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L’invité de Grain de sel : Jean-Louis Ratsimbazafy


Jean-Louis Ratsimbazafy est président du
Réseau syndical
des organisations
agricoles (Soa) à
Madagascar.

Grain de sel : Pouvez-vous vous présenter
en quelques mots ?

Jean-Louis Ratsimbazafy : Je suis issu
d’une famille paysanne des hautes terres
de Madagascar. J’ai commencé par
être enseignant, puis j’ai eu envie de
revenir à la terre en espérant mieux
réussir que mes parents. J’ai émigré
en 1958 à l’est de Madagascar et c’est
là-bas que j’ai commencé mon exploitation
en faisant du maraîchage, des
cultures d’arbres fruitiers (litchis) et
de l’apiculture. Dès 1985, j’ai participé
au lancement d’un groupe de réflexion
sur le maraîchage dont je suis devenu
l’animateur. Je me suis ensuite engagé
dans le mouvement associatif paysan
en devenant président d’une petite association,
et j’ai évolué. Aujourd’hui,
je suis président d’une organisation
faîtière nationale, le Réseau Soa.

GDS : Qu’est-ce que le Réseau Soa et
quelles sont ses activités ?

JLR : À l’origine du Réseau Soa il y a
un groupe de leaders paysans, formés
ensemble à l’université paysanne en
2002. Ils étaient tous dans des organisations
partenaires d’Afdi, et ils souhaitaient
avoir un cadre de concertation
au niveau national. Il existait déjà des
structures faîtières, mais elles ne correspondaient
pas à leurs attentes. Le
Réseau Soa se voulait nouveau ! C’est
une plateforme d’échange d’expériences
entre OP, mais aussi un lieu
d’information, et surtout de défense
des paysans. Le réseau Soa a été créé
officiellement en 2003. Aujourd’hui,
son premier rôle est de renforcer ses OP
membres, à travers la formation et les
échanges. Le partage des expériences
est quelque chose de très important
pour nous, afin que chacun puisse
s’inspirer du travail des autres !
Un autre grand chantier est celui
de la relève des leaders. Sur ce sujet,
nous travaillons par exemple avec
les Maisons familiales rurales, et les
collèges agricoles de Fifata. Nous
intervenons aussi dans le domaine
syndical, et aujourd’hui nous avons
réussi à acquérir la reconnaissance
de l’État. Nos propositions portent
sur la politique agricole et en particulier
sur la mise en place des Centres
de service agricole (CSA) et des
Fonds régionaux de développement
agricole (FRDA). Nous participons
aussi à la redynamisation des Tranoben’ny tantsaha (TT, les Chambres
d’agriculture malgaches). Nous nous
sommes par ailleurs positionnés par
rapport à la crise politique actuelle :
nous sommes membres du Comité de
la société civile, au sein duquel nous
prônons la concertation entre forces
politiques.

GDS : Quelles sont les autres organisations
faîtières à Madagascar ?

JLR : Nous avons 5 organisations
paysannes faîtières à Madagascar :
le Réseau Soa, Fekritama, Fifata, la
Coalition paysanne de Madagascar
(CPM) et Koloharena. La Fekritama
est la plus ancienne : ce mouvement
a débuté dans les années 65, initié par
les Missions catholiques d’Antsirabe,
d’Antananarivo et de Fianarantsoa.
L’objectif était de former les jeunes agriculteurs
qui souhaitaient s’installer, à
travers des centres d’apprentissage et
de promotion rurale, des fermes-écoles,
etc. La fédération a été créée en 1988.
On peut considérer que c’est le premier
vrai mouvement paysan à Madagascar.
Ils sont présents maintenant sur
les hautes terres, et dans les régions
de Tamatave et Mahajanga. En 1989
s’est formée l’organisation Fifata, avec
l’appui de l’ONG française Fert, dans
le district d’Antsirabe. Puis la CPM a
été créée en 2001. C’est une plateforme
qui regroupe des confédérations, des
fédérations et des unions d’organisations
paysannes. Aujourd’hui, Fekritama
en est membre mais pas Fifata
ni le Réseau Soa. Et la dernière de ces
organisations est Koloharena, qui a
été fondée en tant que fédération en
2002 mais dont la structuration a
commencé dans les années 90, avec
l’appui de l’USAID. Leur objectif est
d’améliorer les revenus des paysans
à travers la création de coopératives,
mais elles ne fonctionnent pas toutes
très bien.

GDS : Vous avez parlé aussi des Chambres
d’agriculture…

JLR : Les Chambres d’agriculture (TT)
ont été créées en 2002, avec l’appui de
l’État, mais elles n’ont jamais vraiment
fonctionné. Le système était assez mal
conçu, mal compris par les producteurs,
et il y avait un manque de financement
important. Il y a actuellement
un programme de redynamisation des
TT, financé par le Fida. Des réunions
mensuelles sont organisées depuis novembre
2009 entre les 5 OP faîtières et
les élus de la TT nationale pour réfléchir
entre autres sur les rôles de la TT,
mais nous n’avons pas tous la même
vision, et tout reste encore à définir !
Pour Soa, la TT ne doit pas avoir un
rôle syndical. L’État ne peut en effet
pas nous dire à nous, paysans, « voilà,
je vous donne un couteau, quand vous
serez mal à l’aise, vous pourrez me
le planter dans la poitrine… » ! C’est
donc un rôle que la TT ne peut pas
loyalement mener, l’État ne pourra
pas l’accepter.

GDS : Aujourd’hui, comment ces structures
travaillent-elles ensemble ?

JLR : Déjà, nous essayons de partager
au mieux les informations entre
nous, d’expliquer ce que nous faisons.
C’est assez nouveau, et au début, nous
n’échangions pas comme cela avec les
autres OP faîtières. Aujourd’hui, nous
nous sommes répartis les rôles. Fifata
est responsabilisé sur le thème du
foncier. Au niveau du Réseau Soa, on
nous a confié les relations avec l’État.
Donc quand le ministère organise une
réunion, ou s’il y a des idées fortes
à proposer à l’État, c’est Soa qui s’en
charge. Concernant Koloharena, ils
sont plus sur les aspects techniques et
environnementaux. Et pour ce qui est
de Fekritama et de la CPM, elles sont
responsables des activités touchant
aux TT. Ensuite, chacun fait des rapports
pour ses OP membres et pour les
autres OP faîtières. Nous partageons
les informations et maintenant, cela
marche plutôt bien.

GDS : Comment voyez-vous l’avenir du
mouvement paysan à Madagascar ?

JLR : Depuis 2008, il y a de plus en
plus de demandes de concertations
émanant des OP faîtières. Selon les
situations, ou les nouvelles que l’un ou
l’autre apprend, nous provoquons des
réunions, et je trouve que c’est une très
bonne chose. Je crois donc que nous
allons vers plus de collaboration !

Le Réseau Soa
est un syndicat
paysan national
qui comprend
actuellement onze
organisations
paysannes (OP)
régionales
réparties dans
tout le pays. Il
regroupe des OP
intervenant sur
différentes filières
(vivrières et de
rente).
Le réseau Soa
est l’une des cinq
OP faîtières de
Madagascar. Les
autres sont :
Fifata
(Association pour
le progrès des
paysans),
Fekritama
(Fédération
chrétienne des
paysans
malgaches), CPM
(Coalition
paysanne de
Madagascar) et
Koloharena.

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