avec l’avis technique favorable
de l’ORM, le financement était
acquis. Les nouveautés dans cette approche
étaient les suivantes : excepté
une partie des frais de carburant, tous
les frais étaient à la charge des paysans
semenciers et les semences de base* ou
commerciales* étaient achetées auprès
du Service semencier national, une
structure étatique de production de
semences. Les paysans semenciers ont
également connu des difficultés avec
cette nouvelle approche : à nouveau,
la mévente d’une partie des semences
produites ainsi que des pénalités à payer
à la BNDA à cause du retard dans le
remboursement des crédits.
Au regard de la persistance de la
mévente des semences, on peut se
demander si les objectifs de production
de semences étaient réellement
conformes aux besoins de la zone.
Or en réalité, les semences produites
ne permettaient pas d’ensemencer
même la moitié des superficies prévues.
En fait, l’origine des méventes
venait majoritairement du coût que
représente l’achat de semences certifiées
en début de campagne. La dose
de semences recommandée varie de 80
à 100 kg/ha et coûte de 18 400 FCFA
à 24 000 FCFA environ, somme dont
les producteurs ne disposent pas au
moment des semis.
Afin de trouver d’autres débouchés
aux paysans semenciers victimes de
ces méventes, l’ORM a organisé, dans
les années 90, des visites d’échanges
d’expériences entre les organisations
paysannes de sa zone et celles d’autres
régions productrices de céréales sèches,
afin de stimuler les échanges
commerciaux, car le riz entre de plus
en plus dans les habitudes alimentaires
en milieu rural. En somme, ces visites
d’échange d’expériences visaient
à ouvrir des débouchés d’écoulement
de riz en tant que semence mais aussi
comme produit de consommation
alimentaire.

Vers la création d’une organisation
faîtière régionale de production de
semences.
Au début des années 2000,
avec le Projet d’appui au développement
rural de la région de Mopti (Pader) en
zone ORM, la production de semences
améliorées a connu un grand essor.
Financé par le Fonds africain de développement
(Fad), ce projet a rétrocédé un fonds aux agences de micro
finance installées à Mopti et à Djenné
en vue de financer les organisations
paysannes pour des activités génératrices
de revenus. Les producteurs de
semences se sont alors organisés en
coopératives, dans le but d’obtenir
un financement pour pouvoir mettre
en place une activité de production
de semences certifiées. Celles-ci
ont par la suite créé une organisation
faîtière au niveau régional, l’Union
des Coopératives de producteurs de
semences de riz. Avec la présence de
ce financement, les coopératives ont
tout mis en oeuvre pour maîtriser
cette activité. De nombreux membres
se sont spécialisés dans la production
de semences à tel point que, de plus
en plus, leurs besoins en crédit ont diminué.
Ainsi, depuis quelques années,
ce sont exclusivement les coopératives
de paysans semenciers qui produisent
les semences certifiées R1 et R2 de riz,
toutes variétés confondues, dans la
zone d’intervention de l’ORM. Mais il
demeure toujours le problème d’écoulement
des productions, bien que son
impact chez le semencier sur la campagne
agricole suivante soit beaucoup
plus réduit que par le passé.

Principaux enseignements au regard
de ces évolutions.
Ces différentes
évolutions permettent de tirer les recommandations
suivantes. D’abord,
d’un point de vue organisationnel, la
création d’une coopérative est une nécessité
pour les paysans semenciers, car
cette forme d’organisation leur permet
d’avoir accès à des facilités et constitue
une couverture importante. Ensuite,
concernant le soutien à l’investissement
dans la filière, la mise en place d’une
ligne de crédit en faveur des paysans
semenciers au niveau d’une banque
ou du système financier décentralisé
(SFD) est une nécessité qui permet de
faciliter l’exécution de l’activité. Cette
ligne de crédit devrait être soumise à
un taux d’intérêt supportable, avec,
au besoin, la possibilité d’échelonner
le remboursement sur une deuxième
campagne agricole ; le pouvoir public
ou l’État devra se charger de sa mise
en place.
Afin de limiter les méventes, au
début de chaque campagne agricole,
l’union faîtière des coopératives semencières
devrait pouvoir se donner
la capacité de faire la bonne estimation
des besoins réels en semences toutes
variétés confondues de la campagne
à venir auprès des organisations paysannes
de la zone et aussi de concert
avec la structure d’encadrement. Cela
permettrait également de faire un choix
judicieux des variétés à produire. Pour
l’écoulement des productions, des partenariats
avec d’autres coopératives de
même nature ou des coopératives de
consommation à l’intérieur du pays
devraient être faits. Enfin, il faut d’une
manière générale professionnaliser
l’activité de production de semences.
C’est une activité rentable qui doit
conduire à l’autonomie financière.
Au terme d’une campagne agricole le
bénéfice peut aller de 30 à 50 % voire plus.

Encadré : Une expérience personnelle qui a fait ses preuves
La production de semences améliorées
est une activité rentable si
l’écoulement de la production se fait
normalement. Pour preuve voici la
synthèse de ma propre expérience.
Au début des années 2000, pendant
trois campagnes agricoles successives,
j’ai fait la production de semences
améliorées sur 2 hectares avec les
variétés Gambiaka et BH2.
Au niveau de la parcelle de BH2
pour une dépense totale moyenne
de 200 000 FCFA, j’ai fait une production
moyenne de 45 sacs de riz
paddy certifiée. Chaque sac de paddy
est taré à 80 kg. En vendant au détail
c’est-à-dire par sac au prix officiel de
235 FCFA par kilogramme, j’aurai eu
une recette brute de 846 000 FCFA.
Mais, chaque fois, j’ai préféré vendre en
gros à 16 000 FCFA par sac de paddy,
amenant une recette brute de 720 000
FCFA. Quant à la production de Gambiaka
qui a été aussi bonne, je l’ai réservée
à l’autoconsommation jusqu’à
la récolte suivante avant de mettre en
marché une partie du stock.
Les dépenses effectuées se repartissent
entre les postes suivants : 1) Achat
des intrants : 80 kg de semences riz
(G4 ou R1), Engrais (100kg de DAP,
100 kg d’Urée) ; 2) Frais de labour des
parcelles au tracteur ou à la charrue, 3)
Frais de main d’oeuvre pour le semis,
l’épandage des engrais, le désherbage,
la récolte ; 4) Frais de battage ; 5) Achat
de sacherie ; 5) Frais de transport du
champ au lieu de stockage ; 6) Frais
de carburant pour le suivi des parcelles
durant toute la campagne et 7)
Frais de certification qui s’élèvent à
7 750 FCFA par variété.
Actuellement avec les coopératives,
bon nombre de paysans se sont spécialisés
en la matière et sont en train
d’accumuler des richesses.

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