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Les systèmes de collecte du lait en Afrique de l’Ouest : échec ou espoir ?

Après l’échec de l’industrialisation laitière en Afrique
de l’Ouest, de nombreuses mini laiteries se sont développées
avec plus ou moins de réussite et ont permis une
meilleure valorisation de la production locale. Mais celles ci
ont besoin d’améliorer leurs dispositifs de collecte et de
distribution pour être plus performantes.

Depuis les années 90, les
filières laitières sont une des
priorités des programmes de
développement de l’élevage en Afrique
de l’Ouest. Pourtant, les grands projets
industriels des années 60 et 70 avaient
connu bien des échecs. L’émergence
récente de nombreux systèmes artisanaux
ou semi-industriels de collecte
du lait de brousse constitue un espoir
pour l’élevage local. Malgré les importations
de poudre (plus de la moitié
de la demande du Sénégal en lait), la
participation de l’élevage laitier africain
aux échanges marchands repose
en grande partie sur un tissu de petites
entreprises de collecte et de transformation
qui dynamisent le secteur.

Un modèle de production intensif
aux débuts difficiles…

Dans le domaine
de la production laitière, le
modèle intensif promu dès les années
50 a reposé sur l’augmentation
de la productivité des races locales par
l’amélioration génétique et les cultures
fourragères. La faible productivité laitière
des races locales était vue comme
le principal facteur expliquant les bas
niveaux de production du troupeau
africain. Ces programmes, s’appuyant
sur le modèle européen du « ménage
exploitant », souffraient du manque de
connaissances des structures de production
en Afrique et de leur fonctionnement,
aussi bien à l’échelon de
l’exploitation agricole qu’à celui des
collectivités, du village. De ce fait, le
modèle de ferme laitière intensive n’a
pu être mis en œuvre par des investisseurs
périurbains ou dans le cadre
de fermes d’État.
Les années 60, coïncidant avec l’accession
à l’indépendance de plusieurs
nations ouest africaines, ont été marquées
par la poursuite des politiques
d’intensification de la production laitière
avec pour objectif de fournir aux
populations urbaines du lait de « bonne
qualité sanitaire ». Cette politique promue
par les États et appuyée par des
organismes internationaux comme
le Programme alimentaire mondial
des Nations Unies, la Banque mondiale,
l’Unicef, la FAO, a connu un
bilan très mitigé, notamment entre
1970 et 1990.

… avec les échecs de nombreuses
tentatives d’industrialisation laitière.

L’intensification laitière dans les pays
ouest africains a été promue dans le
cadre de grands projets de développement
industriel. La présence d’une
industrie de collecte était censée offrir
un cadre structurant à ce modèle intensif.
On peut citer l’Office du lait du
Niger (Olani), l’Union laitière de Bamako
(ULB), l’Union des coopérations
laitières du Sénégal (Ucolait). Cependant,
ces projets destinés à stimuler la
production laitière locale ont presque
tous connu d’importantes difficultés
de fonctionnement.
Au Sénégal, par exemple, l’Union
des coopérations laitières (Ucolait) a
été créée en 1968 suite aux travaux du
Centre de recherche zootechnique
(CRZ) de Dahra visant à intensifier
la production par des croisements
entre une race locale, Gobra, et des
races exotiques (zébus indo-pakistanais).
Le projet, appuyé par la FAO, le
Pam et l’Unicef, s’est arrêté en 1972,
du fait de la sécheresse, de la baisse de
production laitière consécutive à des
difficultés d’alimentation du bétail, et
de problèmes de gestion.
Durant les premières années d’exploitation,
la collecte annuelle a atteint
un volume de 200 000 litres, inférieur
au seuil de rentabilité de l’usine et aux
objectifs de production, fixés à 10 000
litres par jour. L’usine s’est réorientée
dans la transformation de la poudre
de lait.
Le GIE Coplait au Sénégal est un
autre exemple d’échec du modèle intensif.
Créé plus tard après le déplacement
des bovins d’origine pakistanaise
de Dahra vers la ferme expérimentale
de l’Institut sénégalais de recherches
agricoles (Isra) de Sangalkam, où
des Montbéliardes ont été importées
pour mettre sur pied le Projet de développement
de la production laitière
dans les Niayes, il n’a pas pu résister
à la concurrence du lait en poudre
importé et aux difficultés d’alimentation
du troupeau.
L’Office du lait du Niger (Olani) a
été également créé en 1970 par le gouvernement
du Niger avec l’aide des
bailleurs de fonds pour améliorer la
santé et l’état nutritionnel des populations
(femmes enceintes et enfants) à
travers la consommation des produits
laitiers de bonne qualité vendus à des
prix accessibles. La faible performance
de cette entreprise a conduit, dans le
cadre du programme de privatisation
initié par l’État du Niger, à sa cession
à un groupe de privés nigériens en
1998, puis à sa transformation en société
anonyme.
L’Union laitière de Bamako (ULB),
créée en 1969 à Bamako avec le concours
de l’Unicef, avait pour objectif
de fournir du lait à la population de
Bamako et à sa banlieue à un prix accessible,
de contribuer à la promotion
de la production du lait local. De 1969
à 1994, elle a obtenu une assistance
du Pam, lui permettant ainsi de renforcer
son approvisionnement en lait
local par une amélioration génétique
des races bovines locales. Cependant,
l’arrêt du financement en 1990 a entraîné
une baisse progressive de l’activité,
et en 1994 l’ULB est privatisée,
devenant Mali-Lait.
Les tentatives d’intensification, basées
sur l’amélioration des races locales
et la transformation industrielle,
ont été fortement compromises par
les crises climatiques, les problèmes
de gestion financière et comptable et
la concurrence des importations de
poudre de lait.

Un système de collecte performant
au service des mini laiteries.

Pendant
les années 90, plusieurs systèmes de
collecte se sont développés pour approvisionner
les mini laiteries artisanales
créées dans plusieurs pays (Sénégal,
Mali, Burkina, etc.) sous forme de
petites entreprises privées ou de coopératives
d’éleveurs. La collecte peut
être groupée (souvent en lien avec des
associations d’éleveurs) ou individuelle,
assurée par des collecteurs équipés de
matériel plus ou moins rudimentaire
(bidon en plastique) et qui utilisent la
bicyclette, la mobylette ou la charrette
asine ou équine comme moyens de
transport du lait des zones de production
vers les unités de transformation.
Ces unités collectent 50 à 700 litres par
jour. Elles fabriquent essentiellement
du lait fermenté et du lait pasteurisé,
commercialisés en sachets thermosoudés
de 200 à 500 ml. Cependant,
certaines laiteries utilisent la poudre
de lait pour faire face au déficit d’approvisionnement
en lait frais, notamment
en saison sèche.
D’autres systèmes de collecte reposant
sur la connexion entre un centre
de collecte de zone périurbaine ou rurale,
et une unité industrielle de zone
urbaine ont pu se développer. C’est le
cas de l’usine Mali-Lait, approvisionnée
en partie par la laiterie de Kasséla
dans la périphérie de Bamako, qui lui
fournit environ 3 000 litres de lait frais,
soit près de la moitié de sa collecte
hebdomadaire.
À cela, s’ajoutent des systèmes de
collecte basées sur le ramassage du lait
en pick-up (le lait est contenu dans
des seaux en plastique à l’image de la
Laiterie du Berger à Richard-Toll au
Nord-Est du Sénégal ou dans des bidons
en aluminium) ou sur des centres de
collecte équipés de tanks à lait réfrigérés
 ; le produit de la collecte est alors
transféré vers l’usine par des camions
citerne réfrigérés (exemple de l’ancien
rayon de collecte créé par Nestlé en
zone sylvopastorale sénégalaise).
On trouve aussi d’autre types de
dispositifs, comme des fromageries
utilisant du lait de vache ou du lait
de chèvre.
Au total, on constate un dynamisme
remarquable de la collecte du lait
local. Ce qui permet à la production
locale d’être en mesure de répondre
à la demande croissante en produits
laitiers, sans bouleverser les pratiques
et les niveaux de production.

Quel bilan ?
Les expériences de collecte
du lait en Afrique de l’Ouest, en dépit
d’un grand nombre « d’échecs », ont
permis d’initier de nouvelles dynamiques
de développement, marquées
par l’émergence en Afrique de l’Ouest
d’un réseau d’unités de transformation
laitière basées sur la pasteurisation du
lait cru (plus de 50 au Sénégal, collectant
le lait des élevages situés dans un
rayon de 25 km).
En dépit de la forte concurrence
des importations de poudre de lait, le
contexte d’évolution des mini laiteries
semble favorable du fait notamment
de l’accroissement de la demande en
produits laitiers. En effet, les mini laiteries
constituent des moyens de connexion
entre les zones de production
laitière et les marchés urbains. Elles
demeurent cependant limitées par leur
capacité à collecter des volumes plus
importants (notamment pendant la
période hivernale) et à les distribuer
dans des circuits plus longs. L’amélioration
des dispositifs de collecte et la
contractualisation avec des groupements
d’éleveurs bénéficiant d’appui
à la production (notamment amélioration
de l’alimentation des animaux)
permettront d’augmenter les volumes
transformés et de limiter les importations
massives par des niveaux de
protection temporaire à l’image de
l’oignon au Sénégal. La mise en place
de bonnes pratiques d’hygiène tout
au long de la filière est également un
enjeu important pour accroître les
revenus des producteurs et transformateurs
en limitant les pertes, pour
améliorer la durée de conservation
et les possibilités de distribution des
produits et pour assurer la santé des
consommateurs.
Par ailleurs, l’implication des industriels
dans la collecte du lait local
demeure un prélude à la croissance
de la production laitière. Les expériences
à la Laiterie du Berger au Sénégal,
où la collecte s’organise autour
de campements villageois structurés
en différents points que des pick-up
rallient deux fois par jour, reflètent
l’intégration des élevages du Nord du
Sénégal dans des circuits de commercialisation
 ; elles contribuent ainsi à la
formation de débouchés pour les petits
producteurs, particulièrement pour les
femmes Peuls qui jouent un rôle déterminant
dans la commercialisation
du lait dans cette partie du Sénégal. La
nouvelle dynamique basé sur la collecte
du lait, produit identitaire, est source
de développement territorial.

Un guide de
bonnes pratiques
d’hygiène pour
la
transformation
artisanale du lait
a été élaboré de
façon concertée
au Sénégal et au
Burkina Faso :
Broutin C.,
Diedhiou Y.
Dieng M., 2005.
Maîtrise de la
qualité dans la
transformation
laitière : guide de
bonnes pratiques
d’hygiène.
Dakar, Sénégal,
ministère de
l’Élevage,
Fenafils, Dinfel,
Uppral, 103 p.
www.gret.org/
ressource/pdf/
07686.pdf

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