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Editorial : L’ Afrique et la mécanisation : un paradoxe et une nécessité ?

Le continent africain dispose de conditions
physiques plutôt favorables à la mécanisation
de l’agriculture : vastes étendues
de terres cultivables, faibles contraintes
topographiques. A priori les obstacles naturels
à son développement ne sont donc pas majeurs
si ce n’est la vulnérabilité des sols tropicaux à
des interventions mécaniques inappropriées.
Or en dépit de ces conditions la mécanisation
y est encore peu développée.
Pourtant, de nombreuses tentatives d’introduction
de la mécanisation-motorisation
ont été faites en Afrique subsaharienne. La
coopération française a pendant de longues
années tenté, sans grand succès, d’adapter la
motorisation aux exploitations familiales africaines
 ; tandis qu’un certain nombre de pays,
ayant opté après leur indépendance pour la
voie socialiste, ont fait de la mécanisation de
l’agriculture un moyen privilégié de transformation
des structures agraires qui s’est, lui
aussi, soldé par un échec.
Des travaux de recherche se sont efforcés
d’analyser les causes de ces échecs et en particulier
les contraintes d’ordre environnemental
et social qui freinent le développement de la
mécanisation - motorisation de l’agriculture
dans les pays africains. Ils ont montré l’impact
négatif que peut avoir en milieu tropical
l’usage du tracteur sur la compaction des sols,
induisant de fortes pertes de fertilité. D’autre
part, il a été souvent évoqué le risque de voir
la mécanisation de l’agriculture entraîner une
augmentation du chômage en milieu rural
et de l’exode vers les villes. L’expérience de
certains pays (Inde, Maroc) montre que cet
effet n’est pas systématique. La main d’oeuvre
rendue disponible par la mécanisation peut
développer de nouvelles activités et le recours
à des prestataires de service pour les travaux
mécanisés n’exclut pas les petites exploitations
des bénéfices de la mécanisation.
Il est important de replacer le débat sur
la mécanisation dans le contexte actuel des
pays africains. Il y a 30 ans, un paysan africain
devait nourrir en moyenne deux personnes
 ; désormais, la modification très rapide
du rapport entre population rurale et
population urbaine nécessite, si l’on vise sinon
l’autosuffisance du moins une certaine
sécurité alimentaire, que ce même paysan
puisse nourrir 4 à 5 personnes. Pour ce faire
il est nécessaire d’augmenter la productivité
du travail des paysans africains. Cela n’est
guère possible tant que l’agriculture restera
majoritairement manuelle. Le développement
de la mécanisation de l’agriculture apparaît
donc comme une condition indispensable pour
nourrir les populations africaines.

Philippe Jouve, agronome

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