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Évaluer la productivité de l’agriculture familiale : aiguisons nos outils de mesure…

La productivité est au cœur des
mécanismes économiques globaux.
L’agriculture étant un secteur productif
clé, les gains de productivité, moteurs
de la croissance économique, constituent
une des priorités des États. L’Afrique
vient de dépasser le milliard d’habitants.
Comment améliorer la productivité des
agricultures locales pour nourrir cette population
 ? D’autant plus que la plupart
des pays africains revendiquent leur souveraineté
alimentaire. À leur niveau, les
agriculteurs eux aussi cherchent à être
les plus efficients possibles, c’est-à-dire à
produire le plus possible en fonction des
facteurs de production dont ils disposent,
afin de garantir un revenu suffisant pour
leurs familles.
L’agriculture familiale est couramment
qualifiée de moins « productive »
que les autres formes d’agriculture (agriculture
capitaliste ou agri business). Les
exploitations agricoles manuelles, ou
plus généralement celles qui utilisent
peu d’intrants ou peu de capital technique,
sont quant à elles souvent qualifiées
« d’extensives », par opposition à
des formes d’exploitation utilisant des
semences dites améliorées, des engrais,
des produits phytosanitaires, des équipements
mécanisés voire motorisés, et
dites « intensives ». Or de la façon dont
on « juge » une agriculture et ses performances,
dépendent bien entendu les
priorités qui seront faites en termes de
politiques agricoles, de mesures d’accompagnement
et de soutien. Il est primordial
pour les acteurs, amenés à orienter
ces choix, de s’accorder sur le diagnostic
porté sur ces agricultures.
Qu’en est-il précisément de ces notions
de productivité de la terre et du travail ?
Qu’est-ce que l’intensification, l’augmentation
de la productivité ? De quels processus
parle-t-on ? Les définitions sont
désormais fixées et il est important de
s’y référer, pour s’accorder sur les jugements
portés sur les agricultures et sur
les voies de leur développement.

Qu’est ce que la productivité en agriculture
 ?

La productivité est toujours
un rapport entre une production réalisée,
et les quantités de facteurs de production
utilisées pour l’obtenir. La productivité
est une grandeur qui permet
de mesurer l’efficience d’un processus
de production. Un processus est une
combinaison de moyens de production
(terre, capital) auxquels on applique une
certaine quantité de travail, pour créer
une nouvelle richesse.
Or, ces processus de production dans
l’agriculture sont complexes ; c’est pourquoi
on utilise les concepts de systèmes
de culture et systèmes d’élevage pour
les décrire et les comprendre. La productivité
s’applique donc à un système et non
à une pratique ou à une culture isolée. Il
s’agit de mesurer la richesse créée grâce
à un mode de production donné pour
tenir compte de toutes les interactions
— liées aux assolements et aux rotations
entre autres —, et des pratiques réelles
des agriculteurs qui, à l’échelle de leur
système de production, raisonnent
quotidiennement de façon globale. La
productivité est mesurée en valeur, en
mobilisant le concept de valeur ajoutée
brute (VAB). Celle-ci représente la richesse
créée par l’agriculteur. Pour un système
de culture donné (SC), la valeur ajoutée
brute, ou VAB, est le produit brut diminué
des consommations intermédiaires :
VAB = PB - CI
- Le Produit Brut (PB) traduit la valeur de
la production annuelle finale. Il s’applique
aux quantités produites finales sur
l’ensemble de la surface totale consacrée
au système de culture étudié, multipliées
par le prix unitaire de chaque
produit ou sous produit, quelle que soit
leur destination (PB = productions finales
annuelles * prix unitaires) ;
- Les consommations intermédiaires
(CI) sont les biens et services intégralement
détruits au cours d’un cycle de
production. Il s’agit pour « les biens »
des semences, des plants, des engrais,
des pesticides et du carburant achetés ;
les « services » sont des prestations
que l’agriculteur ne peut pas réaliser
lui-même faute de savoir-faire, de technicité
ou d’équipements.
Cette richesse créée (VAB) rapportée
à un facteur, en l’occurrence à la quantité
de force de travail investie mesurée
en homme-jours (HJ), ou bien encore à
la quantité de terre mobilisée (hectare :
ha), permet de mesurer respectivement
la productivité du travail (VAB/HJ) et de la
terre (VAB/ha) pour le système de culture
ou le système d’élevage considéré.

La productivité de la terre :
VAB d’un système de culture ramenée
à la surface = VAB totale pour un SC ⁄ la
surface consacrée à ce SC (ha)

Cette variable permet de comparer
des systèmes de culture en termes de
richesse produite par unité de surface.
Elle traduit souvent le caractère plus ou
moins intensif du système de culture.
En général, les producteurs ayant peu
de terres ont intérêt à mettre en oeuvre
des systèmes de culture ayant une forte
productivité de la terre. Pour un système
de culture comprenant une rotation avec
des jachères, on ajoute les valeurs ajoutées
par hectare des différents cycles qui
se succèdent dans le temps (tout au long
de la rotation), divisées par le nombre
d’années total « n » que comprend la
rotation, y compris la jachère.
- Exemple : Coton⁄⁄ Fmaïs⁄⁄mil⁄⁄jachère
deux ans ;
- VAB/ha = (VAB/ha du coton + VAB/ha
du maïs + VAB/ha du mil) / 5.

La productivité du travail :
VAB d’un système de culture ramenée à
la quantité totale de travail nécessaire =
VAB totale pour un SC ⁄ temps de travail
total consacré à ce système de culture
(homme-jours)

La productivité du travail permet de
mesurer la richesse créée par journée
de travail investie dans le système de
culture. Quand la main d’oeuvre se fait
relativement rare (par rapport à la terre),
il devient intéressant de mettre en oeuvre
des systèmes de culture procurant une
forte productivité du travail.
Les graphes ci-dessus tirés des résultats
d’une étude menée à Siniéna, dans la
zone cotonnière du sud-ouest du Burkina
Faso, en décembre 2008, illustrent parfaitement
ces notions de productivités
de la terre et du travail. Un système peut
avoir une faible productivité de la terre
mais être intéressant pour le propriétaire
qui dispose de beaucoup de terres : c’est
le cas ici du système de culture « manguier
 », qui bien que ne procurant que
130 000 FCFA par hectare, « rapporte »
à l’agriculteur plus de 21 000 FCFA par
journée de travail consacrée aux vergers.
En revanche un système procurant une
forte productivité de la terre, comme le
maraîchage sur les rives de la Comoé
(800 000 FCFA/ha), intéresse tous ceux
qui ne disposent que de peu de terres,
même si la productivité du travail est
faible (2 400 FCFA/HJ).
L’usage des notions de productivité de
la terre et du travail amène donc à relativiser
totalement la notion de « rentabilité
 » d’une activité.

Qu’est-ce qu’une agriculture intensive ?
En anglais, le terme « intensive » se rapporte
à la quantité de facteurs mobilisés
pour le processus de production. Des systèmes
« land intensives » sont gourmands
en terre : ils mobilisent beaucoup de surface
à des fins de productions végétales
ou animales. Les latifundias sud-américains,
fondés sur de vastes étendues de
prairies naturelles pour l’élevage bovin,
sont selon cette définition « land intensives
 ». Toujours dans les conceptions anglophones,
les systèmes de production
« labor intensive » mobilisent quant
à eux beaucoup de main d’oeuvre par
unité de surface.
Dans les approches francophones, la
notion de «  système agricole intensif » se
rapporte soit à la quantité d’intrants, soit
à la quantité de travail mobilisée par unité
de surface exploitée. Il en ressort que des
systèmes de culture manuels, tels que la
production de riz inondé, la culture de la
patate douce en bas-fonds, la culture de
produits vivriers en association peuvent
être très intensifs… en travail, même si
les agriculteurs n’ont recours à aucun
intrant. Ces modes de production ne
peuvent donc en aucune façon, comme
c’est malheureusement souvent le cas,
être qualifiés d’extensifs.
Dans les systèmes intensifs, les rendements,
c’est-à-dire les productions par
unité de surface, sont en général élevés.
Mais attention, les systèmes de culture intensifs
en consommations intermédiaires
ne sont pas forcément ceux qui procurent
la plus forte valeur ajoutée par unité de
surface. Prenons le cas de la production
d’oignons : de nombreux producteurs en
Afrique de l’Ouest ne sont pas tant en attente
de nouveaux engrais ou produits qui
augmenteraient leurs rendements, mais
plutôt de solutions qui leur permettraient
de décaler leurs cycles de production et
de vendre leurs produits au meilleur prix.
Dans les Terres Neuves du Sénégal, sur les
champs de case fumés où l’on sème dès les
premières pluies du maïs et du mil souna
de cycle court, qui arriveront à maturité
en pleine période de soudure (valeur de
la production calculée au prix maximum),
la valeur ajoutée produite par hectare est
plus grande que dans les champs de céréales
en rotation avec l’arachide fertilisés
avec de l’engrais chimique. Ces exemples
montrent qu’il faut se pencher sérieusement
sur les conditions dans lesquelles les
agriculteurs produisent et vendent pour
réfléchir aux voies les plus appropriées de
l’intensification.

Quelles sont les voies de l’augmentation
de la productivité en agriculture ?

L’augmentation
de la productivité en agriculture
peut prendre des voies très variées,
selon que l’on considère la productivité
de la terre, la productivité du travail, ou
les deux conjointement.

L’augmentation de la productivité du
travail.

La mécanisation des opérations
manuelles, c’est-à-dire l’emploi de machines,
et l’usage de la traction animale ou
motorisée, autrement dit la substitution
de l’énergie humaine par l’énergie animale
ou thermique, sont les principaux
moyens d’augmenter la productivité du
travail : ces investissements permettent
de diminuer le nombre de jours de travail
nécessaires pour atteindre un niveau de
production donné. Il en va de même de
l’usage de produits chimiques tels que
les herbicides.
En supprimant des goulets d’étranglement
qui, en fonction des lieux et des
cultures considérés, peuvent se situer
au niveau de la préparation du sol, du
semis, du désherbage, de l’arrosage, etc.,
la mécanisation et/ou la motorisation
permettent à un actif seul d’exploiter
de plus grandes surfaces.
Quand les revenus permettent de dégager
un surplus, le développement d’espèces
végétales ou animales nécessitant peu
de soins (par exemple les cultures pérennes
de manguiers, d’anacardiers qui, une
fois la plantation établie, ne requièrent
du travail que pour la récolte, ou encore
l’élevage de bovins et d’ovins) augmente
la productivité du travail, au prix de forts
investissements dans des vergers ou dans
des animaux reproducteurs.
C’est donc la capacité à acquérir du capital,
qu’il soit technique ou biologique,
qui, dans un milieu donné, détermine
les niveaux de productivité du travail
en agriculture.

L’augmentation de la productivité de la
terre.

C’est l’augmentation de la valeur
ajoutée produite par unité de surface
exploitée. Elle est obtenue par la mobilisation
de plus de force de travail ou de
plus de capital technique, c’est-à-dire par
l’intensification.
La diminution des temps de jachère
dans les successions interannuelles est
une voie dans laquelle sont engagées
de nombreuses agricultures en Afrique
subsaharienne. Elle peut s’accompagner
certes d’une baisse des rendements annuels,
calculés par unité de surface cultivée,
mais aussi d’une augmentation de
la production totale par unité de surface
exploitée : un système de culture fondé
sur deux cycles successifs de céréales donnant
15 quintaux/ha, suivis de 3 années
de jachère, a une productivité par hectare
de 30 quintaux / 5 = 6 quintaux/ha, plus
faible qu’un système de culture continue
de céréales à 8 quintaux/ha.
Cette voie d’augmentation de la productivité
de la terre s’accompagne d’un
accroissement des temps de travaux
(préparation du sol, désherbages, etc.),
et parfois d’un apport plus important
de consommations intermédiaires par
hectare exploité (semences, engrais, fumure
organique).
À ce sujet, la fumure animale constitue
un élément clef de l’augmentation de la
productivité de la terre. Dans la frange
soudano-sahélienne, l’intensification des
systèmes de culture est indissociable des
évolutions constatées au niveau des modes
de conduite des ruminants, guidées
par les préoccupations de gestion de la
fertilité des sols cultivés : développement
du parcage de nuit, conduite au piquet en
saison sèche sur les jachères, stabulation
saisonnière. L’affouragement prend une
part de plus en plus importante sur la
pâture (résidus de récoltes, arbres fourragers,
herbes fauchées), et la capacité
à s’équiper en charrettes et animaux de
trait pour le transport de la fumure devient
déterminante.
La mécanisation et la motorisation
peuvent aussi permettre d’augmenter la
productivité de la terre, dès lors qu’elles
permettent d’augmenter la valeur ajoutée
par hectare, par exemple en permettant
de mener certaines opérations dans les
conditions optimales, et d’augmenter
les rendements. Ainsi, la traction animale
permet dans certaines régions du
Sénégal, de semer rapidement les céréales
et l’arachide dans les meilleures
conditions possibles, dans des fenêtres
temps étroites, et ainsi d’obtenir des rendements
supérieurs à ceux obtenus en
culture manuelle.
Les aménagements tels que les haies,
les diguettes, les cordons pierreux, les terrasses,
etc. consistent à modifier durablement
les conditions du milieu, dans
le but d’augmenter les valeurs ajoutées
par unité de surface. Ils permettent de
limiter le ruissellement des eaux de
pluie et donc d’augmenter l’infiltration
de l’eau, ou bien encore d’augmenter la
profondeur des sols pour améliorer leur
capacité de rétention en eau, etc. La voie
de l’aménagement requiert des investissements
accrus en travail familial, ou en
prestations de services.
L’irrigation, par l’investissement en
travail familial et en capital dans les
moyens d’exhaure, d’amenée d’eau et
d’arrosage, concourt également à augmenter
la productivité de la terre. Cependant,
malgré les efforts consentis à la fois
par les États (aménagements des fleuves
pour la production rizicole notamment),
et par les paysans eux-mêmes (développement
du maraîchage de saison sèche
dans de nombreuses régions africaines
en réponse aux demandes grandissantes
des villes), le continent africain est
celui dont la part irriguée de la surface
agricole utile est la plus faible.
Tous ces exemples montrent bien que
l’intensification ne s’accompagne pas toujours
d’une augmentation de la productivité
du travail, bien au contraire.

Conclusion : les moteurs de l’augmentation
de la productivité sont avant tout
politiques.

Certains auteurs avancent que
c’est l’accroissement démographique et
la diminution des surfaces disponibles
par actif qui amènent les agriculteurs
à intensifier leur agriculture. Certes, les
quantités de jours travaillés par unité de
surface augmentent dans de nombreuses
régions, les calendriers agricoles se
remplissent, les pics de travail se multiplient.
Ces processus s’accompagnent
d’innovations fortes. Depuis 20 ou 30
ans, les modes de culture se sont remodelés
dans de très nombreuses régions,
comme dans le Sud Bénin où la culture
continue sur billons a remplacé la défriche
brûlis.
Mais pour la plupart des agriculteurs,
tous ces efforts ne permettent bien souvent
que de maintenir leurs revenus agricoles
à des niveaux très bas. Les capacités
propres d’investissements sont faibles
ou inexistantes. Seules des politiques
d’appui volontaristes et partagées sont
à l’origine de l’augmentation durable de
la productivité du travail et des revenus
des agriculteurs, et donc de leur capacité
à « intensifier ».

L’intensification ?
L’intensification traduit une augmentation
des consommations intermédiaires
et/ou de la quantité de force de
travail mobilisée par unité de surface
exploitée. On parlera respectivement
d’intensification par le capital ou d’intensification
par le travail. Dans certains
cas, l’intensification ne se traduit pas par
une augmentation de la productivité de
la terre et encore moins du travail : c’est
le cas, par exemple, de situations de pression
accrue des adventices qui amènent
les agriculteurs à consacrer de plus en
plus de temps au désherbage pour maintenir
leurs rendements en céréales ; les
temps de travaux par hectare ont augmenté
sans que la valeur ajoutée n’ait
cru pour autant. Le contraire de l’intensification
est l’extensification : la diminution
des quantités de consommations
intermédiaires et/ou de travail investi
par unité de surface.

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1 commentaire

  • Benoit Faivre Dupaigre 20 janvier 2010 15:00:00 Supprimer

    L’article est excellent pour montrer ambiguïté de l’usage des différentes notions de productivité et rediscuter de l’emploi du terme intensivité. Les exemples sont très parlants et la rédaction claire . Je trouve que c’est un bon stimulant.

    Sa faiblesse est de ne pas pouvoir tout dire, en particulier sur les implications précises du fait que la notion de productivité est fondée sur un rapport de quantités (p. 1). Car tout s’enchaîne à partir de là. C’est parce qu’on ne peut pas additionner des carottes et des navets, pour savoir ce qu’une terre ou un homme produisent de complexe dans un laps de temps donné, qu’il a fallu inventer l’agrégation en prix. Le problème est identique quand la combinaison porte sur des moyens de production complexes (on travaille la terre avec une houe, il faut donc tenir compte des deux éléments). On n’aurait pas eu besoin des concepts de systèmes de culture et d’élevage pour passer de la mesure de la productivité en volume à la productivité en prix, il suffisait de tenir compte du fait que tout processus de production de type « manufacturier » est complexe.

    Je concède que ça peut entrainer loin, mais je crains qu’en fait, que ce l’article dénonce c’est la confusion entre productivité et rentabilité. Le premier terme reste fondamentalement une mesure agrégée de volumes. Même si les prix sont utilisés comme numéraire commun, toute variation de la mesure de la productivité liée à la variation des prix doit être gommée de cette mesure. Cela a induit une abondante littérature sur les indices (Paasche, Lasperre etc.) visant à montrer qu’on peut corriger l’effet prix dans la mesure agrégée des volumes mais qu’il faut faire certaines hypothèses arbitraires. Concrètement, cela veut dire que dans l’exemple de l’article sur l’utilisation par les paysans des prix de soudure favorable, on ne devrait pas parler d’augmentation de la productivité s’il n’y a pas augmentation des volumes, mais bien d’augmentation de … la rentabilité. En fait, la mesure de la VA/unité de facteur n’est de la productivité que si la VA est mesurée en volume ! (dépouillée de sa composante prix). La théorie de Mazoyer basée sur l’évolution de la productivité est d’ailleurs une théorie illustrée par l’évolution de la VA/travailleur mais avec une mesure de la VA qui se veut en volume. Il en tire ensuite une implication sur la tendance des prix à décroître. C’est donc bien la productivité qui sert aux observations sur le long terme.

    L’ensemble de l’article, sans doute en référence à ce mouvement historique d’accroissement de la productivité, survalorise la notion de productivité et tire argument de la possible contradiction entre intensification et « sa » définition de la productivité pour critiquer l’intensification. En fait, cela résulte surtout à mon avis d’un mauvais usage du terme « productivité ». Il faudrait en fait souvent lire « rentabilité », c’est à dire un indicateur de valeur ajoutée ou de profit, mais mesuré en prix.

    La conclusion de l’article introduit une autre notion qui est celle de revenu (une mesure en prix aussi). Il est clair que dans l’équation du revenu (VA/travailleur x volume de travail), le premier terme est en prix et n’est donc pas une mesure de la productivité mais plutôt de la rentabilité et que selon le prix qu’on donne aux outputs ou aux inputs, le résultat change. La subvention aux intrants ou le soutien des prix dopent donc le revenu. Ce n’est qu’indirectement, par la possibilité d’accumulation que cela offre et l’accès accru à de nouveaux moyens que cela peut accroitre la productivité.

    En définitive, il me semble qu’en distinguant mieux entre productivité (en volume) et rentabilité (productivité en valeur), on pourrait préciser que l’intensification génère en général une augmentation de la productivité (N.B dans l’encadré, l’histoire de la lutte contre les adventice diminue-t-elle vraiment les rendements et donc la productivité du travail ? qu’en aurait-il été du rendement sans lutte contre les adventices) mais qu’elle ne garantit nullement d’une augmentation du revenu (de la rentabilité). La portée en terme de politique agricole est importante.

    C’est donc juste en améliorant la distinction entre ce qui est du ressort des volumes et des prix dans l’exposé que l’on aura des conclusions plus opérationnelles.




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1 commentaire

  • Benoit Faivre Dupaigre 20 janvier 2010 15:00:00 Supprimer

    L’article est excellent pour montrer ambiguïté de l’usage des différentes notions de productivité et rediscuter de l’emploi du terme intensivité. Les exemples sont très parlants et la rédaction claire . Je trouve que c’est un bon stimulant.

    Sa faiblesse est de ne pas pouvoir tout dire, en particulier sur les implications précises du fait que la notion de productivité est fondée sur un rapport de quantités (p. 1). Car tout s’enchaîne à partir de là. C’est parce qu’on ne peut pas additionner des carottes et des navets, pour savoir ce qu’une terre ou un homme produisent de complexe dans un laps de temps donné, qu’il a fallu inventer l’agrégation en prix. Le problème est identique quand la combinaison porte sur des moyens de production complexes (on travaille la terre avec une houe, il faut donc tenir compte des deux éléments). On n’aurait pas eu besoin des concepts de systèmes de culture et d’élevage pour passer de la mesure de la productivité en volume à la productivité en prix, il suffisait de tenir compte du fait que tout processus de production de type « manufacturier » est complexe.

    Je concède que ça peut entrainer loin, mais je crains qu’en fait, que ce l’article dénonce c’est la confusion entre productivité et rentabilité. Le premier terme reste fondamentalement une mesure agrégée de volumes. Même si les prix sont utilisés comme numéraire commun, toute variation de la mesure de la productivité liée à la variation des prix doit être gommée de cette mesure. Cela a induit une abondante littérature sur les indices (Paasche, Lasperre etc.) visant à montrer qu’on peut corriger l’effet prix dans la mesure agrégée des volumes mais qu’il faut faire certaines hypothèses arbitraires. Concrètement, cela veut dire que dans l’exemple de l’article sur l’utilisation par les paysans des prix de soudure favorable, on ne devrait pas parler d’augmentation de la productivité s’il n’y a pas augmentation des volumes, mais bien d’augmentation de … la rentabilité. En fait, la mesure de la VA/unité de facteur n’est de la productivité que si la VA est mesurée en volume ! (dépouillée de sa composante prix). La théorie de Mazoyer basée sur l’évolution de la productivité est d’ailleurs une théorie illustrée par l’évolution de la VA/travailleur mais avec une mesure de la VA qui se veut en volume. Il en tire ensuite une implication sur la tendance des prix à décroître. C’est donc bien la productivité qui sert aux observations sur le long terme.

    L’ensemble de l’article, sans doute en référence à ce mouvement historique d’accroissement de la productivité, survalorise la notion de productivité et tire argument de la possible contradiction entre intensification et « sa » définition de la productivité pour critiquer l’intensification. En fait, cela résulte surtout à mon avis d’un mauvais usage du terme « productivité ». Il faudrait en fait souvent lire « rentabilité », c’est à dire un indicateur de valeur ajoutée ou de profit, mais mesuré en prix.

    La conclusion de l’article introduit une autre notion qui est celle de revenu (une mesure en prix aussi). Il est clair que dans l’équation du revenu (VA/travailleur x volume de travail), le premier terme est en prix et n’est donc pas une mesure de la productivité mais plutôt de la rentabilité et que selon le prix qu’on donne aux outputs ou aux inputs, le résultat change. La subvention aux intrants ou le soutien des prix dopent donc le revenu. Ce n’est qu’indirectement, par la possibilité d’accumulation que cela offre et l’accès accru à de nouveaux moyens que cela peut accroitre la productivité.

    En définitive, il me semble qu’en distinguant mieux entre productivité (en volume) et rentabilité (productivité en valeur), on pourrait préciser que l’intensification génère en général une augmentation de la productivité (N.B dans l’encadré, l’histoire de la lutte contre les adventice diminue-t-elle vraiment les rendements et donc la productivité du travail ? qu’en aurait-il été du rendement sans lutte contre les adventices) mais qu’elle ne garantit nullement d’une augmentation du revenu (de la rentabilité). La portée en terme de politique agricole est importante.

    C’est donc juste en améliorant la distinction entre ce qui est du ressort des volumes et des prix dans l’exposé que l’on aura des conclusions plus opérationnelles.

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