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Le warrantage au Niger, pour renforcer la trésorerie des paysans

Le warrantage, ou « crédit stockage », est une technique qui
permet aux paysans de mieux valoriser leurs produits agricoles
tout en sécurisant le financement rural. Il connaît un franc succès
au Niger, où il a été introduit il y a plus de 10 ans.

Au Niger, comme ailleurs en Afrique subsaharienne,
bon nombre de paysans sont contraints
de vendre leurs produits agricoles au
moment de la récolte, alors que les prix sont les plus
bas, pour faire face à des besoins impératifs de trésorerie,
payer leurs dettes, ou par manque d’infrastructures
de stockage. Ils perdent alors l’opportunité
de bénéficier de meilleurs prix quelques mois plus
tard, ou doivent racheter pour leur consommation
les mêmes produits en période de soudure, lorsque
les prix sont élevés. Par ailleurs, les institutions financières
(IF) sont généralement réticentes à prêter
aux petites exploitations agricoles qui disposent de
peu de garanties et présentent un niveau de risque
important (la production agricole étant fortement
dépendante du climat, très variable au Sahel).
Le warrantage (ou « crédit stockage »), introduit
au Niger à partir de 1999 par le projet « Intrants » de
la FAO, offre aux producteurs la solution suivante :
en stockant leurs produits agricoles dans un entrepôt
fiable et en les utilisant comme garantie auprès
d’une IF, les producteurs peuvent accéder à un prêt
de quelques mois au moment de la récolte ; ils satisfont
ainsi leurs besoins de liquidité tout en évitant
de brader leurs produits.

Le warrantage, un moyen de sécuriser le crédit. Le
warrantage « classique » fait appel à un entreposeur
agréé (le « warrant »), qui joue un rôle d’intermédiaire
entre la banque et le producteur. Au Niger, cette technique
a été adaptée aux petits producteurs : le stock
est gardé dans des petits magasins au sein même des
villages et des organisations paysannes (OP) servent
d’intermédiaires entre producteurs et IF.
En novembre-décembre, les OP proposent à leurs
membres de stocker une partie de leur production
dans un magasin collectif (appartenant à l’OP ou
mis à sa disposition). Chaque producteur stocke selon
ses moyens et marque ses sacs dans le magasin.
L’IF vient contrôler le stock, en vérifie la qualité et la
quantité. Le magasin est ensuite fermé avec deux cadenas,
un pour l’IF et l’autre pour l’OP. Ce système à
double cadenas permet un contrôle du stock à la fois
par l’OP et l’IF. La présence du magasin au milieu
du village assure la sécurité du stock.
Une fois le stock vérifié, l’IF accorde à l’OP un crédit
déterminé en fonction du stock constitué. Pour
limiter le risque en cas de chute des cours, le crédit
est limité à un pourcentage (80% ou 90%) inférieur
à la valeur du stock au moment de la récolte. Le crédit
est octroyé pour une durée maximale de 6 mois.
Les taux d’intérêt sont relativement élevés et varient
de 2 à 2,5% par mois. L’OP redistribue le crédit à ses
membres. Certains producteurs l’utilisent pour mener
une activité génératrice de revenus (AGR) : embouche,
maraîchage, transformation, etc. Pendant toute la durée du stockage, l’IF et l’OP contrôlent régulièrement
le stock et le protégent des nuisibles.


Les frais
de stockage sont pris en charge par les producteurs.
En avril-mai, les producteurs remboursent leur crédit
à l’OP (ils peuvent utiliser l’argent des AGR) ; l’OP
rembourse l’IF. Le magasin est alors ouvert, et le stock
peut être retiré. Il est soit vendu (ventes groupées ou
individuelles) à un prix nettement plus favorable qu’à
la récolte, soit consommé par les familles des producteurs.
Les producteurs peuvent également choisir
de vendre le stock pour rembourser le crédit ; dans
ce cas, la vente a lieu en présence de l’IF, car le stock
n’est jamais libéré avant le remboursement du crédit.
En cas de non remboursement à échéance du crédit,
le stock est vendu par l’IF pour solder le crédit.
Les avantages du warrantage sont multiples, du
côté des producteurs comme des IF. Ce système
permet aux producteurs de différer la vente de leurs
produits, et donc de profiter de meilleurs prix ; les
ventes groupées permettent en outre de meilleures
marges de négociation avec les acheteurs. Quand le
stock est utilisé pour l’autoconsommation, le warrantage
permet de renforcer la sécurité alimentaire des
familles, en évitant le rachat à prix fort de céréales
bradées à la récolte. Pour les IF, le warrantage permet
de s’impliquer dans le financement de l’agriculture
en réduisant les risques : la garantie constituée par
le stock présente une forte valeur marchande (supérieure
à la valeur du crédit) ; elle a un fort degré de
« liquidité » (elle peut être facilement vendue sur le
marché) et elle est divisible.

Un système en pleine expansion au Niger. Le warrantage
s’est rapidement développé dans tout le pays :
le financement des produits warrantés est passé d’environ
2 millions de FCFA en 1999 à 246 millions de
FCFA en 2002 et près de 600 millions de FCFA en
2009. Aujourd’hui, une dizaine d’Institutions financières
décentralisées (IFD) et une centaine d’OP interviennent
dans le warrantage au Niger. Trois IFD
assurent les trois quarts du volume total des prêts
warrantage. Les banques commerciales (comme la
Banque régionale de solidarité) commencent également
à s’impliquer en refinancant les IFD.
Les produits agricoles utilisés dans le warrantage
doivent être facilement stockables et sujets à des
hausses de prix intra annuelles régulières et suffisamment
importantes (pour au moins couvrir les
coûts du crédit et les frais de stockage). La gamme
des produits utilisés pour le warrantage est large. Par
exemple, les producteurs de la fédération Mooriben
stockent 15 produits, les principaux étant l’arachide,
le mil, le riz, l’oseille et le niébé. La fédération Sa’a de
Maradi met en garantie principalement du souchet,
de l’arachide et du mil. À Diffa, les paysans se sont
spécialisés dans le poivron séché.
Les pertes liées au stockage sont négligeables. Certains
produits comme le niébé sont plus rarement mis
en garantie, car ils sont sujets aux attaques d’insectes
lors du stockage.
Le warrantage s’est développé dans tout le Niger,
depuis Ayorou à l’Extrême-Ouest, jusqu’à Diffa à
l’Extrême-Est. Seule la région d’Agadez reste encore
timide, du fait de la difficulté d’installation d’IF.
Les stocks de produits utilisés comme garanties
sont destinés à la vente dans la moitié des cas ; ils
servent également de semences (32%) ou de vivres
pour la soudure (18%).
Lorsque le stock est vendu, l’argent de la vente
connaît de multiples utilisations. Il permet surtout
de mieux répartir et d’augmenter la trésorerie des
producteurs, pour répondre à divers besoins (sociaux
ou économiques), comme le remboursement d’autres
crédits, l’achat d’intrants, etc.
Le stockage des produits permet un gain moyen
de 19% à 113% en six mois, l’augmentation moyenne
(sur 10 ans) des prix des principaux produits vivriers
étant de 56%. Ces gains varient fortement d’une année
à l’autre, en fonction surtout des niveaux de récoltes
du Niger et des pays voisins : en cas de bonnes
récoltes, les prix augmentent peu ; en cas de faibles
récoltes, les augmentations de prix sont fortes (mais
les quantités stockées sont aussi plus faibles). Les distributions
d’aide alimentaire ou les ventes à prix modérés
pratiqués par l’État, les ONG ou le Programme
alimentaire mondial (Pam) peuvent limiter la hausse
des prix et compromettre le warrantage. Mais les
quantités sont généralement trop faibles pour casser
durablement les prix.
Au Niger, le warrantage est souvent pratiqué à titre
individuel, l’OP ne servant qu’à gérer le magasin et la
relation entre le banquier et les producteurs. Même
si les producteurs sont encouragés à pratiquer des
AGR pour faciliter le remboursement, ils restent libres
de l’utilisation de leur crédit. Cette liberté des
producteurs dans l’utilisation du crédit constitue
d’ailleurs une des clés de réussite du warrantage au
Niger. Elle est rendue possible par la garantie éminemment
liquide, divisible et d’une valeur supérieure
à celle du crédit.
Si le warrantage a fortement progressé ces dernières
années, le volume total stocké dans le cadre du
warrantage est aujourd’hui encore faible (total d’environ
5000 tonnes par an, ce qui représente 0,1% de
la production nationale). Le warrantage a donc une
grande marge de progression au Niger. Aujourd’hui,
son développement reste limité par les capacités de
gestion et d’organisation des OP et des IF. C’est donc
plus à travers des actions de renforcement des capacités
de gestion, d’organisation des agriculteurs et
de leurs OP et de professionnalisation des SFD, qu’à
travers le simple octroi de crédits ou de lignes de crédit,
que le warrantage continuera à se développer au
Niger.

Le Projet « Intrants » de
la FAO au Niger (de 1999 à
2008) s’est intéressé aux
problèmes de gestion des
intrants agricoles par les
petits producteurs, et en
particulier : (i) au
financement des intrants,
en développant le
warrantage, (ii) à la
distribution de proximité
d’intrants, en appuyant les
OP à se doter d’un réseau
de boutiques d’intrants
coopératives, (iii) à
l’utilisation rationnelle des
intrants, avec la technique
de micro dose d’engrais au
poquet, (iv) à la
concertation paysanne,
avec le regroupement des
commandes d’intrants, la
défense des intérêts des
paysans et l’élaboration
d’une stratégie
d’approvisionnement en
intrants pour une
agriculture durable au
Niger.

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