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Mécanisation dans le contexte africain : notions préliminaires sur les techniques et enjeux

Afin d’améliorer la productivité du travail dans les exploitations
agricoles africaines, différentes stratégies de
mécanisation sont testées et adaptées aux divers contextes
techniques et environnementaux. Mécanisation, motorisation,
techniques alternatives, quelles solutions pour quels
enjeux ?

Accroître la productivité
du travail des agricultures familiales
des pays en développement
est une absolue nécessité. Plusieurs
raisons à cela : pour permettre
de mieux nourrir les populations de ces
pays, pour produire des denrées plus
compétitives, et pour freiner l’exode
rural des jeunes de moins en moins
motivés par les agricultures manuelles.
Or, dans les pays d’Afrique, face
à des situations très diversifiées, il ne
peut exister de solution unique en
matière de traction animale, de motorisation
et bien entendu de mode
de production.

Des stratégies de mécanisation diverses
et adaptées.

Dans le delta et
une partie de la moyenne vallée du
fleuve Sénégal, la traction animale n’a
pas pu se développer pour les opérations
culturales car les terres sont très
argileuses et l’aridité du climat rend
difficile l’alimentation des animaux
de trait hors des casiers rizicoles. La
production de fourrages dans ces casiers
a été testée, mais a été jugée trop
coûteuse par les paysans. La motorisation
a donc été promue même si elle
a accru les coûts de production déjà
pénalisés par la nécessité de pompage
de l’eau.
Par contre, au Mali, dans les casiers
rizicoles de l’Office du Niger, la traction
animale domine car les terres
sont moins argileuses et les paysans
parviennent encore à nourrir les animaux
dans les espaces pastoraux lors
des périodes de végétation du riz.
Au lac Alaotra, à Madagascar, les
terres sont souvent argileuses mais les
paysans ont depuis longtemps résolu
cette difficulté en attelant deux paires
de zébus à la charrue. Par contre,
la disponibilité en pâturages naturels
s’est progressivement réduite et, le coût
de production de fourrages dans les
casiers ayant été jugé excessif, de plus
en plus de paysans optent pour les motoculteurs.
Le faible coût de ceux-ci, le
prix assez attractif du riz ainsi que la
possibilité d’accès à des crédits remboursables
sur 3 à 4 ans ont favorisé
cette évolution. D’autres paysans ont
choisi de conserver la traction animale
en nourrissant leurs animaux grâce
aux pailles de riz et à des cultures
fourragères sur les collines.

D’autres facteurs influencent des
choix différenciés de mécanisation.

Dans les zones soudano-guinéennes,
où la saison des pluies dure plus de 6
mois, la trypanosomiase freine toujours
l’extension de l’élevage de zébus
et les taurins résistants à la maladie
n’ont pas le gabarit suffisant pour effectuer
des travaux lourds. De plus,
dans ces zones, des éléments clés des
systèmes de production comme les
gros tubercules (igname, manioc), la
fréquence des vergers ou la présence
de nombreux arbres utiles dans les
parcelles complexifient l’introduction
de la traction animale ou du tracteur
qui permettrait d’accroître la productivité
du travail. Les programmes visant
à développer la traction animale
se sont par exemple heurtés au coût
de « dessouchage » des parcelles. Dans
ces zones, des techniques de mise en
place de cultures annuelles sur couverture
végétale sont en cours de test et
peuvent, en complément de certaines
pratiques paysannes, constituer une
solution pour améliorer la productivité
de certaines cultures annuelles.
Dans les zones guinéennes d’altitude,
souvent fortement arrosées,
l’agriculture est principalement manuelle
vu la dominance des cultures
associées (arbres et arbustes très utiles
sur les plans économique et alimentaire),
des pentes parfois excessives,
etc. Ces agricultures ont généralement
une productivité à l’hectare importante
mais la productivité du travail
reste faible et n’a pas beaucoup évolué
jusqu’à présent pour la majorité des
cultures annuelles.
Par contre, dans les zones soudaniennes
d’Afrique et, en particulier les
zones cotonnières ou arachidières, la
traction animale est dominante. Elle
a permis une nette augmentation de la
productivité du travail, surtout dans les
zones équipées de semoirs polyvalents,
d’outils à dents pour les désherbages,
et de charrettes pour les transports.
Ces deux dernières décennies, la quasi
absence de crédits d’équipements a
malheureusement handicapé le développement
de ces formes de traction
animale qui, dans ce contexte
pédoclimatique, ont largement fait
leurs preuves en termes d’efficience
économique et de durabilité environnementale.
Dans les zones sahéliennes du Burkina
Faso et du Mali, la technique du
zaï s’est fortement développée de
pair avec la confection de diguettes
et de cordons pierreux. Cela a permis
d’augmenter la productivité du sol ou
au moins d’enrayer son déclin. Malheureusement
ces techniques sont très
exigeantes en temps de travail et des
agronomes testent avec des paysans
des formes mécanisées de zaï plus
économique en travail.

Quelles solutions sont proposées
aujourd’hui aux agriculteurs africains
 ?
Les expériences de motorisation
avec introduction de tracteurs en
Afrique subsaharienne ont eu par le
passé, et encore aujourd’hui, des résultats
mitigés. Plusieurs États africains
incitent actuellement à la motorisation
(programme Team 10 en partenariat
avec l’Inde), mais ces programmes sont
souvent mis en œuvre sans réflexion
suffisante.
Or, si le tracteur accroît la productivité
du travail pour certaines activités importantes
(labour, transport), lorsque
les autres activités comme le semis, le
désherbage ou la récolte restent manuelles,
la productivité globale est au
final peu améliorée.
Les impacts environnementaux sont
par ailleurs souvent négatifs, que ce
soit sur la matière organique des sols,
l’érosion, ou encore la difficulté de préserver
les arbres utiles (karité, néré,
etc.), importants économiquement
pour les femmes de beaucoup de zones
soudano-sahéliennes.
Ces initiatives doivent être accompagnées
d’une réflexion sur la place du
tracteur dans les systèmes de production,
le choix des divers équipements,
des bénéficiaires, la formation des agriculteurs
et des tractoristes, l’entretien
du matériel et la disponibilité des pièces
de rechange.
Des alternatives à la motorisation
sont parallèlement testées avec l’appui
de bailleurs du Nord, en particulier les
semis sur couverture végétale (SCV).
Ils permettent de réduire fortement les
charges de mécanisation pour certaines
cultures annuelles, mais les contraintes
à leur extension sont encore
nombreuses en Afrique. La technicité
requise est en effet assez pointue ; la
dominance de la vaine pâture dans la
majorité des systèmes agraires rend
difficile le maintien des couvertures
végétales en saison sèche ; les itinéraires
techniques sont souvent peu adaptés
pour les gros tubercules et les associations
d’arbres et de cultures ; et l’emploi
plus fréquent de pesticides dans
ces itinéraires techniques entraîne des
risques pour la santé humaine.

Des pistes de réflexion pour l’amélioration
de la productivité du travail
en Afrique subsaharienne.

Dans les
zones soudano-sahéliennes d’Afrique,
la traction animale a indéniablement
prouvé son efficience économique et
sa durabilité environnementale, liées
aux multiples bénéfices de l’intégration
agriculture/élevage. Les agricultures
familiales de ces zones devraient à
nouveau pouvoir bénéficier de crédits
d’équipements remboursables
sur plusieurs années et avec des taux
d’intérêt qui ne soient pas ceux des
crédits court terme ou des crédits de
campagne !
Comme en Europe avec l’extension
des techniques sans labour, des paysans
africains testent des modes de
semis direct ou avec un travail du sol
très réduit. L’appui à la mécanisation
de ces pratiques pourrait être encouragé
comme c’est le cas dans la région
de Koutiala au Mali (partenariat entre
une OP, Afdi Touraine et le Cirad) où
est mis au point un semoir de semis
direct deux rangs à traction animale.
Celui-ci devrait, si cette recherche-action
est positive, être en grande partie
fabriqué au Mali.
Les systèmes paysans agroforestiers
sont souvent très adaptés sur le plan
environnemental aux écologies des
zones soudano-guinéennes ou guinéennes.
Les arbres ont plusieurs rôles
 : cultures de rente (palmier à huile,
anacardier), production alimentaire
(arbre à pain, jacquier sur la côte Est
de Madagascar), haies pour marquer
le territoire et protéger les cultures des
intrusions des animaux, production
de bois de chauffe, affouragement du
bétail, etc.
Comme l’ont montré plusieurs
expériences, les cultures en couloir
(système agroforestier qui consiste à
établir des cultures entre des rangées
d’arbustes) ou des arrangements spatiaux
bien étudiés lors de la constitution
d’un verger d’anacardiers ou de
palmiers peuvent permettre de concilier
arbres et mécanisation.
Les débats concernant le tracteur
ne doivent pas faire oublier que l’utilisation
du moteur pour diverses activités
(battage, décorticage, râpage des
tubercules, pompage de l’eau, etc.) est
très utile et réduit incontestablement
la charge de travail, en particulier des
femmes. Favoriser l’accès à des outils
motorisés pour ces activités est donc
primordial.
Les OP doivent par ailleurs être
accompagnées dans leurs réflexions
en matière d’introduction de la motorisation
et d’appui à leurs adhérents
pour sa gestion (sur l’exploitation, à
travers des prestataires de services, ou
dans le cadre d’une utilisation en commun),
d’étude des complémentarités
entre traction animale et motorisation,
d’accès au crédit d’équipement
et de négociation d’appuis de l’État
dans ce domaine.
Enfin, un suivi des évolutions économiques,
sociales et environnementales
des innovations en cours en matière de
motomécanisation devrait être assuré
par les instituts de recherche des États
concernés et ce en partenariat avec les
agriculteurs et leurs OP ainsi que les
responsables des ministères de l’Agriculture
en charge de ces dossiers.

Le Zaï
Le zaï manuel est une technique
de récupération des terrains encroûtés,
qui est traditionnelle en pays
Dogon et s’est répandue dans plusieurs
zones sahéliennes du Burkina
Faso. Il consiste à creuser des trous
de 20 à 40 cm de largeur et de 10 à
15 cm de profondeur, dans lesquels
de la matière organique est apportée
sous forme de fumier ou de compost
avant la période de semis. Les
cuvettes ainsi créées permettent de
recueillir les eaux de ruissellement
et de favoriser leur infiltration.
Les avantages du zaï sont : la capture
des eaux de ruissellement et de
pluie, la préservation des semences
et de la matière organique, la concentration
de la fertilité et des eaux
disponibles au début de la saison
des pluies et une augmentation de
la production agricole. Mais c’est
une technique pénible, car réalisée
au moment des grandes chaleurs, et
lente : le temps de travail est de l’ordre
de 300 heures/ha.
Le zaï mécanique consiste à réaliser
les cuvettes grâce à des passages
croisés d’une dent de travail du sol
en traction animale (asine, bovine,
équine), avec un premier passage
dans le sens de la pente et un second
passage qui croise la pente. À
l’intersection des deux passages se
trouve la cuvette de zaï. Cela permet
de réduire considérablement la
pénibilité et le temps de travail qui
passe alors à 130 heures/ha.

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