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Le renforcement des filières vivrières par l’aval : le cas de la Guinée Conakry

Est-il possible de renforcer l’agriculture et la commercialisation
sans prendre en compte l’aval des filières ? Un
exemple autour du riz en Guinée Conakry montre que l’économie
rurale en Afrique subsaharienne compte une grande
variété de métiers et d’acteurs complémentaires.

La Guinée est un pays qui produit
et consomme essentiellement
du riz, dans les quatre régions
« naturelles » qui composent le pays :
Guinée maritime, Guinée forestière,
plateau du Fouta Djalon et savanes de
Haute Guinée. Chaque année, la Guinée
produit environ 745 000 tonnes
de riz décortiqué
et importe autour
de 300 000 tonnes
de riz blanc asiatique.
Le riz apporte
ainsi près de 40%
des calories consommées
en Guinée
(consommation de
près de 90 kg par an
et par habitant).
Le challenge que
s’est fixé le gouvernement
depuis 15
ans est de réduire au maximum la
dépendance aux importations, en
augmentant la production mais aussi
en appuyant les acteurs de l’aval
des filières vivrières, constitués par
un tissu de petits commerçants et de
transformateurs artisanaux. Cette option
a apporté des résultats tangibles et
se révèle particulièrement pertinente
en cette période de cours mondiaux
élevés des denrées alimentaires.

Une démarche prenant en compte,
au-delà de la production, l’ensemble
de la filière.

Un objectif multiple. Il était question
de stimuler la production grâce à l’effet
d’appel généré par des commerçants et
transformateurs aux capacités financières
renforcées, et de construire des filières
vivrières longues entre les bassins
de production, parfois éloignés, comme
la Guinée forestière, et les grands centres
urbains de consommation. Mais
au-delà de la production, il s’agissait
aussi de développer l’emploi non agricole
en milieu rural et de renforcer
l’économie locale en créant des relations
entre commerçants, artisans et
institutions de microfinance.

Une stratégie non focalisée sur les
producteurs.
Trois projets se sont
succédés et ont appuyé dans la durée
quatre types d’acteurs : les meuniers
ou « décortiqueurs », les collectrices
de céréales opérant sur les marchés
villageois des zones de production,
les collectrices étuveuses des mêmes
marchés, les semigrossistes
opérant
sur les marchés dits
de regroupement et
quelques marchés
terminaux.
Les appuis proposés
combinent
renforcement des
capacités financières
et techniques.
Des crédits sur
mesure ont été testés
et diffusés pour
ces acteurs. Ils reçoivent en outre des
conseils techniques en matière de
transformation des produits vivriers
locaux et des conseils en gestion et
marketing. Tout un pack de services
est ainsi proposé à ces micro-entreprises
rurales.

Une implication de multiples acteurs
et fournisseurs de services.
Les services
apportés combinent l’action de plusieurs
organismes (en favorisant les
complémentarités des acteurs existants,
et sans faire de substitution) :
i) une cellule projet (Pnasa, puis Pasal
et Dynafiv) qui coordonne l’action et
anime une équipe de quarante agents
de suivi locaux issus du ministère de
l’Agriculture ou du SIM ; ii) deux
institutions fournissant du crédit et
du conseil : le Crédit rural de Guinée
et la Maison guinéenne de l’entrepreneur
 ; iii) la recherche agronomique
guinéenne, qui a mis au point des
matériels de transformation de produits
locaux ; iv) des associations de
forgerons, répliquant ces machines ; v)
et enfin des associations de commerçants
et de transformateurs dont les
membres reçoivent ces appuis.
Ces appuis se déploient désormais
dans près de 40 localités en Guinée,
et touchent plus de 600 personnes,
soit environ 15 à 20% des acteurs du
secteur.

Une démarche qui met en relation les
acteurs du marché et les banques locales.

L’action dans une localité démarre
par une étude du fonctionnement du
marché et de ses acteurs. Le Crédit rural
ou la Maison guinéenne de l’entrepreneur
(en fonction des localités) est
alors approché pour développer progressivement
une offre de crédit, qui
sera garantie par l’organisation de ces
acteurs en associations de caution mutuelle.
La Maison guinéenne de l’entrepreneur
intervient également pour
une série de formation en gestion et
marketing.

Pour aider les producteurs, ne pas
focaliser les appuis seulement sur
eux.

Des crédits court et moyen terme aux
acteurs de l’aval de la production.

Les types de crédits développés représentent
une véritable innovation
financière. Ils sont adaptés au cycle
d’activité des commerçants et des
transformateurs. On distingue deux
types de crédits.
D’abord, les crédits commerciaux,
d’une durée de 8 à 10 mois. Ceux-ci
proposent un fonds de roulement additionnel.
Ce fonds permet d’acheter
et de mettre en marché des produits
dont l’objet s’est progressivement étoffé
 : riz local au début, mais désormais
également arachide, huile de palme,
fonio, maïs… Le montant de ces crédits
varie entre 500 000 francs guinéens
(FG) et 4 millions de FG. Il touche
les collecteurs, collectrices étuveuses,
semi-grossistes. Ce montant est investi
en moyenne une dizaine de fois par le
commerçant (souvent une commerçante)
durant la campagne de commercialisation
qui s’étend d’octobre
à juin. Son taux d’intérêt mensuel de
3% est élevé, mais est supportable si
une rotation importante du fond est
opérée. Cela empêche toute stratégie
de spéculation sur un stock. Des tonnages
importants de produits vivriers
sont ainsi mis en marché.

Des crédits de plus long terme, sur deux
ans, ont également été mis au point et
distribués.
Ceux-ci permettent l’acquisition
de matériels de transformation.
Leur objet est varié : décortiqueur à
riz, moulin à maïs, presse à huile, machine
à étuver le paddy. Leur avantage
principal est de proposer des mensualités
sans remboursement du capital
durant la période de basse activité, de
juin à septembre. Ce calage sur le cycle
d’activité des artisans est à la base
du succès de ces crédits. Par ailleurs,
l’emprunteur achète un « package » :
le montant du crédit inclut, outre le
coût du matériel, celui du transport,
de l’aménagement du local (dalle de
béton et châssis au sol permettant de
coupler machine et moteur), et d’une
formation de départ à l’entretien. Le
montant varie de 250 000 FG pour une
machine à étuver à 2 500 000 FG pour
un décortiqueur à riz. Par ailleurs, les
crédits ont fait connaître ces matériels
dans certaines localités et des centaines
d’exemplaires ont été achetés « cash »,
notamment des décortiqueurs.

Le développement avec la recherche de
nouveaux équipements pour les étuveuses.

Il faut souligner l’appui original
qu’ont reçu les femmes pratiquant
l’activité de collecte et d’étuvage. Ce
segment est essentiel dans la filière rizicole
guinéenne car la majorité du riz
local consommé en Guinée est étuvé.
Ce passage à la vapeur précède le décorticage
du riz paddy et donne au riz
des qualités organoleptiques prisées du
consommateur guinéen. L’opération
d’étuvage enrichit le grain en protéines
et oligoéléments notamment. Par
ailleurs le riz étuvé présente un taux
de brisures très faible au décorticage :
des rendements en riz net de 75 à 80%
sont obtenus (au lieu de 65% avec du
paddy non étuvé). La diffusion de machines
originales, basées sur le principe
du couscoussier et l’adjonction d’un
foyer amélioré, ont permis d’améliorer
drastiquement la productivité
du travail, le confort des opératrices
(moins de brûlures) et la qualité du
riz, par rapport au système associant
fût métallique simple et foyer « trois
pierres » traditionnel. La recherche
agronomique guinéenne a joué un
grand rôle dans le développement et
la diffusion de ces équipements. Elle
travaille désormais sur d’autres produits
 : décortiqueur à fonio, malaxeur
à noix de palme…

Au bilan, un volume de riz commercialisé
accru et la création d’emplois
ruraux variés.

La combinaison de ces
appuis et de ceux investis dans la production
a permis de booster la filière
rizicole locale en Guinée. On estime
que 120 000 tonnes de riz local sont
désormais mises en marché contre 30
à 50 000 il y a dix ans. Le parc de décortiqueurs
est passé de 200 à 1 000
unités sur le territoire, créant de l’emploi
en milieu rural. Les revenus des
commerçantes de produits locaux ont
augmenté, grâce à une offre individuelle
de crédit « fond de roulement »
qui augmente chaque année. Des relations
durables ont été nouées entre
ces acteurs, des services de l’État (la
recherche) et des prestataires de services
en milieu rural, avec en première
ligne les institutions de micro-finance.
Enfin, les rencontres périodiques
organisées entre des OP des bassins
de production et les acteurs de l’aval
ont jeté les prémisses d’organisations
interprofessionnelles sur cette filière
riz.


Le commerce de détail et les services dominent
l’emploi salarié non agricole en zone rurale
Le commerce de détail et les services
fournissent 60 à 75% des
emplois salariés non agricoles dans
les régions rurales. Une différence est
à noter entre ces deux secteurs : alors
que le commerce de détail est principalement
composé d’indépendants,
l’emploi dans le secteur des services
est majoritairement salarié. D’après
le graphique, l’emploi dans le secteur
manufacturier reste minime mais il
a tendance à s’accroître dès lors que
les activités rurales se développent
et que les liens entre milieu rural et
milieu urbain se renforcent.
Source : Rapport de la Banque mondiale
2008. Chapitre 9. p.252

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