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Le financement de l’équipement, élément clé de la modernisation de l’agriculture familiale

L’accès au crédit d’équipement, notamment pour la mécanisation
des exploitations africaines, n’est pas chose
simple. Quelques institutions financières en Afrique innovent
en la matière. L’exemple des Cecam à Madagascar est
encourageant.

Dans la majorité des pays
d’Afrique subsaharienne,
l’investissement dans la mécanisation
et, à fortiori, la motorisation,
dépasse les capacités d’autofinancement
de la plupart des ménages agricoles,
rendant incontournable le recours au
crédit de moyen terme (CMT). D’autre
part, l’offre de CMT reste peu développée,
malgré le regain d’intérêt et de
ressources dont bénéficie aujourd’hui
la finance rurale.
Les causes de ce rationnement de
crédit sont bien connues. Pour les rares
banques commerciales qui expérimentent
une implantation rurale, le
CMT, plus compliqué et risqué que le
crédit court terme, n’est pas une priorité.
Pour la microfinance, le principal
facteur de blocage réside dans le manque
de ressources financières adaptées.
Confrontées à une très forte demande
en crédit rural, les institutions de
microfinance parent au plus pressé
et concentrent leurs ressources sur
le crédit court terme. Par ailleurs, le
CMT nécessite des ressources financières
longues, immobilisées plus de
douze mois, qui font souvent défaut à
la microfinance. Enfin, comme le CMT
porte sur des montants plus importants
et des durées plus longues que le crédit
court terme, il engendre un risque plus
élevé et plus difficile à gérer.

Des innovations dans l’offre de crédit
équipement.

Pourtant, quelques
institutions financières innovent et développent
une offre de CMT finançant
l’équipement agricole. L’initiative est
le fait de banques d’origine agricole
— Banque nationale de développement
agricole (BNDA) au Mali, Caisse nationale
de crédit agricole (CNCA) au
Sénégal, etc. — de banques de solidarité
et quelques banques commerciales
comme la Bank of Africa (BOA) à
Madagascar. Parmi les institutions de
microfinance, ce sont principalement
des réseaux mutualistes qui expérimentent
le CMT, par exemple les Caisses
d’épargne et de crédit agricole mutualiste
(Cecam) à Madagascar, Kafo
Jiginew au Mali, le Réseau des caisses
populaires du Burkina (RCPB), mais
aussi les Caisses villageoises d’épargne
et de crédit autogérées (Cveca) au
Mali. Ces institutions financières ont
des caractéristiques communes : des
liens étroits avec le monde agricole,
des ressources (épargne mutualiste
ou des migrants, refinancement par
des banques proches du monde rural),
et une implantation dans des zones à
bon potentiel agricole.

Le cas du réseau Cecam à Madagascar.
Parmi elles, l’expérience la plus
ancienne et étendue est celle du réseau
Cecam à Madagascar qui développe
depuis 1991 un crédit-bail de moyen
terme (6 mois à 3 ans) pour l’équipement
agricole et rural : le produit LVM,
location-vente mutualiste. Le principe
du crédit-bail est que l’institution financière
reste propriétaire du bien jusqu’à
son remboursement intégral par
l’emprunteur. Renforcé par une sévère
procédure de sélection et de suivi des
emprunteurs, il permet de sécuriser
le crédit pour l’institution financière,
de gagner la confiance des banques de
refinancement et de développer ainsi
une offre significative de CMT. Entre
1991 et 2007, plus de 40 000 LVM ont
été souscrits. En 2006, sur les 2 422
LVM octroyés, 62% ont été souscrits
pour des investissements agricoles dont
11% pour la mécanisation et la motorisation.
Le développement du réseau
Cecam dans la région du lac Aloatra
a accentué cette tendance avec le financement
des motoculteurs.
L’étude d’impact du réseau Cecam
menée entre 2003 et 2008 a mis en évidence
le caractère stratégique de l’accès
au LVM pour les ménages. Non seulement
il permet l’accès à l’équipement
agricole, mais il peut ouvrir un cercle
vertueux de développement, le capital
constitué par le bien initial pouvant
ensuite être mobilisé comme garantie
pour l’accès à un nouveau crédit. Si
toutes les catégories de ménages y ont
accès, les ménages pauvres prennent
néanmoins un risque plus important,
tout aléa pouvant compromettre le remboursement
et les entraîner dans un
cycle d’endettement.
Qu’il soit crédit-bail ou CMT classique,
ce crédit reste coûteux : taux
d’intérêt de 1,5 à 2% par mois selon
les institutions. Pour améliorer l’accès
à l’équipement, l’État malgache
a expérimenté entre 2006 et 2008,
plusieurs programmes de réduction
des taux d’intérêt par « bonification »
du crédit, s’inspirant de la politique
de financement de la modernisation
agricole française. Les institutions
financières impliquées indiquent des
résultats positifs : baisse des coûts du
crédit, croissance du nombre d’emprunteurs,
remboursements satisfaisants,
etc. Mais une évaluation
rigoureuse de cette expérimentation
et de la faisabilité d’une bonification
de crédit équipement à échelle nationale
reste à faire. Même si la pertinence
des outils utilisés (bonification,
fonds de garantie, ressources dédiées)
peut être discutée, il est évident que le
développement d’une offre de crédit
équipement à l’échelle des besoins de
la modernisation des agricultures familiales
nécessitera une mobilisation
politique.

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