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L’élevage africain, source possible d’une révolution alimentaire attendue ?

L’élevage ouest africain parviendra t-il à nourrir une
population en constante hausse ? Le chemin à parcourir
est encore long, mais les initiatives sont nombreuses et
encourageantes pour permettre aux éleveurs de répondre
à ce défi.

Les institutions internationales
attiraient fortement notre attention,
à la fin du XXème siècle, sur les
évolutions très rapides de la consommation
et de la production animales,
avec une étude prospective qui a fait
date : « L’élevage d’ici 2020 : la prochaine
révolution alimentaire » (Ifpri,
FAO, ILRI, 1999). Les auteurs y insistaient
sur une prochaine « révolution »
de l’élevage, à l’instar de la révolution
verte des années 80 pour l’agriculture.
Ils prévoyaient notamment, pour
faire face à ces enjeux dans les pays en
développement, « une ère de progrès
technologiques rapides, notamment
pour l’élevage industriel ».
L’Afrique de l’Ouest a subi les fortes
mutations évoquées dans cette étude :
accroissement démographique élevé,
exode rural et forte urbanisation, évolution
des modèles de consommation
alimentaire en ville. Elles ont provoqué
une rapide évolution de la demande
alimentaire, en quantité et qualité, notamment
dans le domaine des produits
animaux. Bien que cette demande soit
très explicite, les réponses à y apporter
semblent relever d’une combinaison
complexe de décisions politiques, de
stratégies commerciales et de dynamisation
du secteur de production.
Force est de constater, comme le soulignent
plusieurs auteurs de ce dossier,
que la modernisation du secteur élevage
en Afrique de l’Ouest tarde à se
généraliser.
Comme dans le reste du monde,
ce sont les espèces à cycle court qui
devraient permettre de répondre rapidement
et plus efficacement à cette
demande croissante — c’est le cas
des volailles et du porc, à l’exemple
de l’Asie. L’élevage porcin a apporté
des réponses dans nombre de pays et
le porc reste la première viande consommée
au monde. Malgré de sérieuses
contraintes pathologiques (peste
porcine africaine et plus récemment
le virus H1N1), l’élevage porcin est en
expansion en Afrique de l’Ouest et on
observe une intensification progressive des systèmes de production. Si elle n’est pas trop concurrencée par les importations,
la production avicole (oeufs et
poulets notamment) peut aussi contribuer
fortement, grâce à des systèmes
de production diversifiés, à l’offre de
protéines animales ; l’aviculture familiale,
en particulier, qui permet d’assurer
une meilleure alimentation des
campagnes, participe à la lutte contre
la pauvreté rurale.
La pisciculture représente, elle aussi,
une belle opportunité et une production
d’avenir qui pourra participer à la
sécurité alimentaire des zones humides
où les élevages « conventionnels » sont
confrontés à des contraintes sanitaires
fortes. Là encore, l’Asie a montré la
voie et l’Afrique possède aussi un réel
potentiel encore peu exploité.

Mais qu’en est-il des systèmes d’élevage
des ruminants, dont la viande et
le lait restent des produits privilégiés
pour les consommateurs africains ? La
situation des élevages de ruminants
(bovins, caprins et ovins), herbivores
valorisant de vastes pâturages naturels
subsahariens, est particulière car
elle s’inscrit dans des systèmes pastoraux
et agropastoraux très importants
aux plans socio-économique et
écologique.
Les systèmes pastoraux représentent
d’abord un mode de vie essentiel pour
les sociétés concernées ; ils permettent
aussi de valoriser de vastes espaces en
zones sèches, dans lesquels il existe peu
d’alternatives économiques à cet élevage
extensif naisseur ; ils participent
aussi largement, grâce à ce système, à
la fourniture d’animaux pour les zones
agricoles et pour la consommation des
villes. Le cadre législatif foncier de la
gestion des ressources et des espaces
pastoraux doit encore faire l’objet de
mises au point avec les acteurs du pastoralisme
et les organisations pastorales.
Les besoins sociaux des pasteurs
(santé, éducation, échanges) doivent
aussi être considérés, en tenant compte
de leur mobilité. Les mesures prises par les instances régionales (Uemoa
et Cedeao) en faveur de ces systèmes
d’élevage visent surtout à améliorer
les conditions de production (santé
animale, intrants…) et à stimuler la
commercialisation des produits animaux.
Les progrès à en attendre sont
réels mais ils ne peuvent être très rapides…
Dans les systèmes agropastoraux où
les productions animales sont intégrées
à l’agriculture, les perspectives d’évolution
sont plus importantes, mais les
mutations en cours sont parfois sources
de conflits autour de la divagation du
bétail, des vols d’animaux, des dégâts
dans les cultures provoqués par les
troupeaux et de la concurrence accrue
entre troupeaux d’agriculteurs
et d’éleveurs pour les pâturages. Ces
changements permettent néanmoins
une diversification des productions
animales et végétales et une intensification
raisonnée et autonome de ces
« systèmes mixtes ». L’évolution de ces
systèmes, bien amorcée dans certaines
régions d’Afrique subsaharienne, pose
des questions d’ordre législatif et réglementaire
d’une part et d’ordre technique
et organisationnel d’autre part.
Innovations techniques et organisationnelles
doivent donc aller de pair.
L’accompagnement des innovations
implique de mettre en place entre les
différents acteurs de nouvelles règles
contractuelles de gestion consensuelle
des ressources naturelles ; en effet, la
gestion par les éleveurs des territoires
d’élevage des ruminants ne peut être
dissociée de la gestion des territoires
des autres acteurs ruraux. Des conventions
locales entre tous les acteurs et
utilisateurs des territoires concernés
peuvent répondre à ces nouvelles exigences,
mais il faudra du temps pour
que les droits d’usage des pâturages et
des points d’eau se stabilisent.
Ces systèmes mixtes agriculture-élevage
prennent de plus en plus de
poids, en Afrique subsaharienne, pour
les productions animales et végétales,
vivrières et commercialisables. Le recyclage plus efficace des nutriments, la contribution de l’énergie animale (culture
attelée et transport), l’amélioration
de l’alimentation des animaux grâce
aux apports des cultures font partie
des synergies agriculture élevage qui
améliorent durablement la productivité
de ces systèmes mixtes.
La production laitière s’inscrit parfois
dans ces systèmes mixtes, mais elle est
aussi souvent associée à des dynamiques
péri-urbaines. Le lait, produit identitaire,
est non seulement un aliment noble,
caractéristique des sociétés pastorales,
mais aussi un aliment symbolique de
la tradition africaine, très prisé dans
les villes du Sahel. Une nouvelle dynamique
intégrative, au plan territorial
et au plan des acteurs de la filière, est
observée dans certaines régions : elle
est fondée sur la production et la collecte
du lait qui structure le territoire
et intègre les éleveurs dans les circuits
de transformation et de commercialisation
 ; l’élevage africain doit encore
augmenter sa part dans la fourniture
laitière nécessaire à la consommation
des villes : cela se fera dans le cadre d’un
développement intégré qui comprend
l’amélioration des infrastructures et
l’adoption de règles de concurrence
loyales et respectueuses de la qualité
des produits locaux.
Les initiatives sont nombreuses et
encourageantes pour permettre aux
éleveurs africains de répondre à la demande
en produits animaux locaux
dans leurs pays respectifs… Mais le
chemin à parcourir est encore long.
Les différents types d’éleveurs et de
systèmes d’élevage doivent y jouer des
rôles complémentaires, selon leurs situations
écologiques et socio-économiques
respectives. Enfin, comme cela
a été martelé par les interlocuteurs
plus institutionnels de ce dossier, ces
progrès ne pourront être à la hauteur
des enjeux régionaux que s’ils sont
épaulés par des politiques incitatives
adaptées.

Des éleveurs à la base
de marchés autogérés
au Bénin…

Les marchés à bétail autogérés
(MBA) au Bénin, développés dans
les années 70 à Gogounou, ont été
initiés par des éleveurs pour améliorer
la gestion et le fonctionnement
des marchés à bétail traditionnels.
Dans les MBA, les intermédiaires
ont pris la place de témoin « Seedêjo
 » pour faciliter et authentifier
les transactions directes entre éleveurs
et acheteurs. Une taxe (ex : environ
1500 FCA/bovin) sur chaque
transaction est prélevée permettant
ainsi le développement du marché et
la réalisation d’actions annexes. Ces
marchés s’inscrivent dans un cadre
légal et disposent de documents de
gestions et d’outils de marché (tickets
de transaction…). Des comités de
gestion regroupant tous les acteurs
concernés (éleveurs, agroéleveurs,
commerçants, chargeurs) assurent
leur gestion régulière. L’Udoper*,
organisation d’éleveurs, contribue
également à l’amélioration
des marchés en favorisant la vente
d’animaux sains, l’augmentation
du cheptel, etc. Les MBA ont ainsi
permis d’augmenter le revenu des
producteurs, d’apporter une transparence
dans les transactions et de
fournir des services d’élevage. Enfin,
les MBA au nombre d’une vingtaine
aujourd’hui au Bénin, illustrent
qu’une stratégie « gagnant-gagnant »
entre producteurs et commerçants/
intermédiaires est possible !

En complément de ce dossier :
un bulletin de veille spécial élevage

Le bulletin de veille (BDV)
nº 149 d’Inter-réseaux est consacré
au pastoralisme, à l’agropastoralisme
et à l’alimentation du bétail.
Dans les zones sahéliennes, le pastoralisme
est un système d’élevage
dominant, mais on observe également
un développement des systèmes
agropastoraux, résultant de pasteurs
nomades qui se sédentarisent et
d’agriculteurs qui associent l’élevage
à leurs activités.
Ces systèmes connaissent aujourd’hui
de nombreuses difficultés (accès
aux ressources fourragères et aux
aliments pour le bétail, non délimitation
des zones de pâturages, conflits
fonciers, etc.) dues pour l’essentiel à la
raréfaction croissante des ressources
naturelles, mais aussi à la faible prise
en charge du pastoralisme par les pouvoirs
publics (partie 1 du BDV).
Dans ce contexte, l’accès aux ressources
fourragères et à l’alimentation
pour le bétail est devenu pour les éleveurs
un épineux problème et constitue,
aux dires des principaux acteurs
du secteur, le grand défi qui se posera
dans les années à venir aux élevages
des zones sahéliennes (partie 2).
En ce sens, il apparaît nécessaire et
urgent de mettre en œuvre des stratégies
et instruments appropriés pour
une meilleure gestion des ressources
naturelles afin de préserver les ressources
indispensables pour l’alimentation
du bétail (partie 3).
Ce bulletin de veille traite également
de la question de la santé animale.
En effet, il est nécessaire d’avoir
une bonne prise en charge sanitaire
en vue de proposer sur le marché
régional des produits compétitifs et
sains (partie 4).
www.inter-reseaux.org/bulletin-de-veille/
article/bulletin-de-veille-no149

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