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Désertification et changements climatiques au Sahel : des plans d’action nationaux difficiles à mettre en oeuvre

Les pays sahéliens se sont dotés ces 15 dernières années de plans d’actions nationaux de lutte contre la désertification et d’adaptation aux changements climatiques, en vue de mettre en oeuvre des actions concrètes pour faire face à ces phénomènes. Qu’en est-il aujourd’hui de leur avancement et de leur efficacité ?

Les programmes d’action nationaux
de lutte contre la désertification
(Pan/LCD) et les
Programmes nationaux d’adaptation
aux changements climatiques (Pana)
sont les instruments de mise en oeuvre
au niveau national de deux des trois
conventions majeures issues du Sommet
de Rio, à savoir celle sur la lutte
contre la désertification (Convention
des Nations Unies de lutte contre la
désertification — CNULD) et celle sur
le changement climatique (Convention
cadre des Nations Unies sur les changements
climatiques — CCNUCC). Si
l’obligation d’élaborer des Pan/LCD
pour les pays touchés par la désertification
est inscrite dans le texte même
de la CNULD, l’élaboration des Pana,
décidée à la fin des années 90, vise à
répondre aux préoccupations plus globales
des pays les moins avancés (PMA)
en matière d’adaptation aux effets des
changements climatiques.

Les Pan/LCD et les Pana au Sahel :
quels objectifs et quels contenus
communs ?
Les objectifs poursuivis
par les Pan/LCD et les Pana se recoupent
à plusieurs égards.
Les Pan/LCD sont considérés comme
des « stratégies intégrées […] axées
[…] sur l’amélioration de la productivité
des terres ainsi que sur la remise
en état, la conservation et une gestion
durable des ressources en terre et en
eau, et aboutissant à l’amélioration
des conditions de vie »
des populations
touchées. Ils identifient des axes
prioritaires, des sous-programmes et
une batterie d’actions à entreprendre
en vue d’inverser la dégradation des
terres et d’atténuer les effets de la sécheresse.
Outre les actions par secteur
(foresterie, technique de conservation
des eaux et des sols, lutte anti-érosive,
restauration du domaine sylvo-pastoral,
promotion des énergies renouvelables,
etc.), ils ont également identifié
des mesures transversales à mettre en
œuvre pour accompagner la gestion
durable des terres (GDT) : renforcement
des capacités des acteurs, communication
et information des acteurs,
suivi de la désertification, etc.
De leur côté, les Pana ont pour objectif
de contribuer à atténuer les effets
néfastes des changements climatiques
sur les populations les plus vulnérables.
Ils orientent les actions prioritaires à
entreprendre par les pays, sur la base
des secteurs d’activités jugés les plus
vulnérables aux changements climatiques.
Les actions identifiées couvrent
des domaines tels que les ressources
en eau (construction d’ouvrages hydro
agricoles et promotion des techniques
de captage et collecte des eaux, technique
d’optimisation de l’utilisation
de l’eau, promotion de l’irrigation de
complément sur les cultures vivrières),
l’agriculture et la foresterie (promotion
de la restauration des sols et de
l’agroforesterie à des fins agricoles, forestières
et pastorales), les ressources
animales (réduction de la vulnérabilité
du secteur de l’élevage à travers l’amélioration
de la production fourragère,
la constitution de stocks fourragers,
la sécurisation des zones à vocation
pastorale et des espaces pastoraux
stratégiques), et la santé.
Une analyse du contenu des Pana
et des Pan/LCD montre que les actions
prioritaires envisagées pour
lutter contre la désertification et celles
proposées pour l’adaptation aux
changements climatiques se recouvrent
à plus de 80%.
L’élaboration aussi bien des Pan/
LCD que des Pana s’est faite selon
une approche consultative, itérative
et inclusive en vue de s’assurer de
la participation de tous les acteurs
concernés. Ils sont le résultat d’une
large concertation et d’un consensus
au niveau national, régional et local
dans l’identification des contraintes,
des actions prioritaires et stratégies
à développer en vue d’atténuer les effets
de la dégradation des terres et des
changements climatiques. Ainsi, en
Mauritanie, le processus a été animé
par les ONG et au Cap-Vert, par les
municipalités. Quant au Sénégal, au
Burkina Faso, au Niger et au Mali,
les ONG et les plate formes paysannes
étaient membres des comités de
pilotage et des équipes qui ont fait la
sensibilisation et l’identification des
priorités.

Quelle cohérence des Pana et des
Pan/LCD avec l’ensemble des documents
stratégiques existants ?

Les PMA sont engagés depuis trois
décennies dans des processus de
planification : les Plans d’actions sur
les forêts dans les années 1980, puis
les Programmes nationaux sur l’environnement
(PNAE) au début des
années 1990, les Pan/LCD à partir
de 1996 (première et seconde génération),
les Pana à partir de 2000, dans
un contexte de Cadres stratégiques de
lutte contre la pauvreté, de Stratégies
de développement rural, etc.
On note un manque de cohérence
entre ces différentes politiques : chaque
processus se fait isolément et peine à
s’intégrer dans une démarche et une
vision globale de développement. Les
programmes qui en résultent apparaissent
plus comme des réponses à
des engagements internationaux, des
tentatives des pays pour paraître de
« bons élèves » et mieux accéder à des
ressources financières externes, plutôt
que comme des réponses intégrées à
des problèmes nationaux de développement.
Cela explique leur faible niveau
de mise en œuvre et les déceptions qui
en découlent.
Si les États concernés avaient voulu
que les Pan/LCD et les Pana soient de
véritables réponses à des problèmes
nationaux, et non des outils de mobilisation
de ressources financières externes, les Pan/LCD auraient dû et pu
constituer des cadres communs d’actions
des différents acteurs autour de
priorités, articulés sur des actions pertinentes
de mitigation et d’adaptation
aux changements climatiques.

Financement des plans nationaux :
des résultats mitigés.
L’interdépendance
entre l’élaboration de ces plans
nationaux et l’accès aux ressources financières
extérieures est très forte. En
effet, pour accéder aux financements
disponibles, ou que la communauté
internationale fait miroiter à travers
les différents instruments de financement
(OP15, Fonds carbone, Fonds
d’adaptation, etc.), on impose aux pays
de disposer d’un programme d’action.
À la fin du processus d’élaboration,
souvent long et laborieux, la désillusion
est fréquemment grande : très peu de
Pan/LCD ont en effet été mis en oeuvre
à la hauteur des attentes des différents
acteurs, faute de financements suffisants.
On estime par exemple qu’au
Burkina Faso, moins de la moitié des
financements escomptés sur la période
2004-2006 ont été mobilisés.
À qui la faute ? Aussi bien les PMA
que les partenaires au développement
ont une responsabilité à endosser vis à-
vis de ces résultats mitigés. D’une
façon générale, le bilan de mise en
oeuvre de la Convention sur la désertification
est plutôt décevant et cela
a motivé la Conférence des Parties à
adopter, en 2007, une stratégie décennale.
Aujourd’hui, les regards se tournent
vers les Pana : beaucoup de pays
sahéliens y placent un espoir pour le
financement de la GDT. L’optimisme
est-il permis ?
Les changements climatiques et la
désertification : un défi de développement
pour les pays sahéliens.
Les
pays sahéliens sont aujourd’hui confrontés
à un triple défi : assurer la sécurité
alimentaire d’une population
en forte croissance, tout en gérant
durablement leurs ressources naturelles
et en faisant face aux changements
climatiques.
Il y a heureusement des acquis importants
au Sahel sur lesquels bâtir des
politiques de développement agricole.
Une étude de capitalisation des impacts
des techniques et approches de lutte
contre la désertification sur l’évolution
de l’environnement et des systèmes de
production au Sahel depuis le début des
années 1980, a été initiée en 2005 par
le Cilss. Elle a montré que, partout où
des actions pertinentes de lutte contre
la désertification ont été entreprises,
il a été possible d’augmenter les rendements
agricoles, d’améliorer la sécurité
alimentaire et l’environnement,
de réduire la pauvreté et l’exode rural,
et d’amortir les chocs de la variabilité
climatique.
Ces résultats montrent que, si les
gouvernements sahéliens et leurs partenaires
accordent une place de choix à la
GDT, ils peuvent non seulement réduire
la vulnérabilité des populations sahéliennes
aux changements climatiques
mais aussi améliorer la productivité
agricole et réduire la pauvreté rurale.
Pour les pays sahéliens, la désertification
et les changements climatiques,
qui sont étroitement liés, représentent
un défi majeur pour le développement
de la sous-région.
Le processus d’alignement des Pan/
LCD à la stratégie décennale 2008-
2018 de la CNULD, initié à la suite
de la neuvième Conférence des Parties
tenue en 2009, offre une nouvelle
chance aux pays de la sous-région de
redonner à la CNULD ses ambitions
de départ, à savoir créer un cadre fédérateur
pour une mise en œuvre efficiente
des trois conventions de Rio,
du niveau local au niveau régional. §

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