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La demande du Nigeria en produits d’élevage : une opportunité pour les pays sahéliens ?

Pôle majeur de consommation en produits animaux d’Afrique
de l’Ouest, le Nigeria est également un des plus grands
pays d’élevage de la région. La couverture de la demande nationale
sans cesse croissante et l’accès à ses marchés dynamiques
constituent de véritables enjeux économiques, autant
pour le Nigeria que pour les pays d’élevage sahélien voisins.

Tant par sa démographie que
par ses capacités de production
animale, disposant de 25% de
l’ensemble des troupeaux de bovins
de la sous région, le Nigeria figure de
très loin au premier rang de l’élevage
en Afrique Centrale et de l’Ouest. Il
disposerait de plus de 16 millions de
bovins, précédant largement le Niger
(8,7 M), le Mali (8,2 M) et le Tchad (7
M). Pour autant, la part des pays du
Sahel demeure significative avec 50%
de cet ensemble. Au Nigeria, l’élevage
bovin est largement complété par les
principales espèces à cycle court, estimées
à 33,8 millions d’ovins et à 175
millions de volailles.
85 à 90 % du cheptel bovin national
sont élevés par huit millions de pasteurs
et agro-pasteurs transhumants, en
majorité Peuls, incluant aussi d’autres
communautés (arabes Shuwa, Koyam,
Kanuri, Kanembou, Touareg, etc.).
Il est très difficile d’apprécier ce que
représentent les flux d’importation
d’animaux sur pieds en provenance
du Niger, du Tchad ou du Mali, beaucoup
de têtes étant « nationalisées »
au passage de la frontière puis, pour
certaines, finies ou engraissées sur les
parcours situés à proximité des marchés
terminaux. Une grande partie
des animaux commercialisés sur ces
marchés ont en effet pour origine les
pays d’élevage sahéliens. Les effectifs
correspondant aux mouvements
transhumants transfrontaliers sont
également importants.
La demande en viande bovine est
largement portée par la Fédération,
puisque 50 % des consommateurs
de l’espace Cedeao sont nigérians.
Le Nigeria subit pleinement une expansion
démographique historique et
une évolution notoire des habitudes
alimentaires. Avec une croissance démographique
de près de 2,8 % par an,
le pays est loin de pouvoir subvenir à
une telle demande par sa seule production
intérieure. Il est ainsi contraint
d’importer plus de 25 % de sa consommation
de viande bovine, constituant
le débouché d’une partie significative
de l’élevage sahélien, via le commerce
direct ou la transhumance à finalité
commerciale.
Au niveau fédéral, alors que la contribution
de l’agriculture au PIB est
d’environ 35 %, le secteur de l’élevage
n’y contribue que pour 5 % environ.

Des contraintes importantes à lever
pour le développement de l’élevage
nigérian.
S’il constitue un secteur
conséquent, l’élevage nigérian est
cependant soumis à des contraintes
fortes. Les espaces dédiés au pâturage
sont en nette régression du fait
de l’expansion urbaine et agricole.
L’accès aux intrants zootechniques
apparaît insuffisant et l’encadrement
sanitaire défaillant. L’élevage bovin se
situe essentiellement dans la partie sahélo-
soudanienne des États du Nord
où il prend principalement la forme
d’un agro-pastoralisme généralement
transhumant et transfrontalier afin de
profiter des pâturages sahéliens en saison
des pluies.

Une consommation de viande en
forte augmentation et une évolution
des modes de consommation.

Outre son fort taux d’urbanisation
(60 % des nigérians sont des citadins),
c’est surtout l’amélioration du pouvoir
d’achat des consommateurs et l’apparition
d’une nouvelle classe moyenne
qui expliquent une telle poussée de
la demande en produits animaux. De
plus, ce géant commercial représente
près de 60 % des échanges internationaux
de la région.
Parallèlement, de plus en plus de
consommateurs privilégient une
viande plus saine, issue d’un abattage
contrôlé. Certains industriels de
la viande tendent ainsi à segmenter
le marché, mettant en vente des présentations
individualisées sous forme
de barquettes congelées. L’émergence
des fast-foods, adaptés à cette nouvelle
tranche de consommateurs, se trouve
également en nette évolution. Ce phénomène
est parfois complété par une
évolution de la filière vers l’intégration,
avec quelques compagnies qui disposent
de leurs abattoirs approvisionnés
par leurs propres réseaux de production.
Mais ce segment, en progression,
serait encore en dessous de 10 % du
marché des produits carnés.
Malgré ces dynamiques émergentes,
force est de constater que tout le
monde n’a pas accès à de la viande
sahélienne bovine, jugée trop chère
par les couches populaires. Au regard
de la population totale, la consommation
moyenne nationale de viande reste
inférieure à la moyenne régionale (2
kg par habitant et par an au Nigeria,
contre 8 kg au niveau Cedeao).

Un secteur mobilisateur de nombreux
emplois et savoir-faire tout au long
de la filière.
De nombreux métiers
spécifiques, dépositaires de réels savoir-
faire, se mobilisent tout au long
de la filière, la plupart du temps de
manière informelle : éleveurs, acheteurs,
intermédiaires de marchés, convoyeurs
à pieds, passeurs de frontière,
transporteurs en camion, bergers pour
finir les animaux autour des marchés
terminaux (comme Lagos), bouchers,
revendeurs, grilleurs. À Lagos, de nombreux
quartiers qui jouxtent les lieux
d’abattage se sont progressivement spécialisés
dans la récupération des abats,
des os et du cuir.

Esquisse des principaux circuits de commercialisation du bétail en Afrique Centrale et de l'Ouest

Des flux importants d’animaux sur
pied qui transitent sur des circuits
de commercialisation de plus d’un
millier de kilomètres.
Ils sont parcourus
en grande partie à pied, en provenance
des zones pastorales du Tchad,
du Niger ou du Mali (voir carte). Le
choix des animaux et le savoir-faire
des convoyeurs limitent les risques sur
ces longs périples et rendent, malgré
tout, ces transferts rentables pour les
commerçants. Deux grands types de
circuits irriguent ainsi les marchés terminaux
du Nigeria. Le circuit Est voit
affluer les animaux en provenance du Tchad et du Cameroun, qui transitent
par le marché international de Maiduguri.
Sur ce pôle commercial, 55 % du
bétail présent proviendrait du Tchad,
et 20 % serait originaire du Niger (le
circuit par l’Est Cameroun et la République
Centrafricaine est réputé très
dangereux et donc relativement peu
fréquenté ; il est de fait très difficile
à estimer). Le circuit Ouest collecte
les animaux provenant du Mali, du
Niger, du Burkina Faso et du Bénin,
ces animaux transitant par le marché
international de Kano.
Sur ces circuits, de nombreuses
taxes licites et prélèvements illicites
sont perçus. Ces derniers constituent
un manque à gagner important pour
les acteurs économiques des filières et
pour les États. À ce titre, sur certains
circuits au Tchad, les sommes prélevées
représenteraient 63 % des charges
totales pour un animal originaire du
Tchad central et abattu à Lagos.
La survie des acteurs économiques
demeure en partie liée à leur capacité
d’anticipation des cours de la monnaie
nigériane (Naira), et à l’insécurité du
rapatriement des fonds une fois les animaux
vendus. Du fait des variations
du taux de change entre le FCFA et le
Naira ainsi que de l’accroissement de
la demande, les prix du bétail apparaissent
souvent très volatils. Ils auraient
augmenté de près de 78 %, à prix courant,
entre 1997 et 2002.

Une politique de développement de
l’élevage axée sur l’intensification et
l’importation de produits animaux.

Pour répondre aux besoins croissants
en protéines animales, la politique de
développement de l’élevage engagée
par les autorités fédérales pour cette
décennie cherche à combiner plusieurs
priorités stratégiques. Elle veut augmenter
significativement la production
intérieure en viandes de toutes catégories,
en promouvant une intensification
des élevages et une valorisation
des espèces monogastriques. L’objectif
est également de faciliter l’importation
d’animaux en provenance du Sahel, essentiellement
les bovins, les ovins et les
caprins. Elle exprime aussi la volonté
de développer l’importation de viande
et de poisson congelés, en provenance
de l’Union européenne et du Brésil, à
destination des consommateurs à faible
pouvoir d’achat. Par ailleurs, elle vise
à augmenter la production des autres
protéines issues de l’élevage, le Nigeria
étant déjà leader de la production régionale
d’oeufs avec 68 % du tonnage
produit.

Le développement de l’élevage nigérian
 : des enjeux fondamentaux
pour la Fédération et ses organisations
d’éleveurs, ainsi que pour les
pays d’élevage sahéliens voisins.

Augmentation rapide de la disponibilité
en produits carnés, mesures en
faveur de la compétitivité du secteur
de l’élevage, encouragement des investissements
privés liés à ce secteur, les
orientations de la politique nigériane
d’élevage se focalisent fortement sur
les élevages intensifs et sur les importations
provenant de pays ayant développé
un élevage industriel. Dans les
deux cas, ces filières s’appuient sur une
consommation importante de céréales
dont la disponibilité et les prix varient
fortement au gré des aléas de la production
sahélienne et mondiale.
On peut également s’interroger sur
le fait que la politique de ce géant de
l’élevage ne fasse qu’insuffisamment
cas de l’élevage agro-pastoral et de
l’amélioration de la coexistence entre
éleveurs et agriculteurs (plusieurs conflits
parfois très meurtriers ont émaillé
les années 2009 et 2010 dans les États
de Bauchi, Nasarawa, Benue, Plateau,
Ebonyi). En relation directe avec la
poussée démographique, se posent
de grands problèmes de circulation
du bétail au Nigeria ainsi que d’accès
aux fourrages et aux points d’eau.
C’est donc la question d’une politique
de sécurisation de l’élevage pastoral
transhumant qui se pose, avec plus
d’acuité encore que dans la plupart
des pays sahéliens.
L’élevage sahélien joue un rôle majeur
au Nigeria. La complémentarité
Nord-Sud de la filière bovine devra
se renforcer, sans pour autant que
la viande sahélienne ne soit bradée.
Son prix devrait davantage prendre
en compte la diversité des risques, le
nombre d’intermédiaires et les variations
des taux de change entre les
monnaies. Sous la pression de l’augmentation
démographique des villes
sahéliennes, cette viande va certainement
devenir plus chère et donc
sélective vis-à-vis du pouvoir d’achat
des consommateurs.
Dans la décennie qui débute, s’ils ne
sont pas capables de couvrir l’intégralité
de la demande nigériane en viande
bovine, les pays sahéliens peuvent
néanmoins jouer un rôle conséquent en
faveur de leurs économies respectives.
Les productions sahéliennes doivent
davantage satisfaire les exigences de
qualité. Les animaux convoyés depuis
le Sahel manquent souvent d’embonpoint,
ce qui oblige à organiser une
finition dans les zones intermédiaires,
de part et d’autre de la frontière. Pour
y parvenir de manière plus systématique
et rapide, la contrainte de l’accès
aux aliments du bétail est essentielle à
surmonter. Cela suppose que les organisations
d’éleveurs acquièrent plus de
poids politique dans les négociations
avec les industriels (sons, tourteaux,
etc.). Cela implique également que des
procédés techniques, permettant une
meilleure valorisation des sous-produits
agricoles, soient mis au point. Ce
sont là des défis supplémentaires que
les organisations d’éleveurs doivent
relever pour améliorer les revenus de
leurs membres et soutenir l’économie
de l’élevage bovin.

L’Institut de
recherches et
d’applications
des méthodes de
développement
(Iram) conduit
divers travaux
dans le domaine
du pastoralisme
et de la
valorisation des
filières de
l’élevage. Cet
article s’appuie
en particulier
sur l’Étude
régionale sur les
contextes de la
commercialisation
du bétail,
l’accès aux
marchés et les
défis
d’amélioration
des conditions de
vie des
communautés
pastorales, Iram/
Lares pour la
SNV (B. Guibert,
M. Banzhaf, B.
G. Soulé, D. H.
Balami, G. Idé,
2009) et sur les
expériences en
cours d’appui à
l’organisation de
la filière bovine
au Tchad (Pafib,
ministère de
l’Élevage et des
Ressources
animales, sur
financement de
l’Union
européenne).

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2 commentaires

  • Inter-réseaux 30 octobre 2017 13:49:36

    Bonjour,
    Merci pour votre message et votre intérêt pour nos travaux. Nous sommes une organisation à but non lucratif œuvrant en faveur de l’information, de la mise en réseau et de la mise en débat dans le domaine du développement agricole et rural en Afrique. Pour en savoir plus sur nous, consultez cette page : http://inter-reseaux.org/qui-sommes-nous/?lang=fr

    Si vous souhaitez suivre nos actualités, vous pouvez vous abonner à nos publications (ici -> http://inter-reseaux.org/inscription_newsletter.html) et nous suivre également sur Facebook : www.facebook.com/inter.reseaux
    Twitter : www.twitter.com/interreseaux et LinkedIn : https://www.linkedin.com/company-beta/11069891/admin/updates/

    L’équipe d’Inter-réseaux

  • mouafi mohamed 19 octobre 2017 21:22:55

    bonjour /bonsoir

    je suis mouafi représentant d,une société allemande spécialiser de fabrique des usines pour aliment bétail de 5tonne par heur jus qua 50 tonne par heur granule et farine pour tous les animaux en Afrique
    l,usine sera garante a vie sauf quelque pièce éclectique
    nous avant une très bonne formule (1600gram =1000gram viande net)
    cette société allemand witte lastop a bremen est la plus ancienne en Europe
    nous proposent pour notre client d,allez avant tous en Allemagne pour plus d,information et raconter monsieur karl heinz witte bien sur les frais de séjour sera a notre charge pour une semaine sauf le bille d,avion




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2 commentaires

  • Inter-réseaux 30 octobre 2017 13:49:36

    Bonjour,
    Merci pour votre message et votre intérêt pour nos travaux. Nous sommes une organisation à but non lucratif œuvrant en faveur de l’information, de la mise en réseau et de la mise en débat dans le domaine du développement agricole et rural en Afrique. Pour en savoir plus sur nous, consultez cette page : http://inter-reseaux.org/qui-sommes-nous/?lang=fr

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    L’équipe d’Inter-réseaux

  • mouafi mohamed 19 octobre 2017 21:22:55

    bonjour /bonsoir

    je suis mouafi représentant d,une société allemande spécialiser de fabrique des usines pour aliment bétail de 5tonne par heur jus qua 50 tonne par heur granule et farine pour tous les animaux en Afrique
    l,usine sera garante a vie sauf quelque pièce éclectique
    nous avant une très bonne formule (1600gram =1000gram viande net)
    cette société allemand witte lastop a bremen est la plus ancienne en Europe
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