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Des agricultures manuelles à la motorisation lourde : des écarts de productivité considérables

La révolution agricole et la révolution verte ont permis
à un certain nombre d’agriculteurs d’accroître de façon
considérable la productivité de leur travail. Mais tous n’ont
pas eu accès à ces progrès techniques, et aujourd’hui la pauvreté
et les insuffisances alimentaires sont le lot quotidien
de la majorité de la paysannerie mondiale.

La population agricole active
du monde, qui s’élève à 1 milliard
300 millions de personnes, soit
environ 43% de la population active
du monde, ne dispose en tout et pour
tout que de 250 millions d’animaux de
travail, soit environ 20% du nombre
des actifs agricoles, et de 28 millions
de tracteurs, soit 2% d’entre eux. La
très grande majorité des agriculteurs
du monde continue donc de travailler
à la main, en particulier en Afrique
subsaharienne. En effet dans cette région,
il n’y aurait par exemple qu’un
peu plus de 200 000 tracteurs.

Origine du fossé croissant entre agricultures
 : le triomphe de la révolution
agricole dans les pays développés et
dans certains secteurs des pays en
développement.

Au milieu du XIXième
siècle, la plupart des paysans du monde
pratiquait une agriculture strictement
manuelle (houe, bêche, hache,
machette, etc.), avec une productivité
du travail ne dépassant pas une tonne
d’équivalent-céréales par actif. À la
même époque, les systèmes de culture
attelée lourde sans jachère en Europe,
ainsi que les systèmes hydrorizicoles
de culture attelée de certains deltas
d’Asie, permettaient d’obtenir une productivité
brute de l’ordre de 5 tonnes
par actif. Les agricultures du monde
s’inscrivaient donc dans un écart de
productivité de l’ordre de 1 à 5.
Dès la fin du XIXième siècle, l’industrie
commença à produire de nouveaux
matériels mécaniques à traction animale
qui furent adoptés par les fermes
bien dimensionnées dans les colonies
agricoles d’origine européenne et, plus
lentement, en Europe. Les exploitations
les mieux équipées atteignirent ainsi
une productivité brute du travail de
quelque 10 t/actif.
Au XXième siècle, la révolution agricole
contemporaine stricto sensu (motorisation,
grande mécanisation, sélection,
chimisation, spécialisation) a triomphé
dans les pays développés et dans quelques
secteurs limités des pays en développement.
En quelques décennies, on
est ainsi passé à des superficies pouvant
aller jusqu’à 200 hectares par actif en
grande culture céréalière, et des rendements
pouvant atteindre plus de 10
tonnes par hectare. En conséquence,
la productivité brute du travail peut
aujourd’hui, dans les régions les plus
favorisées, atteindre 2 000 t/actif.
Mais la situation de l’agriculture
mondiale est violemment contrastée :
seuls quelques millions d’agriculteurs
ont été touchés par cette révolution
agricole. Parmi les agriculteurs non
motorisés, deux tiers environ ont été
touchés par la révolution verte, dans
les régions favorables des pays en développement,
et produisent entre 5 et 10
tonnes de grain par travailleur, selon
qu’ils bénéficient ou non de la traction
animale. Il reste à peu près un tiers des
agriculteurs du monde privés de semences
sélectionnées, d’engrais et qui
disposent uniquement d’un outillage
manuel de culture sommaire utilisé
sur de faibles surfaces. Cette agriculture
paysanne pauvre, orpheline
de toute recherche et de tout projet,
compte encore presque la moitié de
la population agricole mondiale, soit
1 milliard 250 millions de personnes
(actifs agricoles et leurs familles) vivant
mal ou très mal de l’agriculture et ne
pouvant guère dépasser une productivité
brute d’une tonne de grain par
travailleur et par an.
L’écart de productivité du travail
entre l’agriculture manuelle non chimisée
et l’agriculture la plus lourdement
motorisée et chimisée du monde est
aujourd’hui de l’ordre de 1 à 2 000 en
productivité brute. Dans ce contexte
où l’Afrique subsaharienne n’a bénéficié
ni de la révolution agricole contemporaine
ni de la révolution verte
et dont l’agriculture reste principalement
manuelle, il reste à s’interroger
sur les voies possibles pour combiner
au mieux les divers progrès agricoles
possibles.

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