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Techniques de maintien de la fertilité des sols : une révolution silencieuse de l’agriculture sahélienne

Face à la variabilité climatique de plus en plus présente au Sahel, les agriculteurs ont développé une palette de techniques d’adaptation. Ces techniques engendrent des augmentations de rendements non négligeables dans ces zones géographiques menacées par la désertification.

En Afrique de l’Ouest et au
Sahel en particulier, la désertification
et la variabilité climatique
ont entraîné une baisse des
rendements et de la fertilité des sols.
Pour s’y adapter, les producteurs ont
élaboré une diversité de techniques qui
ont ensuite été relayées et améliorées
par la recherche avec l’appui de partenaires
techniques et financiers. Ces
techniques, reproductibles et maîtrisables
par les populations rurales sahéliennes,
peuvent s’adapter aux contextes
agro-écologiques et sociaux et
restent accessibles (avec un minimum
de subvention) pour les producteurs
à faibles revenus.

Une diversité de techniques et
d’ouvrages.

Les cordons pierreux : ce sont des
petits murets de 20 cm de hauteur
construits dans des sillons (de 10 cm
de profondeur et d’une trentaine de
cm de largeur) qui suivent les courbes
de niveau de la zone à aménager.
Les cordons sont tracés tous les 20 à
50 m selon la pente et la pluviosité :
plus le terrain est pentu et le climat
sec, plus les cordons seront rapprochés.
Ils sont très adaptés en zone
soudano-sahélienne (jusqu’à 10% de
pente). Le coût de leur mise en place
(équipement en matériel, location de
camion pour le transport des cailloux)
varie de 130 euros/ha (aménagement
individuel avec pierres à proximité) à
250 euros/ha (aménagement de terres
pastorales nécessitant un complément
financier ou alimentaire pour la main
d’oeuvre).


Tableau : Impact des techniques sur les
rendements en grains sur le plateau
central du Burkina Faso en 2007
Source : rapport Étude Sahel Burkina Faso (Cilss,
2008)

Le zaï ou tassa : le zaï manuel, parfois
appelé tassa, est une pratique traditionnelle.
Des trous sont creusés et
remplis de fumure sur des terres fortement
dégradées (nues, encroûtées ou
de glacis). Ces poquets d’une vingtaine
de centimètres de profondeur
et de 20 à 40 cm de diamètre ont des
écartements d’environ un mètre, variables
selon la taille des spéculations
(sorgho/maïs : 80 × 60 cm, mil : 80 ×
80 cm). Ils captent le maximum d’eau
de pluie et de ruissellement à l’arrivée
de la saison pluvieuse ainsi que
les fines particules du sol transportées
par les eaux. Le zaï est très adapté en
zone nord-soudanienne et sahélienne
(pluviométrie de 300 à 800 mm). Sa
pratique est très exigeante en main
d’oeuvre, en moyenne 40 hommes jours
(300 heures) pour un hectare
de zaï. Le coût d’aménagement d’un
ha est de 75 euros (hors main d’oeuvre)
en première année. À partir de la
troisième année, le sol dégradé devient
moins dur et plus perméable et pourrait
être utilisé de manière classique.
Une version « mécanisée » de la pratique
du zaï existe avec des tracteurs
et charrues appropriés.

Les demi-lunes : ce sont des cuvettes
en forme de demi-cercle réalisées sur
des terrains encroûtés ou bien à l’intérieur
de champs en zone aride, généralement
sur les terrains de faible
pente (inférieure à 3%). Ces cuvettes
sont disposées selon les courbes de niveau,
en quinconce, pour récupérer le
maximum d’eau en la concentrant au
pied des plantations et diminuer les effets
d’érosion (environ 300 demi-lunes
par hectare). À l’intérieur de chaque
cuvette, on dépose de la fumure organique
pour assurer une croissance
optimale des plants et un rendement
plus élevé. On plante dans la cuvette
en moyenne 20 à 30 poquets. Les
techniques de demi-lunes sont adaptées
pour la restauration de terrains
en zone agricole comme pastorale en
région sahélienne et soudano-sahélienne
(pluviométrie inférieure à
600 mm ; au-delà, risques d’inondations).
Leur coût d’aménagement est
de 75 euros/ha, hors main d’oeuvre
(acquisition de petits matériels : pic,
pioche, pelle, brouette).

Les banquettes : les banquettes sont
de grandes cuvettes (environ 80 mètres
linéaires) creusées et disposées
en quinconce, destinées à récupérer
les eaux de ruissellement de grands
glacis et à en faciliter l’infiltration
en profondeur (réduisant du coup
les phénomènes de ravinement et
de ruissellement). Ces ouvrages sont
adaptés en zone soudano-sahélienne.
Cette pratique est très exigeante en
main d’oeuvre et le coût est environ
de 140 euros/ha.

Les digues anti-sel : cette technique
traditionnelle consiste à construire
une digue de ceinture (barrage antisel)
en terre, dont la hauteur et la longueur
sont fonction de la superficie
ciblée. Cette digue contrôle le niveau
de l’eau et isole le terrain de l’influence
de la remontée de l’eau salée. Afin de
permettre le lessivage par l’eau douce
et d’éviter la rupture de la digue,
deux, trois ou quatre zones de passage
(drains) doivent être prévus. Ces drains
étaient traditionnellement réalisés au
moyen de troncs creux. Cette technique
a été modernisée par l’utilisation de
tuyaux en PVC de gros diamètre, plus
résistants et plus durables. Les eaux de
pluies lessivent progressivement le sel
des couches superficielles en aval de
la digue et l’aération du sol est améliorée.
Cette technique est très utilisée
dans les zones de mangrove du littoral
ouest-africain. Elle nécessite beaucoup
de main d’oeuvre. Le coût moyen est
estimé à 1900 euros par kilomètre de
digue, pour un amortissement sur une
période de 7 à 10 ans et à partir de la
troisième année un rendement à plus
de 3 tonnes/ha pour le riz.

L’impact des techniques d’adaptation
aux aléas climatiques en chiffres.

Au Niger, en 2006, le Cilss a évalué à
plus de 250 000 hectares la surface des
terres initialement dégradées et récupérées
pour usages agricole et pastoral.
Au Burkina Faso, les techniques
de conservation des eaux et des sols
ont concerné environ 300 000 hectares.
Selon des études du Cilss, sur un
échantillon de 700 unités de production
enquêtées, le taux d’adoption de
ces techniques était de l’ordre de 53%.
Au Niger, les taux d’adoption ont été
évalués à 68% pour le zaï et 19% pour
les demi-lunes.
Ces techniques ont des impacts environnementaux
et socio-économiques
importants : atteinte de la sécurité
alimentaire via l’augmentation des
surfaces cultivables récupérées ainsi
que des rendements agro-sylvo-pastoraux,
réduction des défrichements
de nouvelles terres (associés aux destructions
d’habitats pour la faune et
la flore) tout en restaurant le couvert
végétal, contribution au remplissage
des nappes phréatiques suite à une
meilleure infiltration des eaux de
pluie et augmentation de la production
de matière sèche qui contribue à
l’alimentation du cheptel.

Obstacles et enjeux du développement
de ces techniques.
Ces aménagements
constituent donc des moyens
efficaces pour s’adapter à des sécheresses
ou à des pluies torrentielles plus
fréquentes, tout en amortissant l’effet
des chocs climatiques sur les productions
céréalières ou fourragères. Pourtant,
leur diffusion et leur adoption se
heurtent encore à quelques barrières,
telles que : l’importante quantité de
main d’oeuvre requise du fait du faible
niveau d’équipement et de mécanisation
de ces techniques ; le manque
de financement structurant pour les
petits producteurs ; le besoin en matière
organique souvent important
pour certaines de ces technologies ;
la diminution des investissements
et la faible capacité institutionnelle
et politique des pays en matière de
gestion durable des terres, observées
ces dix dernières années en Afrique
de l’Ouest.

Pour plus
d’informations
sur ces techniques : www.cilss.bf/spip.php ?rubrique25

La régénération naturelle
assistée : l’espoir du
reverdissement du Sahel ?

Dans beaucoup de régions du Sahel,
les agriculteurs ont investi à plus ou
moins grande échelle dans le développement
de systèmes agro-forestiers. Ce phénomène
s’est surtout produit dans des régions à forte
densité de population (« plus de gens, plus
d’arbres ») et avec des sols sableux, comme
les régions de Zinder et Maradi au Niger
et la plaine de Seno au Mali. On y trouve
souvent 15 à 20 fois plus d’arbres dans les
champs en 2005 qu’en 1975. Au Niger, ce
phénomène est spectaculaire : l’échelle de
ce reverdissement est évaluée à au moins
5 millions d’hectares. Ces arbres n’ont pas
été plantés, mais sont le résultat de la protection
et de la gestion de la régénération
spontanée par les agriculteurs.
On entend par « régénération naturelle
assistée » l’ensemble des interventions visant
à stimuler, provoquer, protéger et entretenir
les repousses ligneuses sur les parcelles. La
technique nécessite des formations préliminaires
qui ont été dispensées principalement
par les ONG à la suite des grandes
sécheresses des années 70 et 80. Les effets
concrets de ces techniques sont la reconstitution
d’un système agro-forestier autochtone
voire d’une forêt à moyen terme. Les
arbres régénérés assurent un complément
de fertilité aux terres en culture ainsi que
du fourrage, des fruits et du bois.
Pour plus d’informations, consultez les
études :
www.cilss.bf/fondsitalie/download/down/
Rapport %20Synth %E8se_Étude_Sahel %20Final.pdf

www.ifpri.org/sites/default/files/p...

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