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OGM, du Mali au Burkina Faso, quels enjeux ?

Où en est-on avec les OGM en Afrique de l’Ouest ? Alors
que le Mali adoptait une loi sur la biosécurité controversée
en novembre dernier, le Burkina Faso a introduit le coton
OGM. GDS donne la parole à A.-F. Samaké, membre de la Copagen
et A. Legile (AFD), qui a assisté au forum coton OGM
organisé à Ouagadougou (Burkina Faso).



Entretien avec Assétou Founè Samaké, [email protected], biologiste
généticienne à l’Irpad, membre de la Coalition pour la protection du
patrimoine génétique africain (Copagen Mali), membre du comité
d’animation de la Copagen régionale.
www.irpadafrique.org


Grain de sel : Alors que le Mali a longtemps semblé
mobilisé contre une législation pour les OGM, voici
qu’en novembre le parlement a adopté la loi sur la
biosécurité au Mali. Comment expliquez-vous ce revirement,
et pouvez-vous nous expliquer ce qu’est la
loi sur la biosécurité ?


Assétou Founè Samaké : La loi sur la biosécurité
n’est rien d’autre qu’une autorisation pour permettre
à tous ceux qui ont la technologie OGM dans le
monde de faire des OGM au Mali. C’est la couverture
juridique que le Mali offre aux multinationales.
Le « revirement » que vous constatez s’explique par
plusieurs facteurs. Avant tout, il faut rappeler que
l’Assemblée nationale malienne qui a voté la loi sur
la biosécurité venait d’être renouvelée. Or s’il est
vrai qu’un réel travail de fond avait été mené avec
les anciens députés (nous avions eu des échanges
soutenus avec les députés, et fait un profond travail
de sensibilisation et de formation), les nouveaux députés
n’ont pas été informés et formés à temps. La
configuration politique de l’Assemblée nationale a
également changé. Il y avait auparavant au sein du
parlement sortant une connaissance et une vision
critique sur le sujet, ce qui lui a permis de prendre
du recul face à la question. Une autre dimension de
ce revirement provient du fait que les pro-OGM ont
mené une stratégie très offensive, avec des appuis
inattendus au niveau de la société civile.
Enfin, je rappellerai le contexte politique international.
Nos États n’ont pas beaucoup de marges
de manoeuvre. Un simple rappel, voilà trois ans de
cela, quand notre président a tenu tête à la Banque
mondiale en refusant de baisser les prix du coton
négociés avec les producteurs il a eu bien du mal à
résister, et l’année suivante, il s’est rangé... Sur les
OGM c’est la même chose. Notre président avait
voulu se donner du temps pour comprendre les
enjeux, analyser, mais les élections ont précipité le
vote de la loi sur la biosécurité.

GDS : Quels sont les principaux points de désaccord
entre les défenseurs des OGM et leurs opposants au
Mali ? Comment la Copagen met-elle en place son activité
sur le plan national ?


AFS : La question primordiale est de savoir si nous
souhaitons répondre en priorité à nos besoins ou aux
exigences internationales. Les partisans des OGM refusent
de se poser la question en ces termes, pourtant
c’est bien de cela qu’il s’agit. On ne peut se contenter
de regarder les OGM comme une technologie, il faut
les prendre dans leur globalité, dans leur logique. La
« logique OGM » c’est la privatisation, une technologie
faite ailleurs, qui n’est pas à notre portée tandis
que notre logique donne la priorité à nos propres
ressources et à nos propres besoins. Il faut ainsi intégrer
tous les enjeux, socioculturels (organisation
du monde paysan, semences), politiques (nous avons
une loi d’orientation agricole), institutionnels (situation
de notre recherche).
Au niveau de la Copagen le point fort est la mutualisation
de nos moyens. La Copagen compte des
membres dans tous les pays de l’Uemoa plus la Guinée
Conakry. Partout, nous mettons l’accent sur l’information
et la formation, usant au maximum des
langues nationales. Nous travaillons au maximum
avec les organisations (ONG, associations, etc.) qui
travaillent sur la même ligne que nous, développant
ainsi une forme de « diplomatie non gouvernementale
 ». Nous faisons aussi un vrai travail de proximité.
Le dialogue politique avec nos décideurs politiques
et d’autres leaders fait aussi partie de nos stratégies
d’intervention. Il est question de l’autonomie de nos
États mêmes.
Notre organisation est la même sur les plans national
et régional. Peuvent être membres les individus
comme les structures qui ont la même pensée que
nous et ont une action en matière d’agriculture, semences,
brevets, droits de propriété. Il n’y a pas de
cotisation à régler. Pour chaque activité, nous nous
réunissons et voyons qui peut apporter quoi. Nous
avons expressément tenu à ce qu’il n’y ait pas de président,
pour échapper aux questions de leadership
souvent problématiques en Afrique. Nous avons
ainsi une organisation tournante que ce soit pour
les activités ou les responsabilités. Nous recevons
des appuis émanant de structures qui ont la même
pensée que nous. Au Nord par exemple nous avons
eu l’appui de SwissAid. La Suisse, où se trouve le
siège de Syngenta, a signé un moratoire de dix ans
prohibant l’usage des OGM... Dans la sous-région,
une structure comme Inades formation, qui travaille
depuis plus de 30 ans pour des agricultures durables,
est aussi très impliquée.


Auteur : Anne Legile, Agence française de
développement (AFD), [email protected]

Le Comité d’orientation et de suivi du Partenariat
Union européenne-Afrique sur le coton
a organisé, à Ouagadougou (Burkina Faso) du 16 au
18 septembre 2008, un séminaire sur le coton génétiquement
modifié. Une rencontre qui a permis
de traiter d’un problème complexe, porteur d’idéologies
fortes.
Le Burkina Faso est le seul pays d’Afrique de l’Ouest
à avoir expérimenté la culture de coton OGM en
plein champ, à partir de variétés locales croisées avec
une variété dans laquelle a été introduit le gène Bt.
Cependant à ce jour, aucun résultat probant portant
sur une surface conséquente n’a pu être présenté, les
conditions climatiques de l’année 2007 s’étant révélées
désastreuses. En 2008, 8500 ha auraient été semés à
des fins de production semencière ; les rendements
ne sont pas encore connus.
Les acteurs de la filière burkinabè souhaitent, grâce
à l’utilisation de cette technologie, améliorer leur
compétitivité vis-à-vis des pays qui ont déjà adopté
le coton Bt (comme les États-Unis ou l’Inde).

Coton OGM : des intérêts constatés...
Les présentations
de l’atelier ont montré un impact positif du
coton Bt sur le rendement (mais avec de très fortes
variations : de 0 à plus de 70% d’augmentation suivant
les contextes) et la réduction de l’emploi des pesticides.
Ce dernier aspect est très prisé des producteurs. En
effet, outre la baisse des coûts engendrés, la diminution
des traitements (de 6 à 2 au Burkina Faso), provoque
surtout une moindre pénibilité du travail et des conséquences
bénéfiques sur la santé humaine.

... mais des interrogations subsistent
Les questions
qui demeurent et les conditions nécessaires à une
valorisation maximale du coton OGM en Afrique
ont elles aussi été discutées. Sur le plan technique, le
coton Bt n’est pas une assurance rendement : la protéine
n’est pas efficace contre tous les ravageurs du
coton et elle ne s’exprimera correctement qu’avec une
bonne fertilisation et en l’absence de stress hydrique.
Par ailleurs, les effets négatifs tels que la résistance
du prédateur principal ou la baisse de la biodiversité
peuvent apparaître à moyen terme. En tout état de
cause, l’utilisation du coton Bt est à raisonner comme
un des outils parmi d’autres de protection du cotonnier
contre les insectes. Elle ne doit pas conduire le
producteur à baisser sa vigilance et à abandonner
ses observations qui sont notamment à la base de la
LEC (lutte étagée ciblée).
Davantage que sur les aspects techniques, la culture
de coton Bt en Afrique interroge sur les plans
économique, institutionnel et organisationnel.
Le coût de la semence est une donnée essentielle
de la rentabilité de la culture. Au Burkina Faso, elle
est actuellement vendue bien en deçà du prix de revient
et les négociations avec Monsanto ne sont pas
terminées.
Sur le plan institutionnel, la question de la souveraineté
des pays et producteurs africains face aux
firmes privées qui ont développé la technologie, a été
posée. Le Burkina Faso a choisi un processus qui lui
permet de rester propriétaire de la variété génétiquement
modifiée (le gène appartenant à Monsanto).
Toujours dans les questions qui ont été évoquées,
celle des adaptations possibles des cultivars aux
conditions locales de production et celle du choix
possible pour les producteurs de planter du coton
OGM ou non OGM...
Enfin, la question du contrôle et de la traçabilité
sera certainement plus complexe à résoudre en Afrique
qu’aux États-Unis. Il est impossible de détecter un
coton Bt par une analyse de la fibre, seul le contrôle
des semences et des mises en culture peuvent renseigner
sur les surfaces OGM. En petite production
paysanne africaine, il sera très difficile de parvenir à
une fiabilité de 100% sur un tel suivi. De même comment
gérer les zones refuges (pourcentage de surface
consacré à des cultures non OGM afin d’éviter les
phénomènes de résistance) ? Va-t-on imposer à certains
producteurs dans les villages de ne pas faire de
coton OGM (avec quel dédommagement ?) ?
Le risque serait que l’intérêt du coton Bt, observable
à court terme, occulte les actions déjà menées
(et à poursuivre) afin d’agir sur les autres leviers
techniques, économiques et organisationnels de la
compétitivité des filières coton africaines.
L’expérience burkinabè en matière de production
de coton OGM sera dans tous les cas intéressante à
suivre et à analyser.

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