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Évolution de la traction animale en Afrique de l’Ouest et en Afrique Centrale

Introduite en Afrique subsaharienne dans les années 50, la
traction animale est souvent présentée comme le moteur de
la modernisation de l’agriculture familiale. La présentation
de son évolution dans quelques pays d’Afrique de l’Ouest et
du Centre met en lumière l’appropriation de ces équipements
par les paysans mais aussi quelques difficultés.

En Afrique subsaharienne, la
traction animale a été introduite
dans les années 50, afin
de développer les cultures industrielles
administrées (coton et arachide),
destinées à satisfaire les demandes des
huileries et filatures des pays du Nord.
Cette mécanisation des exploitations
agricoles, possible grâce à la présence
d’un cheptel bovin important, visait à
augmenter la productivité du travail
et à favoriser l’essor économique des
exploitations.
Entre 1960 et 1970, l’adoption de la
traction animale fût lente et irrégulière,
alternant phases d’essor et de recul liées
entre autres aux conditions proposées
par les services d’appui (crédits, taux
d’intérêt, etc.), aux conditions climatiques
et aux problèmes de maîtrise de
la santé des animaux.
Finalement, les paysans choisirent
la traction animale pour la rapidité
d’exécution des opérations culturales
(labour et semis en particulier) qui leur
permettait d’augmenter les surfaces
cultivées. Entre le début des années 70
et la fin des années 80, la diffusion et
le financement de la traction animale,
le choix des matériels agricoles, leur
distribution, la formation des artisans
et des paysans ainsi que les actions de
vulgarisation technique étaient sous le
contrôle des sociétés de développement
agricole liées au coton ou à l’arachide.
Ces programmes d’appui des sociétés
cotonnières et les prix favorables
du coton et de l’arachide ont permis
l’augmentation importante du nombre
d’attelages qui a été multiplié par 2 dans
le bassin arachidier du Sénégal, par 3
au Nord-Cameroun et par 4 dans le
sud du Tchad. En parallèle les travaux
de la recherche agricole portaient sur
les outils (plus de 80 ont été testés au
Sénégal, 25 ont été proposés à la vulgarisation
et une dizaine ont eu une
diffusion significative), les attelages, la
mise au point de systèmes de culture
mécanisés et l’élaboration du concept
de système mixte de production associant
l’agriculture et l’élevage.

Une nouvelle dynamique pour la traction
animale depuis les années 90.

Malgré le désengagement progressif
de l’État et le démantèlement des services
para-étatiques d’appui à la traction
animale, les taux d’équipement se
sont maintenus et le développement
de la traction animale s’est poursuivi
en s’appuyant sur un système de services
recomposés.
Les services matériels (réparation
et entretien des équipements, vente
d’animaux, approvisionnement en matériels
agricoles, etc.) ont été en grande
partie repris par des privés (forgerons,
vendeurs d’animaux, petites et moyennes
entreprises). Dans de nombreux
pays, l’arrêt des programmes d’appui
à l’agriculture a mis en difficulté les
usines de fabrication de matériels agricoles
de traction animale. L’artisanat
forgeron s’est fortement développé pour
l’entretien et la maintenance des matériels
agricoles de traction animale,
mais aussi pour la fabrication de certains
équipements. Aujourd’hui, les
artisans forgerons couvrent l’essentiel
de la demande en charrues, sarcleurs
et charrettes ainsi qu’en pièces
de rechange. Les produits artisanaux
fabriqués avec des matériaux de récupération
sont souvent de qualité moindre
que les produits industriels, mais
ils ont l’avantage d’être disponibles
sur les marchés locaux et beaucoup
moins chers.
En revanche, les activités de formation,
d’appui-conseil et les services
financiers et vétérinaires dans ce
secteur ont des difficultés à se pérenniser
 : les paysans ont des problèmes
pour effectuer les suivis vétérinaires et
zootechniques des attelages et surtout
pour financer leurs équipements.


Zonage des modes d’utilisation
de la traction animale en Afrique
de l’Ouest et du Centre

Des stratégies diverses pour l’accès
aux attelages : les cas du bassin arachidier
du Sénégal et du Nord Cameroun.

L’appropriation de la traction
animale par les agriculteurs nécessite
des transformations importantes de
leurs exploitations, souvent longues
et difficiles à réaliser. Elle passe par
l’acquisition puis progressivement
par la maîtrise technique d’animaux
et d’équipements souvent coûteux. Ensuite,
pour réussir son intégration au
sein des exploitations, de nombreux
changements sont nécessaires : augmentation
si possible des superficies,
modification des assolements et de
l’organisation du travail, apparition
de nouvelles activités (gestion des
animaux de trait, prestations de service,
etc.).
Acquérir un attelage et des équipements
demeure une priorité pour de
nombreux paysans, mais les crédits
d’équipement des sociétés de développement
se réduisent, même si tous les
pays n’en sont pas au même stade. Au
Cameroun, il existe encore des crédits
d’équipement en traction animale par
la Société de développement du coton
(Sodecoton), alors que dans d’autres
pays, ce type de crédits a disparu. La
pression démographique constante sur
la terre rend par ailleurs plus difficile
l’augmentation des superficies des
exploitations agricoles permettant
de rentabiliser la traction animale.
Les trajectoires d’équipements et les
stratégies des agriculteurs pour accéder
à la traction animale, puis pour conserver
le niveau d’équipement atteint,
sont diverses.
Dans le Bassin Arachidier du Sénégal,
le taux d’équipement des exploitations
est d’environ 90% depuis 20 ans, ce
qui signifie que 90% des exploitations
agricoles possèdent au moins un animal
de trait (cheval, âne ou boeuf) et
au moins un équipement de base (semoir,
houe). Les seules évolutions ont
été les acquisitions d’attelages par les
nouvelles exploitations créées et le
remplacement des animaux de trait
dans les autres.
La majorité des paysans achètent
les animaux et les équipements. Cependant,
le confiage d’animaux et la
location des attelages se sont intensifiés
entre les exploitations. Des agriculteurs
propriétaires d’animaux les confient à
de petits agriculteurs qui peuvent ainsi
disposer d’un attelage, mais également
bénéficier de sous-produits : avec les
femelles (juments le plus souvent, vaches
parfois), le propriétaire bénéficie
des produits des deux premières mises
bas, et le troisième produit revient au
locataire. En échange, le locataire nourrit,
entretient et soigne l’animal.
Pour bénéficier du matériel, les petits
agriculteurs pas ou peu équipés
ont recours à la location de leur terre
(c’est le cas de 40% des exploitations),
ou de leur force de travail, et ont accès
en retour au matériel des agriculteurs
équipés (30% des exploitations pratiquent
ainsi la location de leur matériel
à de petites exploitations).
Au Nord Cameroun, le taux d’équipement
des exploitations est d’environ
30%. Le passage de la culture manuelle
à la culture attelée est toujours associé
à une stratégie de financement et à un
projet de l’agriculteur à court terme
(extension de la surface cultivée, spécialisation,
etc.). La nécessité d’étendre
les surfaces cultivées naît le plus souvent
des difficultés pour l’agriculteur
à satisfaire par le travail manuel les
besoins alimentaires et monétaires de
sa famille (limite technique de 1 ha/
actif). Pour soutenir leur objectif d’extension
foncière, beaucoup de jeunes
agriculteurs dépourvus d’équipements
agricoles louent d’abord les attelages
de paysans équipés jusqu’à un seuil
nécessitant l’achat d’attelages (autour
de 3 ha/exploitation).
À l’exception de conditions de démarrage
favorables (appui financier
de la famille, activité extra-agricole
importante, etc.), la phase d’équipement
en bovins de trait est un processus
de longue haleine pouvant atteindre
jusqu’à 20 ans pour certaines exploitations,
du fait de l’inexistence de crédits
d’acquisition des animaux et de la
difficulté de constituer une épargne.
Pour la raccourcir, les agriculteurs
procèdent par des étapes successives
de capitalisation-décapitalisation des
animaux : achat de petits ruminants
ou de porcins à partir du revenu tiré
des meilleures campagnes agricoles
puis acquisition d’un bovin que l’on
engraisse pour le revendre, ou que l’on
fait travailler en association avec un
autre propriétaire mono-bovin, ou
encore acquisition d’un attelage asin
permettant de travailler en autonomie
— les attelages asins sont en effet cinq
fois moins chers à l’achat que les attelages
bovins. La constitution de la paire
de bovins marque la fin du processus
d’acquisition de l’attelage car les outils
de travail du sol peuvent être obtenus
chez les artisans-forgerons ou à crédit
auprès de la Sodecoton.
Ces différentes trajectoires et stratégies
d’équipement confirment le rôle
pivot de la traction animale dans le
cycle de vie des exploitations concernées,
qui est aujourd’hui solidement
implantée dans toute l’Afrique de
l’Ouest et du Centre.

Une répartition différenciée selon
les zones agro-écologiques.

Selon
les régions, les types d’utilisation de
la traction animale sont différents, et
dans certaines zones le passage à la
traction bovine n’est pas nécessairement
un objectif pour les paysans.
La traction bovine est surtout répandue
en zone sub-humide, basée sur
une paire de zébus attelée à une chaîne
d’outils comprenant une charrue, des
outils de sarclage et de buttage et le
char à bœufs. Elle est adaptée à ces
zones où une puissance de traction
élevée est requise pour le labour à la
charrue, le sarclage et le buttage.
La traction légère quant à elle est
basée sur un âne attelé à des outils
légers. C’est le système dominant
dans les zones semi-arides où la rapidité
d’intervention pour les semis,
les désherbages et les travaux du sol
superficiels sont nécessaires. Le bassin
arachidier du Sénégal y fait figure
d’exception avec l’utilisation du cheval
et du semoir.
En plus de la culture attelée, la
traction animale remplit différentes
fonctions économiques (épargne sur
pieds, sources de revenus, etc.) et sociales
(« prestige du laboureur »), et
intervient dans la conduite des cultures
selon les spécificités des systèmes de
production. Elle contribue également
au transport des biens et des personnes,
et dans certaines régions les paysans
utilisent d’ailleurs des combinaisons
de plusieurs formes de traction avec
par exemple l’utilisation des bovins
pour les labours, buttages et sarclages,
et des ânes et chevaux pour les
transports.
Pourtant tous les problèmes ne sont
pas réglés et la traction animale, souvent
présentée comme le moteur du
progrès et de la modernisation de l’agriculture
familiale, est confrontée à des
difficultés. La mécanisation du travail
du sol par la traction animale a ainsi
déplacé les goulots d’étranglement
en main d’oeuvre sur les opérations
difficilement mécanisables (récoltes,
sarclages) pour lesquelles les besoins
en main d’oeuvre sont parfois difficile
à assurer.

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