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Les risques de crise liés à la nouvelle hausse des prix internationaux

La récente hausse des prix agricoles apparaît pour le
moment de moindre ampleur qu’en 2008 dans les risques
qu’elle fait courir aux consommateurs. Mais elle intervient
dans un contexte de plus grande vulnérabilité de la population.
Décryptage.

Les prix agricoles internationaux connaissent
depuis début 2011 une flambée historique,
comparable à celle de 2008. L’indice FAO des
prix des produits alimentaires a atteint 236 points
contre 213,5 au moment des records de mars et juin
2008. Celle-ci s’accompagne d’une hausse du prix
du pétrole préoccupante.

Des impacts à nuancer sur les consommateurs
des pays vulnérables.
La hausse des prix internationaux
ne se répercute pas de façon automatique et
avec la même intensité sur les consommateurs des
pays pauvres. Les effets de cette hausse dépendent
en effet de deux phénomènes.
Le premier est la possibilité pour les pays importateurs
de limiter la hausse des prix des produits importés
sur leurs marchés intérieurs, pour protéger leurs
consommateurs. Des mesures telles que la réduction
des taxes à l’importation, le relâchement de stocks, la
substitution par des produits similaires de moindre
qualité permettent d’atténuer les effets d’une hausse
des prix des produits importés. Encore faut-il que les
pays disposent des marges de manoeuvre pour prendre
de telles mesures. Or celles-ci ont été en partie
exploitées lors de la crise de 2008 et n’ont pas été
complètement reconstituées : les taxes à l’importation
sont désormais très limitées, il n’y a pas d’importants
stocks dans ces pays qui pourraient être injectés sur
le marché, les commerçants n’ont plus tellement de
marge de manoeuvre pour importer des produits de
moindre qualité et moins cher. À défaut de pouvoir
atténuer les prix sur les marchés intérieurs, les pays
peuvent mettre en oeuvre des filets de sécurité pour
soutenir l’accès des plus vulnérables aux produits
de base. Là encore, la marge de manoeuvre des pays
affectés par la crise financière s’est restreinte.
Le second phénomène qui détermine l’impact de
la hausse des prix internationaux sur les consommateurs
est la transmission de la hausse des prix des
produits importés sur les prix des produits locaux.
Par effet de substitution, la demande en produits
importés dont les prix augmentent peut se reporter
sur les produits locaux et entraîner leur hausse.
Cette substitution s’opère d’autant mieux que l’alimentation
est diversifiée et que les consommateurs
passent facilement par exemple du riz importé au
maïs ou au manioc locaux. Sur le continent africain,
particulièrement vulnérable aux hausses de prix, les
importations ne dominent les régimes alimentaires
que dans un nombre limité de pays. La plupart ont vu
se développer une production alimentaire qui assure
la base de la nourriture de la majorité de la population, y compris en ville. Céréales, racines, tubercules,
plantains, légumineuses, produits animaux, plantes
à huile, légumes sont devenus des cultures largement
commercialisées vers les marchés urbains. Ces productions
alimentaires en 2008 et 2009 ont été plutôt
bonnes, voire exceptionnelles dans certains pays, et
on peut espérer que les prix de ces produits locaux
restent relativement stables.

Une transmission de hausse sur les pays vulnérables
encore partielle.
Pour le moment (février
2011), on n’observe pas encore de hausse sensible des
prix alimentaires de base sur les marchés intérieurs,
que ce soit pour les produits importés ou les produits
locaux. Mais il faut toujours un certain délai avant
de voir une répercussion sur les prix domestiques,
le temps de renouveler les stocks. Sur les marchés
d’Afrique, d’Asie centrale, d’Amérique Latine et des
Caraïbes suivis par FewsNet [1], les prix des produits
de base augmentent moins vite que les prix internationaux
du fait de bonnes récoltes dans ces pays
(avec bien sûr des exceptions) et d’une relativement
faible transmission des prix. Les hausses observées
s’expliquent en partie par les variations annuelles
classiques. Les prix du sucre et de l’huile importés
ont cependant augmenté dans plusieurs pays.

Une population plus vulnérable qu’en 2008. Cela
dit, si une hausse des prix aux consommateurs devait
s’amorcer progressivement et même si elle devait être
de moindre ampleur qu’en 2008, elle interviendra sur
une population plus vulnérable qu’en 2008. Depuis
deux ans, même si le pic est passé, le niveau de prix
des produits alimentaires de base est resté nettement
plus élevé que les années précédentes. Les prix mensuels
au consommateur du riz importé sur les marchés
des capitales des pays d’Afrique de l’Ouest restent
plus élevés qu’avant la crise de 2008. Les variations
de prix de ces produits restent en grande partie liées
à des causes internes de conditions climatiques et de
fonctionnement des marchés.

Facteurs de la hausse et perspectives à moyen
terme.
Plusieurs facteurs combinés sont mis en avant
pour expliquer la hausse des prix internationaux :
– Des accidents climatiques (Canada, Ukraine, Russie,
Australie et Argentine) se sont traduits par une
production moins élevée que celle espérée. Les productions
de blé de Russie et d’Australie accusent
une forte baisse : de 84 Mt en 2009/10 à 66 Mt en
2010/11 pour ces deux pays. La production mondiale
de blé estimée pour 2010/11 chute de 5,4 %
par rapport à l’année d’avant.
– La crainte et le constat d’une hausse provoquent
des réactions de rétention sur le marché : limitations
d’exportations et constitutions de stocks, ou
achats importants pour sécuriser des approvisionnements
à des coûts encore raisonnables. La crise
de 2008 est encore dans tous les esprits. La Russie
exportait plus de 18 Mt en 2008/09 et 2009/10. Elle
n’exportera que 4 Mt en 2010/11. Plusieurs pays ont
acheté massivement des céréales fin 2010 et début
2011 pour se constituer des stocks.
– Bien qu’il soit difficile d’en mesurer l’impact sur
les prix, les volumes de contrats sur les marchés à
terme ont nettement augmenté depuis 2009. Cette
augmentation concerne à la fois les contrats commerciaux
(provenant d’opérateurs des filières) et
les contrats purement spéculatifs.
Par ailleurs, la hausse des prix de certains produits
se transmet à d’autres produits :
– La hausse du prix du pétrole augmente la rentabilité
des agrocarburants dont l’accroissement de la
production crée une tension sur le marché du maïs
et de l’éthanol issus de la canne à sucre. De même,
la hausse du prix du sucre entraine une demande
accrue pour les sirops de glucose et fructose fabriqués
à base de maïs, accentuant encore la tension
sur le marché du maïs.
– Le prix du pétrole détermine largement celui des
intrants de l’agriculture, de la transformation agroalimentaire
et du transport, affectant les coûts de
production des aliments.
– L’accroissement de la production de maïs s’effectue
au détriment de la production notamment de blé et
contribue à la hausse du prix de cette céréale.
– La hausse du prix des céréales renchérit le coût de
l’alimentation animale et contribue directement à l’augmentation du prix de la viande.
La demande alimentaire des pays industrialisés,
et notamment la demande en produits animaux, ne
fléchit pas malgré la prise de conscience des effets
de cette surconsommation sur l’environnement et
la santé. La croissance de la consommation des pays
émergents, qui restent encore des consommateurs
raisonnables, contribue aussi à cette tension du marché
et est souvent stigmatisée comme un des facteurs
explicatifs de la hausse des prix.
Si l’on raisonne sur le volume des stocks en tenant
compte de l’accroissement démographique et
des utilisations industrielles, le ratio stock/demande
s’est fortement dégradé depuis un an.


Indice nominal FAO des prix alimentaires

Une situation à suivre de près. En résumé, la hausse
apparaît pour le moment de moindre ampleur qu’en
2008 dans les risques qu’elle fait courir aux consommateurs.
Mais elle intervient dans un contexte d’une
plus grande vulnérabilité de la population face aux
hausses de prix. Celle-ci souffre depuis 2008 de prix
qui sont restés élevés. La crise de 2008 n’a pas donné
le moindre espoir d’une amélioration de la situation
à une population déjà fragile et désormais à bout. Il
n’y a pas eu de créations massives d’emplois et de
revenus depuis 2008 qui auraient permis de soutenir
le pouvoir d’achat, bien au contraire. La crise
financière a affecté les pays pauvres et les transferts
financiers des émigrés employés dans les pays riches.
La situation reste donc à haut risque d’autant que le
scénario 2008 semble se reproduire. Comme pour
Haïti en 2008, les émeutes en Tunisie sont parvenues
à faire tomber le gouvernement.
De tels constats incitent à suivre de près la situation,
concernant l’évolution des prix internationaux,
et surtout concernant d’une part les prix des produits
de base quotidiens (alimentation et énergie) sur les
marchés intérieurs et d’autre part les facteurs déterminant
l’accès à l’alimentation. Car comme en 2008,
le risque de crise n’est pas dû à une pénurie mondiale
d’aliments, mais à la vulnérabilité et la détresse de la
population paupérisée.

Cet article a été rédigé
sur la base de deux notes
d’analyses, en ligne sur le
site du Cirad :

http://www.cirad.fr/
media/documents/
actualites-doc/lesrisques-
de-crise-lies-ala-
nouvelle-hausse-desprix-
internationaux-janvier-
2011-nicolas-bricas

http://www.cirad.fr/
media/documents/
actualites-doc/suivi-desfacteurs-
de-risque-decrise-
alimentairefevrier-
2011-nicolas-bricas

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