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Une Plate-forme riz pour des concertations constructives

La Plate-forme nationale des riziculteurs du Mali est officiellement
née le 19 janvier 2008. Pour autant, cette jeune structure
a fait preuve de maturité, se donnant le temps de la construction
pour mieux défendre les intérêts de ses membres et devenir le cadre
de concertation incontournable des OP rizicoles maliennes.




Article rédigé à partir d’une note de Patrick Delmas (Afdi AO) en ligne sur notre site : www.interreseaux.org/article.php3 ?id_article=2775, complétée par un entretien de la rédaction avec Faliry Boly,
président du Sexagon, président de la Plate-forme riz.

En février 2006, les producteurs de riz du
Mali se sont retrouvés à Niono, à l’invitation
du Sexagon, pour la « fête du riz ». Au cours
de cette rencontre, les représentants des riziculteurs
se sont donné rendez-vous plus tard pour mettre en
place une Plate-forme des producteurs de riz. Depuis
un moment « l’approche filière » est présentée comme
incontournable pour la structuration des producteurs.
Au Mali, la Loi d’orientation agricole alors en
préparation (adoptée en septembre 2006) prévoit une
politique de promotion des filières, une concertation
entre les acteurs spécifiques de ces filières et la mise
en place d’interprofessions.
Dans la sous-région, le Réseau des organisations
paysannes et des producteurs de l’Afrique de l’Ouest
(ROPPA) se redimensionne pour répondre à cette nécessité
de concertation par filière. En développant un
plaidoyer sur le riz, il encourage les producteurs de
riz de chaque pays membre à se réunir en plate-forme
nationale ou en fédération de riziculteurs.
Faliry Boly : « À ce moment-là nous nous sommes
réunis avec des membres du Roppa du Bénin, du Burkina
Faso, de la Guinée, du Niger et du Sénégal. Le
Roppa, avec l’Oxfam, était à l’époque très investi dans
la campagne “Afrique nourricière”. Mais pour nous
il était très important que nous, producteurs de riz,
soyons à l’initiative d’un tel projet.
 »
Au Mali, les OP productrices de riz membres de
l’AOPP demandent à cette organisation faîtière de
préparer, organiser et piloter
la démarche. Des responsables
du Sexagon et de l’AOPP
accompagnés des Chambres
d’agriculture organisent plusieurs
rencontres préparatoires
dans les différentes
régions afin d’expliquer les
objectifs de la démarche,
d’identifier les OP productrices de riz et de leur permettre
d’envoyer des délégués dûment mandatés et
capables d’engager leurs organisations.
En mars 2007 à Niono, des délégués des organisations
de producteurs rizicoles de l’ensemble du Mali
approuvent la création d’une Plate-forme nationale
des riziculteurs. Ils en déterminent la vision, les missions
et la charte.
À l’unanimité, les délégués présents optent pour
la mise en place de structures régionales.
Les assemblées pour la création des plates-formes
régionales se dérouleront dans le courant de l’année
2007. Les représentants de ces plates-formes régionales
se retrouvent le 19 janvier 2008 à Bamako pour
créer officiellement la Plate-forme nationale des riziculteurs
du Mali.
FB : « La Plate-forme regroupe 6 plates-formes régionales.
La Plate-forme nationale, qui n’a pas de
fonds propres, joue un rôle de coordination et de
représentation nationales.
 »

Pourquoi les producteurs rizicoles ont-ils créé leur
Plate-forme ? Comment va-t-elle fonctionner ?

L’objectif
de la plate forme est d’une part d’oeuvrer pour
assurer aux exploitations rizicoles un revenu décent
de leur activité et d’autre part d’offrir un cadre de
concertation, de promotion et de renforcement des
organisations membres.
FB : « La Plate-forme dispose d’un bureau, dont j’ai
été élu président, et d’un Conseil d’administration
qui s’est réuni tout récemment (les 13-14 novembre
2008) à Bamako. La réunion de CA a décidé de la
création de deux structures :une structure en charge de l’approvisionnement
en engrais (structure de type “groupement” s’occupant
de la demande et de l’offre) ; un comité de concertation où différentes structures
sont invitées : Office des produits agricoles du Mali
(Opam), ministère, Commissariat à la sécurité alimentaire,
direction nationale de la Concurrence
et la Réglementation, AOPP, CNOP, APCAM. 
 »
Pourquoi ces deux structures ?
FB : « Tout d’abord il faut dire que nous ne souhaitons
pas que la plate-forme soit impliquée en tant
que telle dans l’approvisionnement en engrais, même
si elle a prévu de travailler pour une meilleure information
de ses organisations membres sur les prix,
les marchés, et autres informations nécessaires pour
faciliter les approvisionnements. On a vu de nombreuses
OP trébucher sur des questions impliquant
la gestion de l’argent des intrants.
Pour ce qui concerne le comité de concertation, il
répond à un besoin très important en matière d’information.
Lors de la mise en place de la plate-forme
régionale de Tombouctou, nous avons constaté
que les producteurs avaient encore des stocks. De
même, l’organisation paysanne Faso Jigi disposait
de stocks conséquents tandis qu’au même moment,
le gouvernement craignant la pénurie faisait en
sorte que les importations de riz soient facilitées. Le problème actuel au Mali est que les producteurs
ne disposent ni des moyens d’évaluer avec fiabilité
et régularité leurs stocks, ni de la capacité à communiquer
ces données. Ainsi, si la direction nationale
de la Concurrence et de la Réglementation dispose
d’estimations précises des stocks en riz au niveau
des commerçants, des douanes et des ports, elle n’a
aucune information sur les stocks dont disposent
les producteurs, qui sont pourtant énormes ! Nous
souhaitons aider les paysans à mieux connaître leurs
stocks pour mieux les communiquer au gouvernement
et ainsi être défendus. L’objectif est d’éviter les
mesures de baisses de droits de douanes visant à faire
rentrer le riz importé à bas prix pour des raisons de
sécurité alimentaire.
Nous allons donc mettre en place des formations à
la collecte d’information sur les stocks, avec l’appui
de la direction nationale de la Concurrence.
 »
Progressivement, la Plate-forme nationale des riziculteurs
ambitionne de devenir un interlocuteur
reconnu et impliqué dans les processus de définition
des politiques de développement du monde rural en
général et de la riziculture en particulier, aux plans
national, sous-régional et international.
FB : « Tous les ministères concernés étaient présents
lors de la création de la Plate-forme, et la
présidence a été représentée.
 »

Rechercher comment avoir un
marché plus stable.

Les producteurs
souhaitent avoir des
prix rémunérateurs et dans le
même temps, les consommateurs
souhaitent avoir des prix
relativement bas pour permettre
un accès à une alimentation
de base pour tous.
Ainsi une équation à plusieurs
variables doit être résolue
au niveau national. Il s’agit de
(i) permettre aux riziculteurs
maliens d’obtenir un prix rémunérateur
pour leur travail ;
(ii) accompagner le développement
de la riziculture malienne
pour répondre durablement à
l’augmentation de la demande
nationale ; (iii) garantir un prix
abordable pour les consommateurs
 ; (iv) assurer une politique
de sécurité alimentaire à travers
la constitution de stocks.
En somme, il s’agit d’amortir
les fluctuations du marché
dans l’intérêt tant des producteurs
que des consommateurs.
Une gestion concertée du
marché entre les producteurs,
les agents intervenant dans
la commercialisation, l’État
et les importateurs pourrait
permettre d’atteindre cet objectif
d’intérêt national de stabilisation générale du
prix du riz au Mali.
Depuis plusieurs années, le Mali connaît une « bataille
de chiffre » aussi bien sur les productions que
sur les rendements, les importations sans parler des
coûts de production des riziculteurs. Il ne sera pas
possible de définir les politiques nécessaires pour
une meilleure stabilisation du marché sans données
fiables.
Pour ce faire, la Plate-forme des riziculteurs entend
disposer d’une information précise et vérifiable sur
la production ; d’une estimation fine de la demande
nationale avec un éclairage sur les rapports de substitution
dans la consommation entre les différentes
céréales ; de leviers clairement identifiés pour gérer en
connaissance de cause une politique d’importation
ou de stockage. L’identification de ces leviers et une
meilleure connaissance de leur fonctionnement devraient
permettre de proposer et négocier avec l’État
et les autres acteurs de la filière une meilleure gestion
du marché en proposant des outils appropriés. On
suivra donc les avancées de cette nouvelle plate-forme
avec la plus grande attention.

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