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Être leader paysan : un processus d’apprentissage permanent

Face aux responsabilités croissantes qui incombent aux
leaders paysans, leur formation dans divers domaines est
de plus en plus indispensable. Si la question « peut-on former
au leadership ? » reste largement débattue, les leaders
d’aujourd’hui partagent avec nous leurs méthodes d’apprentissage,
du scolaire au terrain.

Les leaders paysans, et en particulier ceux
d’envergure nationale ou internationale, ont
de plus en plus à négocier avec les représentants
des pouvoirs publics, les bailleurs de fonds et
les institutions internationales. Pour être crédibles
face à ces interlocuteurs et pouvoir peser dans les négociations,
il leur faut être formé pour maîtriser les
situations et enjeux locaux comme internationaux.
Seynabou Ndoye, leader sénégalaise, explique : « Nous
avons besoin de formations. Nous avons besoin d’être
renforcés en toutes choses car nous traitons avec des
bailleurs qui ont fait des études de très haut niveau »
.
Outre leurs fonctions de représentant vis-à-vis de
l’extérieur, ces leaders ont aussi pour rôle de diriger
leurs OP ; leurs responsabilités touchent ainsi au
fonctionnement de l’organisation et à la réalisation
des activités. Là encore, des compétences spécifiques
sont nécessaires pour permettre aux leaders d’être
efficaces. Mais tous les leaders, lorsqu’ils accèdent
à des postes à responsabilités, n’ont pas forcément
ces connaissances, cette maîtrise du contexte, ces
compétences et savoir-faire. Dès lors, comment les
préparer à assumer au mieux des fonctions de plus
en plus complexes ?

Former au leadership ou à la prise de responsabilités
 ?
Le leadership, considéré comme la capacité
à guider, à mener, à pouvoir influencer et inspirer
un groupe, est une qualité qui peut être innée chez
certains, mais que tous les élus des OP ne possèdent
pas. Peut-on dès lors tenter de former au leadership
des hommes qui ne jouissent pas de cette autorité et
de ce charisme naturel ? Pour Faliry Boly, leader malien,
« la formation, c’est bien, mais pas la formation
des leaders. Je pense que c’est quelque chose de beaucoup
trop hasardeux, tu risques de former quelqu’un
qui se dira ensuite qu’il est leader, alors qu’en fait il
peut ne rien avoir d’un leader. S’il n’a pas la fibre dès
le départ, une formation ne suffira pas à faire de lui
un leader »
. Il ajoute par ailleurs : « On aura beau
former les gens, faire en sorte que le métier d’agriculteur
soit plus facile, les instruire, on formera peut
être des responsables mais pas des leaders ! »
Un avis
que partage Loïc Barbedette, sociologue français :
« Ou bien ce sont des leaders naturels, auquel cas ces
formations ne font pas beaucoup de sens ; ou bien ce
sont des gens qui ont été mis en situation de responsabilité-souvent dans un jeu de partenariat - mais
aucune formation ne leur permettra de devenir des
meneurs d’hommes ».

Les élus paysans, même s’ils sont naturellement
des « meneurs d’hommes », ont cependant tous besoin
d’être renforcés pour assumer au mieux leurs
fonctions. C’est ce que note Elisabeth Atangana, leader
camerounaise : « Je crois qu’on est leader d’abord
parce qu’on a la capacité à mobiliser, à conduire, à se
faire écouter. Mais ces formations sont nécessaires,
pour essayer d’ordonner ses idées, pouvoir également
s’adapter à des situations qui se présentent à nous au
quotidien »
. Mariam Sow, cadre sénégalaise, fait le
même constat : « Il faut renforcer les capacités des
leaders déjà en place, même s’il faut aussi avoir naturellement
un certain gabarit pour devenir leader ».

Le témoignage de Ghislaine Hounkpatin, leader
béninoise, est éclairant sur la façon dont on peut définir
des formations pertinentes pour aider les élus à
mener à bien leurs missions : « Si au lieu de raisonner
en termes de responsables, c’est-à-dire de fait, en
postes, on raisonne en termes de responsabilités, la
problématique est totalement changée. Former un
responsable c’est le préparer à assurer ses responsabilités,
à pouvoir gérer son milieu, à se sentir mieux
dans sa professionnalisation. Avoir les compétences
nécessaires pour maîtriser son milieu »
. Il s’agit donc
de former les leaders sur des points précis, relatifs aux
tâches et missions qui leur sont confiées, pour leur
permettre d’exercer au mieux leurs fonctions : maîtrise
des procédures, de la gestion administrative et
financière, du management, de la communication, des
enjeux et contextes nationaux et internationaux tels
que l’Organisation mondiale du commerce (OMC),
les Accords de partenariat économique (APE) ou
encore la biodiversité, les techniques de plaidoyer
et de négociation, etc.

Comment se former ? Différents modes d’apprentissage…
La formation n’est pas obligatoirement formelle,
et certains leaders racontent s’être avant tout
formés « sur le tas », en se confrontant aux difficultés,
en faisant face à des situations inédites et en prenant
progressivement des responsabilités de plus en plus
importantes. C’est le cas par exemple de Rigoberto
Turra, leader chilien : « On devient leader à travers
les années, avec l’expérience de vie, les erreurs et les
succès, la participation à différents secteurs de la société,
par la réflexion, l’étude et la mise en pratique
des principes de coopération et de recherche de professionnalisme.
La formation d’une personne prend
des années ! »
Une expérience partagée par Seynabou
Ndoye, qui s’est également « auto-formée », directement
sur le terrain : « Je n’ai pas appris à être leader à
l’école mais c’est dans la vie quotidienne, dans l’environnement
où je suis que j’ai progressé. Je n’ai même
pas le bac, et pourtant Dieu m’aide et je me débrouille
pour dialoguer avec les bailleurs ».

Les échanges entre paysans issus de régions, de
pays ou même de continents différents sont également
très enrichissants : ils permettent de prendre
du recul par rapport à son expérience, de partager
difficultés et solutions, de bâtir des positions communes
qui permettent au leader de renforcer son
poids dans les négociations et de mieux faire face
aux obstacles qu’il rencontre. Moacir Klein, leader
brésilien, a ainsi beaucoup appris des échanges avec
des leaders français : « Le support constant et l’évaluation
de l’évolution d’Unileite par des professionnels
et leaders français nous permet de réfléchir et
d’échanger des informations avec ces professionnels
qui possèdent une longue expérience, qui ont déjà vécu
ce qui se passe aujourd’hui chez nous ; cela nous donne
une grande assurance dans les prises de décisions
importantes. Nous croyons aussi que nous pouvons
à notre tour faire profiter d’autres organisations de
notre expérience ».

Outre les liens interpersonnels qui peuvent se
développer et enrichir l’expérience de chacun lors
d’échanges et de rencontres, les voyages d’études
permettent aussi de se confronter à un autre contexte,
à d’autres formes d’organisations, ce qui est
aussi très formateur. Jean Coulibaly, leader malien,
a ainsi beaucoup appris de ses voyages en France sur
le contexte et les enjeux internationaux concernant
l’agriculture : « J’ai eu la chance de partir en France
avec le Groupement pour le développement des paysans
de Ségou (GDPS) et d’être ainsi informé de beaucoup
de choses. Les formations et les voyages m’ont permis
de savoir ce qu’est la globalisation, la mondialisation
et les enjeux de l’agriculture. Ça m’a permis de faire
comprendre pourquoi il est absolument nécessaire de
s’organiser ».

Certaines OP ou organismes d’appui développent
aussi des modes de formation, parfois in situ, prenant
en compte les spécificités et le vécu des personnes
formées. C’est aussi le cas de plusieurs centres
de formation, comme par exemple l’Institut de formation
des cadres paysans (Ifocap) en France dont
« la particularité, c’est de s’inscrire dans un environnement,
c’est d’être dans une logique de formation-action.
C’est-à-dire que la formation n’est pas qu’un
transfert de savoirs, c’est partir du déjà là, de ce que
les personnes vivent »
.
Il ne faut pas non plus oublier le rôle crucial que
jouent les salariés des OP, qui évoluent au quotidien
avec leurs leaders, les informent, les forment et les
conseillent au fur et à mesure des situations et des
décisions à prendre.

- Mamy Rajohanesa : Depuis 1994, j’ai suivi de
nombreux cursus de formation destinés aux leaders
paysans, ce qui m’a permis de passer par toutes les
étapes : président d’une association de base, président
d’une fédération régionale et depuis 4 ans président
de Fifata. J’ai enchaîné plusieurs formations mais les
plus importantes étaient surtout sur la conduite de
réunions, la prise de décision, la communication, la
gestion de conflit, les techniques de négociation, le
lobbying et le plaidoyer, le montage de projet et les
langues étrangères. Il s’agissait aussi de s’informer
sur les politiques agricoles nationales. J’ai également
participé à diverses manifestations internationales
qui m’ont permis d’avoir des échanges avec des producteurs
de différents horizons. Ces différentes formations
m’ont permis de faire face aux différents
problèmes que rencontrent quotidiennement les
leaders paysans. Mais cela m’a également permis de
renforcer ma capacité sur la gestion de l’association
et de la faire évoluer.

Pour en savoir plus sur les
leaders interrogés et leurs OP,
vous pouvez consulter leurs présentations et les versions complètes de leurs interviews.

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