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La production de semences dans une filière organisée : le cas du coton au Bénin

Dans un contexte de réformes importantes de la filière
coton béninoise, cet article cherche à décrire l’organisation
actuelle de la production de semences dans le cadre de
cette filière, les acteurs impliqués et leurs rôles respectifs,
et à en dégager l’intérêt et les limites.

L’Association interprofessionnelle
du coton (AIC) regroupe
les trois familles professionnelles
en charge de la filière coton du Bénin :
Les producteurs, désormais réunis au
sein de Coopératives villageoises de
producteurs de coton (CVPC), les égreneurs
et les importateurs / distributeurs
d’intrants. Le Secrétariat permanent
de l’AIC est la structure qui gère l’ensemble
des fonctions qui concourent
au développement de la filière. Parmi
ces fonctions dites « Fonctions critiques
 » dont le financement fait l’objet
d’un prélèvement de 20 FCFA/kg de
coton graine commercialisé, on peut
citer l’encadrement des producteurs,
l’approvisionnement en intrants, la
commercialisation du coton graine,
la recherche et bien sûr la production
et la distribution des semences.
Au cours de la campagne 2010-2011,
cette dernière fonction a subi de profondes
réformes tant au niveau de la
production qu’aux niveaux de l’usinage
et de la distribution. Le principe
de base qui gouverne la nouvelle
stratégie de la chaîne semencière est
la traçabilité qui permet de garantir
aux producteurs des semences de qualité.
La chaîne semencière de l’AIC se
compose de plusieurs structures des
secteurs publics et privés qui sont toutes
engagées par des accords vis-à-vis
de l’Interprofession pour rendre des
services bien spécifiques. Au coeur
de tout le dispositif de la chaîne semencière
se trouve la recherche pour
la sélection variétale et la production
des semences de prébase*.

Lien entre la recherche et les producteurs
dans la sélection et le choix
des variétés.
Le Centre de recherches
agricoles coton et fibres (Cra-CF),
branche « coton » de l’Institut national
des recherches agricoles du Bénin
(Inrab), élabore chaque année son
programme de recherche qu’il soumet
au Comité paritaire de gestion
de la recherche cotonnière (CPGRC)
qui, après validation, l’envoie à l’AIC
pour financement.
Le Comité paritaire de gestion de la
recherche cotonnière (CPGRC) est un
comité mis en place par l’État et l’AIC
dans le cadre d’un partenariat publicprivé
en vu d’une gestion concertée de
la recherche cotonnière au Bénin et du
suivi de l’exécution des contrats signés
dans ce domaine. Le CPGRC, qui homologue
la variété, est composé aussi
bien des producteurs que des égreneurs.
Pour ces deux acteurs dont les intérêts
ne sont pas toujours convergents,
le consensus est indispensable pour
aboutir au choix d’une variété. Les formations
spécifiques données à toutes
les étapes du processus aux différents
acteurs, les tests de germination faits
tout le long du processus d’usinage
et de distribution, les suivis réguliers
opérés par les services compétents et
la présence d’un bout à l’autre de la
chaîne de production des agents de la
Direction de la promotion de la qualité
et du conditionnement (DPQC) sont
autant de dispositions qui sont prises
pour garantir la qualité des semences.
Dans l’organisation actuelle de la sélection
variétale, le paysan intervient
en aval, pour abriter des tests de pré
vulgarisation et donner son appréciation
sur les nouvelles variétés en fin
de sélection. En 1996, une démarche
de sélection participative a initié une
implication plus forte du producteur,
en amont de la chaîne, en l’associant
précocement à la conduite de parcelles
de sélection et au choix des meilleures
variétés. Mais cette démarche n’a
pu être formalisée. Toutefois, elle a
abouti à la mise au point de certaines
variétés dont les performances n’ont
pas été forcément différentes selon les
zones de production.

La multiplication des semences. Le
Cra-CF produit à partir de la variété en
cours de vulgarisation, des semences
de prébase fournies à des producteurs
individuels appelés de ce fait paysans
multiplicateurs, et à la Direction de
l’agriculture (Dagri) pour la production
des semences de base* dans des
villages autour de Parakou et dans la
ferme spécialisée pour cette opération
(Alafiarou). Cette production de semences
de base, faite sur environ 150
ha, est livrée à la campagne suivante
à des paysans multiplicateurs soigneusement
choisis dans un village
de la commune de Sinendé pour la
production de la première génération
de semences certifiées appelée « zone
1 ». Cette étape est produite sur une
superficie allant de 1 500 à 3 000 ha.
En fonction des besoins en semences
pour la campagne d’après, les semences
issues de la « zone 1 » sont multipliées
dans le reste de la commune
de Sinendé et dans la commune de
Gogounou toujours par des producteurs
multiplicateurs soigneusement
choisis. Cette dernière étape constitue
la deuxième génération de semence
certifiée appelée « zone 2 ».
Les paysans multiplicateurs sont
choisis par le Centre régional pour la
promotion agricole (Cerpa Borgou-
Alibori) à travers ses services décentralisés.
Ils doivent être membres d’une
CVPC, disposer d’au moins 2 ha en
un seul tenant, s’engager à respecter
les textes relatifs à la production des
semences, résider dans la zone de production,
être ouverts aux innovations
techniques, être disponibles et jouir
d’une bonne moralité. En général, les
paysans multiplicateurs bénéficient
d’un encadrement spécial de la part
du Cerpa Borgou-Alibori, appuyé par
l’AIC à travers des actions de formation
et même par le recrutement et la
mise à disposition d’agents d’encadrement
complémentaires. Le contrôle
de qualité et la certification des
semences sont assurés par des agents
assermentés mis en place par l’État à
travers la DPQC.
Pour le respect strict des exigences
qu’impose la production semencière,
chaque paysan multiplicateur signe
avec l’AIC un engagement personnel
qui l’oblige à consigner sur une fiche
de suivi toutes les opérations effectuées dans son champ et à respecter
rigoureusement le calendrier des traitements.
En guise de motivation, l’AIC
prend en charge le coût de certaines
opérations (remboursement partiel au
producteur du coût des produits de
traitement phytosanitaire par exemple),
réduisant ainsi le coût de production
du paysan multiplicateur.
L’égrenage du coton graine destiné à
produire les semences certifiées (zone
1 et 2) se fait dans deux usines : l’usine
de Parakou 1 et l’usine de Bembèrèkè.
La Sodeco, propriétaire de ces usines,
met en oeuvre un dispositif spécifique
pour assurer diligemment l’évacuation
du coton graine semencier. Etant
donné que ces usines n’égrènent pas
que de la semence, l’égrenage du coton
graine semencier se fait à des jours
fixes de la semaine après un nettoyage
complet de l’usine, en particulier les
équipements intervenant dans le nettoyage
et l’égrenage du coton graine
et dans la réception et le transport des
semences. Les semences issues de cet
égrenage sont conditionnées dans des
sacs de 25 kg pour les semences « zone
1 » et 40 kg pour les semences « zone
2 ». Ces sacs sont mis à disposition
auprès de la Sodeco par l’AIC. Pour
des mesures de traçabilité, ces sacs
seront également pré-numérotés par
l’usine avant leur utilisation à partir
de cette campagne 2010-2011.
La distribution se fait ensuite sur
la base des superficies déclarées par
les producteurs individuels en assemblé
générale de la CVPC auquel
ils appartiennent, et validés par le
Comité local de crédit intrant (CLCI),
un comité composé de l’agent local
d’encadrement, des responsable des
CVPC, et d’un Agent d’appui à la gestion
coopérative (AAGC) recruté et
mis à disposition par l’AIC. Le CLCI
est une structure d’appui à la gestion
comptable et financière de la CVPC.
Elle coordonne au niveau de la CVPC
toutes les activités liées à l’expression
des besoins en intrants et à leur distribution
aux producteurs.

Intérêt et limites de l’organisation
actuelle.
L’AIC, en tant que principal
régulateur des financements de
la filière, joue un rôle important de
médiateur et d’organisateur, garant
de la qualité et de la traçabilité des
semences. Par ailleurs, l’AIC veille à
améliorer la rentabilité de l’ensemble
de la production, de la distribution
et de l’utilisation des semences. Pour
emblaver 400 000 ha (un voeu cher à
l’Interprofession), il faut rendre disponible
8 000 tonnes de semences à
raison de 20 kg/ha. Le coût d’une telle
production revient à environ 2 milliards
de FCFA. Pour minimiser ces
coûts, l’AIC travaille essentiellement
sur trois axes :
Le premier axe consiste à renforcer
l’encadrement des producteurs semenciers
et à faire respecter le nombre
de graines recommandé par poquet.
Arguant du fait que les taux de germination
des semences livrées aux magasins
des producteurs ne dépassent
guère 40 %, les producteurs mettent
en fait toute une poignée de semences
dans chaque poquet, ce qui les amène
à utiliser plus de 20 kg/ha. L’AIC envisage
par ailleurs d’aller vers l’utilisation
de semences délintées*, ce qui
va améliorer sensiblement les taux de
germination et les taux d’utilisation
des semences.
Le deuxième axe consiste à renforcer
les mesures pour améliorer la
traçabilité et le contrôle de la qualité
à tous les niveaux depuis l’égrenage
jusqu’au magasin des CVPC.
Le troisième axe consiste à limiter
les gaspillages divers et les trafics
illicites de semences par la mise en
place d’un mécanisme plus rigoureux
de cession des semences, basé sur des
bons de commande ferme validés par
un CLCI institué par les réformes de
la filière. Par ailleurs, l’AIC envisage
fortement de mettre en place un mécanisme
de cession des semences à titre
payant, comme l’ont recommandé de
nombreuses études pour discipliner
la gestion de cet intrant au niveau du
producteur. En effet, jusqu’à présent,
le coût de production de la semence
est supporté par la filière à travers les
fonctions critiques et les subventions
diverses. Cette charge n’est donc pas
incorporée aux crédits intrants ; elle
n’est pas alors directement ressentie
par le producteur, ce qui donne l’impression
que la semence est cédée
gratuitement.
En plus du problème du gaspillage
de semences mises à disposition des
producteurs gratuitement, il est important
de replacer ce problème de la
filière semencière par rapport à d’autres
problèmes de la filière cotonnière béninoise
 : le niveau technique et la capacité
de gestion des producteurs qui doivent
les conduire à être plus exigent sur le
choix des variétés et plus économe
dans les quantités de semences utilisées
 ; les capacités de l’AIC à concilier
dans la durée les intérêts des producteurs
et des égreneurs et à mobiliser
l’ensemble de la recherche cotonnière
pour non seulement la sélection des
variétés, mais aussi leur bonne utilisation
dans le cadre des systèmes de
production coton/vivrier ; et la capacité
des producteurs à s’organiser
pour peser dans le fonctionnement
de la filière et à adopter une stratégie responsable
pour la consolider.

La filière coton
a subi des
réformes
importantes ces
dernières années.
Ces réformes ont
touché presque
tous les
compartiments
de la filière dont
la production et la
distribution des
semences. Cet
article présente la
nouvelle stratégie
de l’AIC pour
assurer
l’approvisionnement
des
producteurs en
semences de
qualité en vue de
l’amélioration de
la production.

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