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L’AOPP et ses coopératives semencières au Mali

Après seulement quelques années d’existence, la filière semencière
paysanne de l’AOPP au Mali affiche de bons résultats.
Elle a réussi à se positionner aussi bien au niveau d’actions
concrètes de production et de commercialisation de semences
certifiées en milieu paysan, qu’au niveau de la politique semencière
nationale.

Depuis sa création en 1995, l’Association
des organisations professionnelles paysannes
(AOPP) s’attelle à la résolution des nombreux
problèmes du monde rural malien. Parmi eux,
la production et la commercialisation des céréales
occupent une grande place. En 1997, le diagnostic des
producteurs sur la baisse des rendements céréaliers
fait apparaître cinq pistes de solution, parmi lesquelles
l’utilisation de semences améliorées et l’amélioration
des circuits de commercialisation. L’AOPP crée alors
une commission « céréales » et commence à sensibiliser
les producteurs sur les avantages d’utiliser des
semences certifiées. Grâce à des essais comparatifs,
les paysans adoptent peu à peu l’idée.
En 2004, avec l’appui d’Oxfam-Solidarité, l’AOPP
se lance dans un programme « semences » en développant
une stratégie sur deux axes complémentaires :
d’une part la mise en place d’un réseau de production
de semences de céréales améliorées certifiées,
et d’autre part une action politique au coeur de la
stratégie nationale semencière. Ce programme vise à
augmenter durablement la production céréalière des
exploitations familiales, en élargissant la gamme de
variétés et la quantité de semences certifiées de céréales.
Il souhaite en particulier rendre les semences
améliorées accessibles aux ruraux les plus démunis,
tout en assurant la rentabilité de la filière.
À partir de 2006, dans la région de Ségou, sept
organisations paysannes (OP) villageoises membres
de l’AOPP se lancent dans la production de semences
améliorées. Trois se situent en zone irriguée rizicole
et quatre en zone sèche. Des paysans dits semenciers
(PS), volontaires et membres de ces OP, cultivent des
parcelles de 0,5 à 1 ha de semences améliorées provenant
de l’Institut d’économie rurale (IER, la recherche
publique malienne). Ils se structurent soit au sein
d’une commission « semences » (pour 2 OP), soit au
sein d’une coopérative semencière (pour 5 OP). Chaque
commission et coopérative semencière dispose
d’un magasin pour stocker et vendre les semences
améliorées. Elles disposent également d’un magasin
commun et central à Ségou. En mars 2008, ces 7
structures créent l’Union régionale des coopératives
semencières.

La production de semences certifiées : un partenariat
entre PS, AOPP et services techniques
de l’État.

Les PS assurent la production et la commercialisation
des semences améliorées.
Chaque PS choisit luimême
les variétés de semences améliorées et les
quantités qu’il souhaite multiplier. Pour assurer la
production, les PS bénéficient d’un crédit de campagne
(pour les intrants), remboursable après la vente
des semences.
Les semences produites sont ensuite soumises
à la certification, non seulement pour des raisons
réglementaires et légales, mais aussi pour pouvoir
assurer aux acheteurs que le matériel vendu est de
qualité. Une fois certifiées, les semences sont stockées,
emballées et vendues dans les magasins. Chaque
magasin est géré par un comité de gestion de 2
ou 3 personnes, rémunérées par les PS. Ce comité de
gestion s’occupe de l’ouverture et de la fermeture du
magasin, de l’emballage des semences, de la gestion
du stock, des transactions, etc. L’OP n’achète pas les
semences des PS, chaque PS reste responsable de la
commercialisation de ses semences et empoche les
bénéfices de ses ventes (ceci permet d’éviter les méventes
faute d’efforts de commercialisation).
Les semences ne sont pas réservées aux membres de
l’AOPP. Elles sont vendues soit localement au niveau
des villages, soit à Ségou, à tout paysan qui souhaite
en acheter. Les prix de vente des semences améliorées
sont fixés collectivement par l’AOPP et les PS,
l’AOPP s’assurant qu’ils soient les plus bas possible,
afin que les semences soient à la portée d’un maximum
de paysans.

Une cellule spécialisée « semences » de 3 personnes
s’occupe des appuis techniques
(agronomiques, commerciaux,
bancaires) aux PS et des appuis organisationnels
(gestion des coopératives, prévisions de
production et de commercialisation, relations avec
les partenaires, autofinancement).
Elle planifie de manière approfondie chaque campagne
: volume de semences améliorées à produire
par producteur, par coopérative et par spéculation.
Elle s’occupe notamment de l’approvisionnement en
semences de base, de la réalisation de plans d’affaire
et de planifications, de la contractualisation et des
contacts avec le système bancaire, de l’approvisionnement
en sacs d’emballage, etc. Elle centralise également
les demandes des PS en semences de base et
contractualise avec l’IER pour leur production. Ces
semences sont ensuite vendues à crédit aux PS.

Les services techniques de l’État se chargent de la
sélection et du contrôle des semences.
La sélection
des semences à multiplier est effectuée en station de
recherche, en collaboration avec les PS eux-mêmes.
Concernant les semences produites par les PS, les
agents de la direction de l’Agriculture font dans chaque
parcelle de 1 à 3 contrôles de qualité des plants, selon
un cahier des charges précis. Après la récolte, ils prélèvent
des échantillons de semences et les envoient à
Bamako pour analyse et demande de certification au
laboratoire national des semences (Labosem).

Au niveau national, l’AOPP participe à l’élaboration
de la politique semencière
. En particulier, l’AOPP se
mobilise sur l’élaboration des arrêtés d’application de
la Loi d’orientation agricole sur la politique semencière
en proposant et en négociant avec les pouvoirs publics
en charge des réglementations semencières.

Des résultats encourageants. Après 4 cycles de production
et de commercialisation de semences améliorées,
l’AOPP obtient de très bons résultats : en 2009,
101 PS ont participé au programme « semences », et
151 tonnes de semences certifiées ont été produites,
sur 11 spéculations et 23 variétés (essentiellement le
mil, le sorgho, le maïs, le riz — de bas fonds, irrigué
et pluvial —, et dans une moindre mesure le
fonio, le niébé, l’arachide, le gombo et le bissap). De
plus, les taux de certification obtenus par les PS sont
aujourd’hui excellents (de l’ordre de 99%).
Par ailleurs, les PS parviennent à produire des semences
améliorées à un prix accessible aux producteurs.
80% des semences sont actuellement vendues
dans les magasins des villages, et 20% dans le magasin
central de Ségou. Les semences vendues dans les
magasins des PS ont un prix inférieur de 17 à 30% à
celui des semences de la concurrence, et le prix des
semences améliorées est supérieur seulement de 9
à 14% à celui des semences ordinaires (pour le mil,
riz et sorgho).
Ce programme a aussi permis le développement
de variétés hâtives adaptées, à cycles plus courts (et
ainsi moins sujettes aux sécheresses), et plus productives.
La qualité des semences a permis d’augmenter
les rendements de 30 à 165% (hormis le riz) entre
2006 et 2009.
Sur le plan économique, la marge nette de la filière
semencière a augmenté de façon significative et les
charges se sont stabilisées depuis 2 campagnes. Pour
2009/2010, on prévoit une marge nette de la filière
de 22 millions de FCFA. Il existe toutefois une forte
disparité entre, d’une part les 3 coopératives de la
zone irriguée rizicole dont les PS ont des marges
nettes largement positives (de 3,8 à 6,3 millions de
FCFA), et d’autre part les 4 coopératives de la zone
sèche dont les PS ont une marge nette qui va de −0,5
(déficit) à 2,8 millions de FCFA.
Les PS ont ainsi pu prendre en charge peu à peu
l’ensemble des coûts liés à la production et à la commercialisation
de semences, qui étaient au départ couverts
par l’AOPP (comme les frais de certification).
Pour disposer d’informations précises, des enquêtes
de recherche-action-formation sont réalisées par la
cellule « semences » de l’AOPP sur les attentes et les
caractéristiques de la demande paysanne en matière
de semences améliorées.
Sur le plan politique, l’AOPP s’implique fortement
dans les processus de prise de décision au niveau de
l’État et des OP : l’AOPP est officiellement reconnue
comme partenaire dans la mise en place de la politique
semencière du Mali. Un mémorandum sur les
semences a été remis par l’AOPP au ministère de
l’Agriculture en avril 2009, suite à des concertations
avec les coopératives et à une campagne de socialisation
du texte. L’AOPP a également procédé à une
relecture de la loi semencière en vue de l’adoption
d’un texte de politique nationale semencière ; elle a
aussi participé, en 2008, à la cellule de veille « politique
bio sécuritaire et semences ». D’une manière
générale, les préoccupations de l’AOPP en matière
de politique semencière sont prises en compte par
le gouvernement malien.
L’AOPP est aujourd’hui devenue un acteur crédible
et incontournable au Mali dans le secteur semencier.
La pérennité des appuis de la cellule « semences » de
l’AOPP aux producteurs semenciers et à leurs coopératives
est indispensable au maintien de ces bonnes
performances. Un accent particulier devra être mis sur
le renforcement des capacités de gestion et d’organisation
des PS, de leurs coopératives et de leur union.

Le programme
« Production et
commercialisation de
semences certifiées »
, mis
en oeuvre par l’Association
des organisations
professionnelles paysannes
(AOPP), bénéficie de
l’appui de Oxfam-
Solidarité et d’un
financement du Fonds
belge de survie.
Le Fonds belge de survie
est une initiative du
parlement belge qui vise à
améliorer la sécurité
alimentaire des
populations les plus
vulnérables dans les pays
subsahariens.
Oxfam-Solidarité est
une association belge
appartenant à Oxfam
International. Oxfam-
Solidarité intervient au
Mali depuis 1984.
L’AOPP est une
organisation faîtière
malienne constituée
d’environ 250
organisations de
producteurs membres. Son
objectif est d’améliorer les
conditions de vie des
paysans par la promotion
d’une agriculture paysanne
familiale.

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