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Variabilité et changements du climat au Sahel : ce que l’observation nous apprend sur la situation actuelle

Quelle évolution du climat observe-t-on ces dernières
décennies dans les pays du Sahel ? Comment explique-t-
on la variabilité spatiale et temporelle qui s’est manifestée
plus ou moins fortement depuis une dizaine d’années ? Que
peut-on prédire pour l’avenir ?

Le climat d’une période, au
sens utilisé dans cette analyse,
se réfère aux moyennes et à l’irrégularité
de variables telles que la température,
la hauteur des précipitations
et le vent. L’importance relative accordée
à chacune de ces variables dépend
de la région du globe considérée. Au
Sahel, la pluie est de loin la variable
climatique la plus déterminante pour
la vie des populations. On considère
qu’elle permet à elle seule de déterminer
l’évolution de l’environnement
dans cette région du monde. La pluviométrie
peut ainsi être considérée
comme le paramètre le plus indiqué
pour caractériser et analyser l’évolution
du climat au Sahel.
La fin ou non de la sécheresse au Sahel
est aujourd’hui un sujet de controverse
au sein de la communauté scientifique.
Certaines analyses concluent sur
la fin du phénomène, alors que d’autres
insistent sur sa continuité. Les débats
portent également sur les raisons de
cette situation pluviométrique au Sahel :
est-ce une manifestation de changement
du climat ou bien une variabilité
naturelle du phénomène ?
Cet article vise à contribuer à ce débat,
en proposant, sur la base des données
pluviométriques des pays membres
du Cilss centralisées au centre régional
Agrhymet, un diagnostic sur la tendance
actuelle du régime pluviométrique
au Sahel.

Un consensus sur la situation d’avant
1993.
Pour déterminer le caractère humide
ou sec de la saison des pluies,
on utilise couramment l’indice pluviométrique
standardisé (IPS). Pour
une année donnée, cet indice fait la
moyenne des cumuls pluviométriques
saisonniers des stations pluviométriques
disponibles. Ainsi, l’IPS indique
si la saison peut être qualifiée d’excédentaire
(s’il est positif) ou de déficitaire
(s’il est négatif).

Figure 1 : Indice de pluie (IPS)
du Sahel sur la période allant
de 1950 à 2006. Les valeurs
positives indiquent des années
de pluviométrie supérieure à la
moyenne de la période 1950–
2006 et les négatives indiquent
des années de pluviométrie
inférieure à cette moyenne

L’analyse de l’IPS sahélien, calculé
sur la base des données de 600 stations
suivies par le centre régional Agrhymet,
met en évidence deux périodes bien
distinctes (figure 1, les deux premières
parties). La première, de 1950 à 1969, est
caractérisée par une persistance d’années
humides et la deuxième, de 1970
à 1993, par une persistance de plus de
vingt années sèches. Les années 1970
marquent ainsi ce qui est communément
appelé la rupture climatique au
Sahel. Un tel comportement pluviométrique
n’a été observé dans aucune
autre région du monde. Cette analyse
constitue un consensus au sein de la
communauté scientifique. De nombreux
programmes internationaux
ont étudié la pluviométrie de la région
pour tenter d’expliquer le phénomène,
le dernier en date et le plus ambitieux
étant le programme Amma (Analyse
multidisciplinaire de la mousson
africaine). La sécheresse observée au
Sahel durant la période 1970-1993 n’a
également pas eu d’équivalence dans
sa dimension spatiale : elle a frappé
toute la région, sans exception.

La situation actuelle, sujet de controverse.
Un changement est intervenu
après 1993. Trois années très
humides ont été enregistrées au Sahel
 : 1994, 1999, 2003. Que faut-il en
déduire ? Est-ce la fin de la sécheresse
qui a tant meurtri la région ? Les avis
divergent. Depuis 1993, la région fait
face à un nouveau type de variabilité
inter-annuelle de la pluviométrie, caractérisé
par une alternance brutale
entre années très humides et années
très sèches (figure 1, dernière partie).
Ce qui rend encore plus difficile les
prévisions inter-annuelles de la pluie
au Sahel.

Figure 2 :
Indice de
pluie pour
les parties
Ouest,
Centre et
Est du Sahel.
Les valeurs
des indices
annuels
sont des
moyennes
calculées par
période de
cinq ans pour
mieux faire
ressortir
les grandes
tendances

Pour mieux appréhender la situation
actuelle, une analyse zonale de
la région a été menée en distinguant
la partie Est (Tchad et Est du Niger)
de la partie Ouest du Sahel (Sénégal et
Ouest du Mali). L’analyse des indices
de ces deux zones montre que cette alternance
entre année humide et année
sèche observée au niveau global cache
une fracture climatologique nette entre
la partie Ouest et la partie Est du
Sahel. La sécheresse se poursuit dans
la partie Ouest alors que la partie Est
connaît un retour à des conditions plus
humides (figure 2). Dans ce contexte,
il n’est plus judicieux de continuer à
considérer un indice global et d’en
déduire une caractéristique globale
de la pluviométrie pour le Sahel : il
est nécessaire de bien distinguer la
partie Est de la partie Ouest. Ainsi,
alors que la tendance de la sécheresse
des années 80 et 90 se poursuit dans
la partie Ouest du Sahel, elle prend fin
dans la partie Est. Plusieurs études climatologiques
actuelles commencent à
mettre le doigt sur les raisons de cette
nouvelle donne. Certains l’expliquent
par un déplacement vers l’ouest du foyer
chaud de l’océan indien qui a eu pour
conséquence de déplacer la zone de sécheresse
vers l’ouest.


Figure 3 :
Cycles
saisonniers
moyens
des années
humides et
des années
sèches pour
la période
d’avant 1993
et celle
d’après

Les saisons de pluie se sont-elles
raccourcies ?
Une autre préoccupation
récurrente concerne la variabilité
de la durée des saisons des pluies. Les
saisons démarrent-elles plus tard et/ou
se terminent-elles plus tôt ? L’approche
considérée ici a consisté à comparer les
pluies moyennes en début ou fin de saison
des pluies des différentes périodes.
Pour ce faire, les cumuls journaliers
moyens des années humides de la période
d’avant 1993 sont comparés à ceux
des années sèches. La même comparaison
a été faite pour la période après
1993. Nous constatons qu’avant 1993,
les années sèches sont effectivement
caractérisées par une baisse de la pluie
moyenne journalière à la fois pour le
début de la saison et pour la fin. Par
contre, après 1993, les cycles saisonniers
des années humides et des années sèches
ne se distinguent que sur la fin de
la saison (figure 3). Les années sèches
de la période actuelle se caractérisent
donc par un affaiblissement à la fin de
saison, mais pas forcément au démarrage.
Les deux courbes se superposent
jusqu’aux environs du 15juin.
En conclusion, il ressort de cette
analyse qu’il ne paraît pas judicieux
d’exprimer le régime actuel de la pluviométrie
au Sahel en termes de fin
ou non de la sécheresse, puisqu’il n’y a
pas de tendance unique pour l’ensemble
de la région. La sécheresse tend à
se poursuivre dans la partie Ouest du
Sahel, alors que la partie Est semble
connaître un retour progressif à des
conditions humides.
Ces changements constituent-ils une
manifestation d’un changement durable
du climat dû à l’action de l’homme
ou résultent-ils simplement d’une variabilité
naturelle du climat ? Il est difficile
de trancher de manière absolue.
Selon l’Organisation météorologique
mondiale, le climat doit être évalué par
rapport à une période de référence de
30 ans. Dans ce contexte, plusieurs études
ont montré que les changements
enregistrés après les années 1970 sont
significatifs par rapport à la référence
1940-1969. De même, des tests statistiques
de détection de changements de
tendance ont montré que les années
1970 et 1993 constituent des années de
rupture climatique.

Le centre
régional
Agrhymet
est
une institution
spécialisée du
Comité permanent
inter-États
de lutte contre la
sécheresse dans
le Sahel (Cilss).
Il a pour
objectifs de
contribuer à la
sécurité alimentaire
et à l’augmentation
de la
production agricole
dans les
pays membres
du Cilss en
assurant
l’information et
la formation des
acteurs dans les
domaines de
l’agroclimatologie,
l’hydrologie,
la protection des
végétaux, etc.

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