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Les défis de l'agriculture à moyen terme

Les spectaculaires augmentations des prix des produits
agricoles ont relancé les débats sur la sécurité alimentaire
mondiale et les inquiétudes sur la capacité de la planète à
nourrir une population croissante. Au-delà des mesures prises
actuellement pour conjurer la crise, qu’en sera-t-il réellement
à terme ?

À l’horizon de 2030, les principales
forces motrices de
la question alimentaire et
agricole mondiale sont multiples :
accroissement démographique mondial,
changement climatique, questions
énergétiques, transition alimentaire
¹ dans les pays émergents,
règles des échanges internationaux
et stratégies des pays ou groupes de
pays, sciences et technologies disponibles
pour l’agriculture, etc. Un
regard détaillé sur quelques-uns de
ces déterminants permet de mieux
comprendre les enjeux d’avenir dans
ce domaine.

Une démographique galopante, source
de besoins alimentaires croissants.

La combinaison de la croissance de la
population ², de sa composition et des
modifications du régime alimentaire
conduit à de fortes augmentations
des besoins alimentaires. Ainsi par
exemple, sur la période 2000 à 2030
+ 148 % en Afrique subsaharienne, +
85 % en Asie du Sud, + 82 % au Proche-
Orient/Afrique du Nord.

Le véritable enjeu est de savoir
comment l’on peut faire face à cette
augmentation de la demande.

Des terres disponibles, mais cultivables
 ?
Alors que 1,6 milliard d’hectares
sont aujourd’hui cultivés et que
4,15 milliards sont considérés comme
« propres à l’agriculture » par la FAO,
il apparaît que la prise en compte des
forêts, des zones naturelles et de l’emprise
humaine conduit à des « réserves
foncières véritables » comprises entre
700 millions et 1,2 milliard d’hectares,
principalement en Amérique du Sud et
en Afrique subsaharienne. L’emprise
de la croissance des villes, d’ici à 2030,
devrait être limitée à 1,875 millions
d’hectares.

On n’aurait donc pas, globalement,
de problème de disponibilité en terres.
Mais la mise en valeur agricole de terres
nouvelles sera, localement, plus ou
moins facile, en fonction de la fertilité
naturelle et des conditions climatiques,
des difficultés d’accès et de la résolution
des problèmes de droit foncier et
d’accès à la ressource en eau.

Y a-t-il vraiment concurrence entre
les cultures énergétiques et les cultures
alimentaires ?
Des projections
très récentes de l’Inra aboutissent pour
2020 à une surface cultivée de 65,7 millions
d’hectares, correspondant aux
carburants de première génération.
Ces surfaces sont faibles par rapport
à l’étendue des terres disponibles et
semblent donc inscriptibles dans le
paysage mondial.

Ceci doit être nuancé par la prise en
considération des différents potentiels
de production selon les latitudes et les
cultures concernées. La production
de bio-énergies dans certains pays en
développement peut s’avérer favorable
à une diversification des sources
d’énergie pour des besoins locaux. Il
n’en reste pas moins que les biocarburants,
dans leur ensemble, participent
au « choc de demande » expliquant
l’augmentation des prix.

Incertitude climatique et risques sanitaires.
Même si le changement climatique
peut conduire à une certaine
augmentation des rendements ou de la
productivité des prairies en Europe du
Nord et en Amérique du Nord, la fréquence
accrue d’événements adverses
et d’épisodes de sécheresse font planer
de lourdes incertitudes sur ces agricultures
performantes. De même, l’augmentation
des risques de sécheresse
dans les régions tropicales, et dans la
région méditerranéenne, conduisent
le Groupe intergouvernemental d’experts
sur l’évolution du climat (Giec)
à souligner que « l’Afrique est le continent
le plus vulnérable ». Les rendements
agricoles pourraient y baisser
de 50 % dès 2020.

Le changement climatique peut augmenter
les risques de maladies végétales
et animales (maladies émergentes
ou ré-emergentes). Ces risques sont
accentués par l’augmentation des flux
commerciaux de denrées alimentaires
au plan mondial. Il faut donc considérer
qu’une stratégie d’adaptation de
l’agriculture (variétés, équipements)
est nécessaire. Or il est difficile d’amener
le secteur agricole à anticiper sur
de tels horizons ou à s’adapter à des
phénomènes aléatoires.

Quelle stratégie doit-on dès lors
adopter ? Peut-on spécialiser certaines
zones et s’en remettre aux échanges
internationaux ? Faut-il chercher à
augmenter les rendements dans toutes
les zones ? Faut-il des politiques agricoles,
alimentaires et commerciales
pour réguler cet ensemble ?

Augmenter les rendements : une
nécessité.
Si l’on considère, comme
la FAO et l’OCDE, que la nécessaire
augmentation de la production agricole
doit provenir pour les 2⁄3 de l’augmentation
des rendements, la question des
ruptures technologiques, au premier
rang desquelles les OGM, se pose immédiatement.
Or, pour l’amélioration
des plantes, il existe plusieurs technologies
alternatives à la transgénèse. Cette
dernière reste associée à un modèle
de production basé sur des intrants,
et à la propriété industrielle, écartant
de fait les systèmes traditionnels (semences
paysannes) et concernant en
fait très peu les espèces cultivées à des
fins vivrières.

La recherche d’une augmentation
des rendements peut se heurter à des
problèmes environnementaux. Ainsi,
les techniques culturales liées à la « révolution
verte » montrent aujourd’hui
des limites (salinisation, biorésistances,
dégradation de certains sols), et l’intensification « sans précaution »
renvoie aux questions de surpompage
des eaux souterraines ou libres
ou encore de pollutions des eaux par
les résidus des engrais, des produits
phytosanitaires ou par les déchets
des élevages.

Par ailleurs, les coûts de production
agricole augmentent, compte tenu du
coût de l’eau et de sa rareté, et surtout
des prix élevés de l’énergie fossile. Ces
augmentations des coûts de production
apparaissent acceptables dans les
pays développés, si des prix agricoles
élevés se maintiennent sur la durée ;
elles sont en revanche problématiques
dans nombre de pays en développement
déjà handicapés par de multiples
freins à la compétitivité.

Les innovations agronomiques
ont donc un rôle capital à jouer que
ce soit :
- par l’optimisation du potentiel des
plantes et des animaux ;
- par les technologies de l’information
pour l’agriculture de précision ;
- par les techniques culturales de « révolution
doublement verte », utilisant
les mécanismes du vivant pour en
intensifier le fonctionnement (« agriculture
écologiquement intensive »),
et rechercher une adaptation au changement
climatique. Ces techniques
comprennent notamment le non-labour,
la protection des cultures par
des méthodes ciblées et biologiques,
le renforcement de l’activité de micro-
flore bactérienne des sols, etc.

Ces voies de progrès ne pourront
être suivies qu’à la faveur d’efforts budgétaire
et humains particulièrement
intenses dans le cas de l’Afrique. Il
convient de les engager dès aujourd’hui
et de les inscrire dans la durée.

Des prix élevés et volatils en appellent
plus que jamais à des politiques
agricoles volontaristes.
Les analyses
de l’OCDE/FAO (avril 2008) sur les
niveaux des prix de marché internationaux
à l’horizon 2020, par rapport
à la période 1998-2007, montrent un
véritable choc de prix sur quinze ans,
qui se traduit par des augmentations
significatives sur tous les produits
agricoles (par exemple : blé, maïs,
poudre de lait : + 40 à 60 %, viandes
de porc et de boeuf : + 20 %, beurre et
graines oléagineuses : + 60 %, huiles
végétales : + 80 %).

De plus, non seulement pour la
décennie qui s’amorce mais sans
doute aussi au-delà, les prix seront
plus volatils. En effet, les stocks ne
seront pas reconstitués rapidement,
les aléas climatiques seront plus importants
que par le passé. La demande
solvable, qui porte de plus en plus sur
des produits transformés, sera plus
rigide, car moins sensible au prix des
matières premières. Enfin, les fonds
spéculatifs, quand ils s’intéressent à
ces marchés, amplifient les variations
des prix.

Dans ce contexte de prix élevés
et volatils, des échanges internationaux
resteront indispensables pour
combler des déficits alimentaires. La
question se pose de savoir si l’on doit
s’en remettre entièrement aux marchés
mondiaux (i.e. aux grands pays
exportateurs principalement l’Argentine,
l’Australie, le Brésil, le Canada
et les États-Unis) pour faire face aux
besoins alimentaires accrus. Faudraitil
penser que les pays non autosuffisants
disposeront tous des ressources
pour acheter leur nécessaire alimentaire
sur ces marchés ? En matière de
développement rural et de lutte contre
la pauvreté, les agriculteurs des pays
en développement, non compétitifs
en termes de coûts de production,
doivent-ils en majorité migrer vers
les villes, ou vers l’étranger ?

En fait, il apparaît plus que jamais
nécessaire, dans les pays les plus vulnérables,
de mettre en oeuvre des politiques
agricoles de développement ayant
pour objectif de relancer la production
vivrière, avec des moyens donnés aux
« agricultures familiales » et des protections
par rapport à la volatilité des
marchés internationaux.

Le développement de la production
agricole dans les pays vulnérables suppose
ainsi de nombreuses actions coordonnées
 : garantir et sécuriser l’accès
à la terre ; faciliter l’accès au crédit ;
aider à la création d’organisations de
producteurs (gestion de l’offre, services
aux agriculteurs, représentation) ;
investir dans le potentiel humain, avec
des formations techniques et économiques
des agriculteurs ; investir dans la
recherche agronomique, avec le relais
de services de vulgarisation co-gérés
par les agriculteurs ; construire des
infrastructures permettant de réduire
les coûts de transaction dans la mise
en marché des produits agricoles locaux
 ; mettre en oeuvre des politiques
adéquates pour réduire la volatilité
des prix des produits alimentaires
de base.

L’agriculture occupe un rôle stratégique,
au coeur des principaux problèmes
du monde globalisé, car elle concerne
non seulement la problématique de la
sécurité alimentaire, mais aussi celles
des ressources naturelles, des questions
énergétiques, de la pauvreté, du peuplement
et des migrations. Sa vulnérabilité
au changement climatique, ajoutée
aux nécessaires augmentations de
production confère un rôle majeur à
l’innovation dans l’évolution des pratiques
culturales ainsi qu’à des politiques
agricoles volontaristes et, bien
entendu, inscrites dans la durée.

1. On entend par « Transition alimentaire »
l’augmentation de la consommation de
protéines animales, d’huiles et de sucre au
détriment des céréales et des tubercules.

2. Sur la première moitié du XXIe siècle, la
population mondiale augmentera le plus
rapidement entre 2015 et 2030, passant de
7,2 à 8,27 milliards d’êtres humains.

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