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OGM, où en est-on ?

Cet article fait un état des lieux de la place des plantes
génétiquement modifiées dans l’agriculture mondiale,
avec un focus sur le continent africain. Face aux nouveaux
enjeux liés aux filières semencières notamment privées, il
propose aussi des éléments pour alimenter le débat « OGM
et sécurité alimentaire ».

L’année 2010 est la quinzième
année de commercialisation
des cultures « génétiquement
modifiées » (GM) sur notre planète.
Quelle a été la progression de la mise
en culture de ces Plantes génétiquement
modifiés* (PGM) ?

À l’échelle mondiale, les PGM gagnent
du terrain…
Selon la FAO, le
monde compterait plus de 1,5 milliards
d’hectares cultivés en cultures annuelles.
En 2010, l’ISAAA, une source
non indépendante, indique que 15,4
millions de paysans, issus de 29 pays,
auraient cultivé 148 millions d’hectares
de PGM, soit une augmentation de
10 % par rapport à l’année 2009. Huit
de ces 29 pays (USA, Brésil, Argentine,
Inde, Canada, Chine, Paraguay
et Pakistan) abriteraient 96 % de ces
cultures génétiquement modifiées.
Plus de 90 % des PGM seraient cultivées
sur le continent américain. Les
superficies cultivées en PGM en Asie
et en Afrique sont certes en croissance,
mais elles sont encore faibles en regard
des superficies annuellement cultivées
sur ces deux continents.
Sur ces 29 pays, 19 sont des pays
émergents (dont la Chine, l’Inde, le
Brésil, l’Argentine et l’Afrique du Sud)
et 10 sont des pays industrialisés. De
plus, 30 autres pays importent des
produits issus des cultures GM, en
premier lieu le tourteau de soja GM
qui rentre dans la composition des
rations alimentaires pour animaux
dans les pays de l’Union européenne
(UE) et de la Chine.
En termes d’espèces, le soja reste
largement en tête des PGM (50 % des
surfaces cultivées) suivi du maïs (31 %),
du coton (14 %) et du colza (5 %). Près
de 80 % des surfaces (soja et majorité
du maïs) sont destinées à nourrir les
animaux. Seule l’huile extraite du
colza a un usage principalement alimentaire
pour les humains.


Légende : Évolution des surfaces de PGM
dans le monde entre 1996 et
2010

(Source Clive James, 2010)

Les superficies restent négligeables
sur le continent européen.
Selon une
étude récente (Les Amis de la Terre,
2011), les surfaces agricoles cultivées
avec des PGM dans l’UE ont reculé de
23 % en 2010 comparé à 2008. Seuls
deux PGM sont actuellement cultivées
dans l’UE : le maïs MON 810 de Monsanto
et la pomme de terre Amflora de
BASF. Ces deux types de cultures ne
couvraient plus que 82 254 hectares en
2010 contre 106 739 ha en 2008 dans
les huit pays de l’UE qui les autorisent.
Mais au sein de l’UE, les choix divergent.
L’Espagne abrite plus de 80 % des
champs de PGM de l’Union alors que
la Bulgarie a rejoint début février les
pays interdisant leur mise en culture
(c’est-à-dire la France, l’Allemagne,
la Hongrie, le Luxembourg, la Grèce
et l’Autriche).

Et en Afrique, quelle évolution ? Selon
les données de l’ISAAA, l’Afrique du
Sud est le premier pays du continent
africain du point de vue des surfaces
cultivées. Seuls 3 pays en sont au stade
de leur commercialisation : l’Afrique du
Sud (2,2 millions d’ha de maïs, coton
et soja), l’Égypte (inférieur à 100 000
hectares de maïs) et le Burkina Faso.
Ce dernier présente la deuxième plus
grande augmentation des surfaces cultivées
en PGM en 2010 : les superficies
de coton Bt en 2010 auraient augmenté
de 126 % pour atteindre 260 000 hectares,
contre 115 000 hectares en 2009,
avec un taux d’adoption de 65 %. Ces
superficies seraient cultivées par 80
000 agriculteurs. Par contre, selon certains
chercheurs non liés à l’ISAAA,
des paysans burkinabés auraient été
déçus par les performances des cotons
Bt dont les semences entraîneraient
un surcoût très voisin du coût des
insecticides qu’elles permettraient
d’économiser.
Si le Burkina Faso a été le premier
pays d’Afrique de l’Ouest à adopter
en 2006 une législation autorisant les
PGM (mise en application deux ans
plus tard), le Mali l’a suivi en 2008,
malgré la vive opposition de nombreuses
organisations de la société civile ;
le décret d’application de la loi sur la
biosécurité a d’ailleurs été publié fin
2010 et les expérimentations de PGM
devraient commencer à l’hivernage
2011-2012. Le Sénégal et le Togo seraient
bien avancés dans l’élaboration
de leur réglementation. Tandis que le
Bénin a reconduit son moratoire sur
les OGM jusqu’en 2013. En Afrique
de l’Est, les 19 pays du Marché commun
de l’Afrique orientale et australe
(Comesa) ont adopté en octobre 2010
un projet qui libéralise la culture des
PGM. D’ailleurs, le Kenya et le Soudan
sont déjà en cours d’adoption.

Les PGM contre la faim, un faux
débat ?
Les PGM peuvent-elles contribuer
à la résolution des problèmes
de faim et de malnutrition dans les
Pays en développement (PED) ? C’est
ce qu’avancent les firmes produisant
les PGM et certains experts internationaux.
Ce paragraphe propose des
éléments visant à éclairer les lecteurs
sur un sujet complexe.
Le brevetage du vivant, un champ
qui s’ouvre aux multinationales.
Le
secteur des biotechnologies agricoles
s’est structuré au cours du 20ème
siècle autour de deux évolutions majeures
 : d’importantes avancées dans
le domaine des biotechnologies et le
renforcement de la protection juridique
des innovations. Cela a conduit au
droit de breveter des variétés végétales
et les technologies d’obtention associées,
ouvrant de multiples possibilités
au secteur privé.
Aujourd’hui, la concentration des
industries du secteur est étonnante :
90 % des PGM commercialisées dans
le monde sont produites par Monsanto,
le reste se répartissant globalement
entre 5 autres firmes. Et dans un souci
de maîtrise et de retour sur investissement,
3 de ces groupes contrôlent près
de la moitié du marché des semences
commerciales (toutes semences confondues,
PGM ou non).
D’autre part, ces 6 multinationales
totalisent également 75 % des ventes
de pesticides.
Quelles sont les caractéristiques des
PGM « première génération » ?
La nature
des PGM commercialisées et
cultivées est liée aux entreprises qui
les promeuvent. Les deux tiers des
surfaces cultivées avec ces PGM sont
occupés par des variétés tolérantes au
glyphosate, matière active d’un herbicide
initialement commercialisé par
Monsanto. Sur le tiers des surfaces restantes,
on trouve des variétés rendues
résistantes à diverses chenilles grâce à
l’insertion de transgènes* produisant
des toxines Bt et, parfois, au glyphosate.
Dans les deux cas, le principal
intérêt de ces PGM n’est pas d’accroître
la productivité à l’hectare mais plutôt
de simplifier les itinéraires techniques
et parfois de diminuer les coûts de
production.. D’autre part, de par leur
nature, les semences PGM imposent
souvent 3 principales contraintes aux
paysans utilisateurs : l’obligation de
racheter les semences d’une année sur
l’autre, la dépendance vis à vis d’un
« paquet technologique » (herbicides,
etc.) adapté au type de PGM et l’obligation
de payer des royalties aux firmes
propriétaires des brevets.
Les PGM accessibles à tous ? Au regard
des chiffres, un peu plus de la
moitié des surfaces cultivées se situent
aux États-Unis et au Canada et
sont cultivés dans des exploitations de
très grande taille. La seconde moitié
est localisée dans les pays émergents :
soja pour l’alimentation animale en
Argentine, au Brésil et au Paraguay ;
coton en Inde, en Chine et en Afrique
du sud, dont l’usage est, par définition,
non alimentaire. Ainsi, les PGM actuels
n’auraient pas d’intérêt pour la sécurité
alimentaire des pays, en particulier des
pays les plus pauvres. De plus, l’extension
des cultures PGM cette dernière
décennie n’a pas entravé la progression
de la faim, bien au contraire !
Qu’en est-il de l’amélioration des
revenus des paysans pauvres via les
réductions de coûts de traitement ?
Si
l’on prend l’exemple de l’Afrique du
Sud (M. Fok, 2006), « dans les exploitations
paysannes (…), l’introduction
des variétés transgéniques ne se révèle
pas toujours avantageuse et se manifeste
en premier lieu par des dépenses
sensiblement accrues pour l’achat
des semences ». Au Burkina Faso, les
paysans font face au même type de
problème : pas d’augmentation significative
des rendements et développement
de résistances à de nouveaux insectes.
Un meilleur accès aux chiffres
de la campagne 2010-2011, associé à
des avis qualitatifs des producteurs,
pourrait permettre d’y voir plus clair.
Manifestement, les PGM actuellement
diffusées à grande échelle n’ont pas été
conçues pour les paysanneries pauvres
et non solvables.
Les PGM de deuxième génération :
mythe ou espoirs ?
En cours de développement,
ces nouvelles PGM visent
des objectifs de sécurité alimentaire :
améliorer la qualité nutritionnelle
des plantes (cas du riz doré enrichi à
la vitamine A) et mettre au point des
plantes tolérantes à des stress hydriques.
Ainsi, Monsanto avance qu’il a
récemment mis au point une variété
de maïs qui serait plus résistante à la
sécheresse. Elle serait introduite gratuitement
entre 2013 et 2017 au Kenya,
au Mozambique, en Ouganda, en
Tanzanie et en Afrique du Sud, grâce
à un financement de la Fondation Bill
et Melinda Gates. Via ces types de
projets, les firmes privées affirment
qu’elles donneront un accès gratuit à
leurs brevets sur leurs transgènes.
Mais des questions demeurent :
- N’y a-t-il pas des risques de confusion
entre intérêts commerciaux et
objectifs affichés de lutte contre la
pauvreté quand des fondations, des
agences de coopération internationales
et des multinationales s’associent
« pour l’amélioration des systèmes
semenciers africains » ?
- Est-ce que des PGM, confectionnées
loin des réalités des paysans des PED,
peuvent s’adapter aux contextes des
aléas climatiques de ces pays et de
leurs manques de ressources financières
pour l’achat des intrants souvent
associés à ces PGM ?
- Le manque de recul sur les conséquences
environnementales et économiques
de l’introduction de PGM
dans des contextes paysans où elles
n’ont jamais été testées n’appelle-t-il
pas à prendre de légitimes précautions
avant de les distribuer gratuitement
à large échelle ?
- Ne serait-il pas aussi plus pertinent,
dans un contexte d’amoindrissement
des financements publics dédiés à la
recherche agricole internationale, de
se questionner sur ces choix alors
qu’il sera nécessaire d’augmenter
la production alimentaire mondiale
dans la décennie à venir ? Ne faudrait-
il pas renforcer les méthodes
classiques de sélection en utilisant
certaines biotechnologies n’induisant
pas de brevets (comme la sélection
assistée par marqueur) et
ne faudrait-il pas associer les organisations
paysannes à ces activités
de recherche ?
- Ne faudrait-il pas explorer les pistes
de diversification alimentaire des
populations plutôt que de développer
des plantes enrichies en certains
nutriments par transgénèse ?
Il convient dans tous les cas de reconnaître
que le sujet des PGM reste
sensible et controversé. Il est important
de rester vigilent sur ces questions en
disposant par exemple des résultats de
recherches neutres afin d’alimenter des
débats qui ne soient pas tronqués.

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