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Le Resopp et ses filières semencières : du producteur au producteur

Depuis 2002, le Réseau des organisations paysannes et
pastorales du Sénégal (Resopp), l’un des plus grands
réseaux de coopératives rurales du pays, a mis en place un
modèle original et audacieux dans la production de semences
vivrières.

Le Réseau des organisations
paysannes et pastorales du Sénégal
(Resopp) est un réseau de
coopératives rurales au Sénégal qui
compte aujourd’hui 6 coopératives,
composées de 28 antennes réparties
sur l’ensemble du territoire national et
représentant plus de 30 000 membres
(cf. carte). Afin d’animer les réflexions
stratégiques des coopératives du réseau
et d’assurer leur diffusion, le Resopp
dispose au niveau faîtière d’une cellule
d’appui technique (CAT-Resopp).
Le Resopp s’est fixé comme mission
de contribuer de façon solidaire
et durable à l’amélioration des conditions
de vie des populations rurales
du Sénégal par le biais d’institutions
coopératives viables. La production
de semences est rapidement apparue
comme un moyen d’assurer l’amélioration
rapide des rendements et donc
des revenus des agriculteurs. Un diagnostic
initial, réalisé dans les zones
d’intervention du projet, a révélé un
déficit en semences adaptées aux conditions
locales et possédant un taux de
germination suffisant. Sans structure de
multiplication de semences professionnelle,
les paysans faisaient des réserves
personnelles sur leurs productions ou
s’approvisionnaient en graines toutvenant
de qualité moindre. Au fil des
années, on obtenait une baisse de la
productivité due à la mauvaise qualité
du matériel végétal.


Légende : Production
de semences
(2008-09)
au sein des
coopératives
du Resopp

Pour y remédier, le Resopp a mis
en place des filières locales de production
de semences sélectionnées
de mil, sorgho, niébé, arachide et
riz. Plusieurs dizaines de tonnes de
semences de variétés sélectionnées
ont ainsi été produites et diffusées
auprès des membres du Resopp qui
sont maintenant autonomes pour ces
spéculations (excepté l’arachide). La
diffusion des semences est par ailleurs
aussi faite auprès des services étatiques,
des ONG et des particuliers.
La collaboration de la Division des
semences de la direction de l’agriculture
(Disem) est très importante dans
le suivi technique de la production
de semences.

Le système de multiplication de semences : une démarche participative.
Bien qu’il y ait plusieurs intervenants,
le membre-producteur semencier se
trouve au coeur du processus de production
et de diffusion de la semence.
La démarche de planification se veut
avant tout participative.
En début d’année, chaque producteur-
membre exprime ses besoins
annuels en semences au niveau de sa
section villageoise (entité locale de la
coopérative au niveau villageois) et
de là, cette information remonte par
compilations successives aux antennes
coopératives, aux coopératives
centrales et à la CAT-Resopp. Cette
étape initiale est d’une grande importance
car elle permet de s’assurer que
la production de semences du Resopp
réponde aux besoins réels des producteurs-
membres. De son côté, la CATResopp
identifie et évalue au niveau
national la demande potentielle des
autres OP, ONG, etc.
La CAT-Resopp élabore alors un
programme de multiplication de semences
comprenant les variétés et
quantités à produire ainsi qu’une liste
de producteurs multiplicateurs potentiels
choisis et l’envoie pour commentaires
et validations aux différentes
coopératives-membres.
Les producteurs multiplicateurs
potentiels sont choisis parmi les membres
des coopératives centrales, formés
depuis des années par le Resopp sur
la base de leurs connaissances de la
législation semencière, de leur niveau
d’expérience et de leur sérieux. Lors
de la mise en place du programme ou
de la création d’une coopérative, la sélection
des producteurs potentiels est
réalisée de manière participative avec
les services semenciers de l’État, la coopérative
et éventuellement le conseiller
agricole de la CAT-Resopp. Ainsi, dans
la coopérative de Ndioum (Corad), au
Nord du Sénégal, 194 producteurs ont
été formés et encadrés pour la multiplication
de semences de riz.
Le membre multiplicateur contractualise
alors avec la coopérative :
il s’engage à respecter le protocole semencier
et à revendre à la coopérative
au moins 75 % de sa production. En
retour, il peut bénéficier à crédit de
tous les intrants nécessaires (engrais,
semences, produits phytosanitaires),
délivrés par le bras financier du Resopp,
la Coopec-Resopp, et de la prise
en charge des frais de main d’oeuvre.
Les crédits sont remboursés lors de la
récolte. Le producteur est suivi durant
tout le processus de multiplication et
des formations de recyclage annuelles
sont réalisées jusqu’à la maîtrise
complète du programme.
Les parcelles de production de semences
constituent en même temps
des parcelles de démonstration et des
visites guidées sont organisées à différents
stades des cultures à l’intention
des membres afin qu’ils puissent
connaître les comportements des variétés
avant même de les cultiver, les
comparer aux semences des variétés
locales ou tout-venant et donner leurs
impressions. Cela leur permet ainsi
de bien s’approprier des semences qui
leur sont proposées.
L’Institut sénégalais de recherche
agricole (Isra) joue un rôle important
dans la filière de production de
semences du Resopp. Ce dernier a en
effet signé un protocole d’accord avec
l’Isra pour la fourniture de semences de
niveaux prébase* ¹ et base* nécessaires
pour approvisionner ses producteurs
multiplicateurs. Les commandes à cet
organisme sont effectuées en fonction
du facteur multiplicatif de l’espèce et
des prévisions des campagnes à venir.
Le réseau a accumulé une expérience
lui permettant de planifier ses commandes
en semences de prébase et base
sur le moyen et le long terme.
Les techniciens de la coopérative
et de la Disem assurent un suivi rapproché
de chaque parcelle. Ces suivis
sont effectués jusqu’à la récolte et, si
les conditions de production sont respectées,
la Disem certifie la qualité des
semences après une analyse au laboratoire.
Les semences certifiées sont
alors mises en sachets standardisés
et labellisées avec le logo du Resopp,
pour faciliter leur distribution. Cette
stratégie a permis de produire en 2008,
2009 et 2010 respectivement 128, 135
et 157 tonnes de semences (riz, niébé,
sorgho, maïs et mil).

Diverses opportunités de débouchés,
mais majoritairement en dehors du
réseau.
Environ 25 % des semences
produites par le Resopp sont écoulées
auprès de ses membres qui bénéficient
d’un prix spécifique et d’un accès au
crédit pour les acheter. Les non membres
peuvent également se procurer des
semences du Resopp à un coût supérieur
de 10 %. Ces 25 % ne représentent
pas les besoins exprimés par les
coopérateurs en début de campagne.
En effet, il est difficile de mettre en
place un système d’engagement ferme
liant la coopérative et le membre, libre
de s’approvisionner ailleurs. La production
de semences est donc réalisée
sur base d’estimation entraînant une
incertitude sur leur vente.
À la veille de chaque campagne
agricole, un contrôle de qualité est
assuré sur les stocks de semences restant,
avant de procéder à leur écoulement.
Le conseiller agricole de la
CAT-Resopp réalise un prélèvement
de semences dans chaque coopérative,
qui est soumis à la Disem pour
vérification des qualités germinatives.
Le Resopp dispose de magasins dans
chaque antenne coopérative, garantissant
ainsi au producteur un service de
proximité. Une partie des semences est
réservée spécifiquement aux membres.
Les stocks restants sont proposés aux
extérieurs : producteurs privés, ONG
et institutions étatiques. La présence
du réseau (Resopp) permet de réaliser
des transferts en cas de difficultés de
production ou d’écoulement.
Le Resopp rencontre parfois des
difficultés pour écouler ses semences
au niveau des producteurs, y compris
des membres du Resopp, parce
qu’une fois que les semences d’une
variété ont été largement diffusées
au niveau local, la demande chute
considérablement. Cela s’explique
par le fait que les producteurs préfèrent
souvent pratiquer la sélection
massale sur les champs ensemencés
avec de la semence sélectionnée,
préférant ainsi éviter de payer des
nouvelles semences chaque année.
Ce phénomène est souvent constaté
dans les 2 à 5 ans qui suivent l’achat,
en fonction de la culture. Or, peu de
producteurs possèdent l’expérience
dans le suivi strict du calendrier cultural
pour pouvoir produire des semences
chaque année : l’objectif des
membres est avant tout d’assurer la
production pour la consommation.
Ce phénomène entraîne donc une
diminution du taux de germination
des semences et donc une baisse des
rendements sur le long terme. Des
animations et sensibilisations sont
réalisées dans les villages membres
pour mettre en avant l’importance
du renouvellement annuel des semences
certifiées. Le membre-multiplicateur,
suivi et accompagné, est
également utilisé comme vitrine pour
la promotion des semences certifiées,
montrant des résultats probants en
termes de rendements.
Ce constat met en exergue l’importance
pour le Resopp d’avoir des
partenaires extérieurs pour assurer
l’écoulement de ses semences invendues
en interne. Parmi ces partenaires,
on note : Agronomes et vétérinaires
sans frontières (AVSF), Sedab (fournisseur
d’intrants), l’Agence nationale
de conseil agricole et rural (Ancar),
Children relief service (CRS) à travers
la foire aux semences qu’il organise,
la Fédération des groupements et associations
de femmes productrices de
la région de Saint Louis (Feprodes), le
programme « initiative riz » (Piriz).
La figure ci-après indique les quantités
de semences certifiées vendues par
client, pour la campagne 2010.


Légende : Vente de
semences
certifiées,
Resopp, 2010

Un rôle à jouer en appui à l’État ? En
collaboration avec le conseil d’administration
du Resopp, la CAT-Resopp
est en train de renforcer son action
dans les domaines de l’intermédiation,
du lobbying et du leadership, auprès
des autorités et des autres structures
partenaires pour mieux vulgariser les
semences du Resopp et s’insérer dans
les programmes agricoles de subvention
de l’État.
En juin 2005, le Resopp a offert, à
titre gratuit, 2 500 kg de semences de
mil de niveau base au ministère de
l’Agriculture, afin de reconstituer le
capital semencier du bassin arachidier
sénégalais qui avait été détruit par les
criquets pendant l’hivernage 2004.
Cela a été notamment possible grâce
à l’existence de stocks stratégiques au
sein du Resopp, correspondant à des
surplus prévisionnels de production
de semences, régulièrement renouvelés.
Ces stocks sont utilisés en cas
de mauvaise année dans certaines
zones de production ou de demandes
externes spécifiques. D’autre part en
2008, 20 000 kg de semences de mil et
de riz ont été offert à l’État pour l’appuyer
dans son programme de mise
en place de la Grande offensive agricole
pour la nourriture et l’abondance
(Goana). Ces actions ont été rendues
possibles grâce à l’appui financier du
programme Pader.

Producteurs et coopératives, un système
gagnant gagnant.
Le système de
multiplication de semences du Resopp
permet, aussi bien au producteur qu’à
la coopérative, d’y trouver leur compte.
Selon les spéculations, le producteur
contractant peut gagner entre 200 000
et 250 000 FCFA net par hectare de
semences produites. À la fin de la production,
les semences sont vendues
par la coopérative au prix moyen de
500 FCFA/Kg pour toutes les spéculations,
excepté le riz irrigué. En effet, les
prix de vente des semences sont fixés
par les coopératives et la CAT-Resopp,
suivant une étude financière prenant
en compte toutes les charges dans
chacune des zones d’action (prix payé
aux producteurs, coût du suivi, frais de
conditionnement et de stockage), tout
en ayant en repérage les prix dans les
marchés parallèles. Cependant, pour
le riz irrigué, les prix de cession de la
semence certifiée sont fixés par la Saed
(Société nationale d’aménagement et
d’exploitation des terres du delta du
fleuve Sénégal et des vallées du fleuve
Sénégal et de la Falémé) et tournent
autour de 300 FCFA/kg. Les plus grandes
marges bénéficiaires, aussi bien au
niveau des producteurs qu’au niveau
des coopératives, sont obtenues avec
le riz irrigué à cause des rendements
élevés (5 t/ha).
Étant sous contrat, la coopérative est
dans l’obligation de racheter au moins
75 % de la production de semences.
Cet achat annuel demande aux coopératives
de prévoir un fonds de roulement
spécifique pas toujours assuré.
Cependant, les activités commerciales
de la coopérative permettent de générer
une marge pouvant être utilisée
pour le rachat de ces semences. Bien
que les producteurs bénéficient d’une
forte subvention pour les semences
de la part de l’État dans le cadre de la
Goana, plusieurs producteurs préfèrent
acheter les semences sélectionnées des
coopératives membres du Resopp car
leur qualité est meilleure.
La production de semences ne constitue
qu’un des nombreux services
rendus par les coopératives. Elle fait
partie d’un ensemble de services ayant
pour finalité l’augmentation des rendements
et donc l’augmentation des
excédents de production. La coopérative
est donc en mesure de pérenniser
ce système qui est tout à son avantage.
En plus de la marge réalisée sur la
vente des semences, la coopérative
possède un pool de techniciens formés
sur la multiplication et propose,
en période de campagne agricole, un
paquet technologique aux membres
producteurs incluant engrais et semences.
Les excédents ainsi produits
pourront être vendus par les producteurs
et commercialisés par la coopérative
afin de pouvoir redistribuer les
bénéfices générés aux membres selon
le principe coopératif.
Le Resopp a réussi son pari initial de
diffuser ses semences certifiées auprès
de ses membres. Le taux d’adoption des
variétés diffusées auprès des membres
avoisine dans certaines zones les 80 %.
La coopérative éprouve néanmoins
des difficultés à écouler ses semences
auprès des membres qui en majorité
ne renouvellent pas leurs stocks de semences
certifiées chaque année, malgré
les sensibilisations et les animations
dans les villages. Face à ce constat,
le Resopp a été dans l’obligation en
2010 de réduire les superficies emblavées
pour la production de semences.
Jusqu’à quel point devra-t-il réduire
ses superficies ? Quel est le risque que
le Resopp fournisse dorénavant une
majorité de non membres, avec pour
conséquence de ne pas remplir son
objectif initial qui est de satisfaire ses
membres ? On s’interroge sur le modèle
qu’il serait pertinent de mettre en
place pour sécuriser l’écoulement des
semences, à la fois auprès des membres
pour assurer une pérennité du
système coopératif, de la production
à la commercialisation, et auprès des
clients extérieurs.

Le Resopp est
appuyé par le
projet Pasa-
Mesocc financé
par le Fonds belge
de survie et la
Coopération
autrichienne, et
exécuté par l’ONG
ADG (Aide au
Développement
Gembloux). Créé
en 2002, après 10
années d’expérience
dans le
domaine de la
production de
semences de
cultures vivrières
au Sénégal, le
Resopp fait
aujourd’hui
partie des leaders
du secteur.
Plus d’informations sur le site du Resopp : www.resopp-sn.org

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