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Editorial : Difficultés de prise en compte des contre pouvoirs

Grain de sel souhaite partager avec
vous sa préoccupation relative à deux
événements récents qui illustrent une
dégradation des relations entre pouvoir et société
civile. Au Cameroun, Bernard Njonga,
président de l’Association citoyenne de défense
des intérêts collectifs (Acdic), directeur
des publications de La Voix du paysan était
interpellé le 10 décembre 2008 par la police
au cours d’une manifestation contre la corruption.
Interrogé puis placé en détention, il
devait rester enfermé 24 heures. Son crime ?
Avoir dénoncé les détournements de subventions
destinées aux paysans.
Au Sénégal, le CNCR s’est vu évincé de toute
concertation par le ministère de l’Agriculture,
pour avoir participé à des rencontres
organisées par l’opposition au pouvoir et la
société civile.
Si ces deux événements ne sont pas comparables
sous bien des angles - l’Acdic n’est
pas une OP, le Cameroun n’est pas le Sénégal,
etc. - le fait qu’ils arrivent en même temps
nous amène à réfléchir. Pourquoi ces raidissements
des pouvoirs publics ? Plusieurs lectures
sont possibles.
On pourrait y voir le fait que désormais, les
acteurs qui défendent le monde rural portent
une voix qui pèse. En tant que tels, ils sont
de potentiels éléments perturbateurs pour
le pouvoir. Leur maturité en fait des acteurs
incontournables mais dérangeants que les
puissants souhaitent maîtriser.
On pourrait aussi y voir une fragilité de
ces mouvements, dont l’assise et les soutiens
ne sont pas suffisants pour les placer hors de
portée de l’ire de gouvernants n’acceptant pas
la contestation. Rappelons qu’ils sont surtout
porteurs d’une parole libre puisqu’elle dérange,
et à ce titre qu’ils méritent d’être entendus
et pris en compte dans des concertations
constructives.
Une question émerge quoi qu’il en soit, celle
du poids politique des paysans en Afrique et
donc celle de leurs rapports avec le pouvoir.
Si longtemps majorité ignorée, ils sont souvent
devenus des interlocuteurs privilégiés
des pouvoirs publics, C’est leur organisation
toujours plus forte qui leur permettra de gagner
en puissance et d’apporter une voix reconnue
au sein des sociétés civiles - citoyens,
consommateurs, producteurs. « Je savais pertinemment
que mon combat me conduirait un
jour là où je suis », a déclaré Bernard Njonga à
sa sortie de prison. « Mais je n’ai pas l’intention
de m’arrêter. Je continuerai à défendre les
petits paysans ». Dernière minute : les choses
s’arrangent officiellement au Sénégal. Mais les
problème de fond ont-ils été traités ?

La rédaction, [email protected]

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1 commentaire

  • 25 mai 2009 18:48:30 Supprimer

    Dans l’éditorial du Grain de sel 44, on fait mention des difficultés entre le Conseil national de concertation et de coopération des ruraux (CNCR) et les pouvoirs publics au Sénégal. Sur la question du "poids politique des paysans et de leurs rapports avec le pouvoir", je trouve qu’il n’est pas judicieux de poser le débat uniquement sur la logique de la confrontation, mais qu’il faut plutôt analyser les dynamiques qui sont ponctuées en général de relations plutôt "froides" ou plutôt "chaudes" en fonction des enjeux et des moments.
    Depuis, la "réconciliation" entre le CNCR et le ministre a eu lieu. Aujourd’hui, ce ministre signataire de la lettre de suspension du CNCR n’est plus dans le nouveau gouvernement récemment constitué (le 1er mai 2009). Une page de "confrontation – réconciliation" vient d’être tournée avec ce départ. Cependant, au-delà de la personne, ce sont les rapports entre l’Etat et le mouvement paysan qu’il faut analyser.
    Plus qu’une lecture d’une succession de combats, il faudrait plutôt voir l’enjeu de la reconnaissance de la légitimité des acteurs paysans et la nécessité d’une concertation fructueuse avec l’Etat.
    Avec le nouveau gouvernement, le développement rural est éclaté en "divers morceaux" : un ministère de l’Agriculture et de la Pisciculture, un ministère de l’Elevage, un ministère de la Transformation Alimentaire des Produits Agricoles.
    Fait inédit, ce nouveau gouvernement compte un ministre délégué chargé des relations avec les Organisations paysannes et de la Syndicalisation des Agriculteurs. Les autorités publiques remettent la structuration paysanne dans leurs prérogatives directes. Cependant si elles savent ce qu’il faut, les paysans savent aussi ce qu’ils veulent et la concertation devrait être une piste de gestion des divergences et de recherche de convergences.
    C’est la question de la reconnaissance de la légitimité des acteurs représentants les paysans qui se pose en fait. La défense des intérêts des paysans est une ligne de force des organisations paysannes fédératives. Ainsi, empêcher les représentants de cette frange de la population de jouer leur rôle peut poser problème.
    Enfin, au-delà du « poids politique des paysans » ne s’agit-il pas plutôt du rôle des paysans sur les orientations des politiques agricoles ? La reconnaissance et la préservation d’une nécessaire concertation entre différents acteurs devraient être la ligne de réflexion stratégique.
    D’ailleurs, la Loi d’orientation agro-sylvo-pastorale (LOASP) de 2004, a institutionnalisé la concertation entre ces différents acteurs à travers la mise sur pied d’un comité d’orientation agro-sylvo-pastoral, qui ne s’est jusqu’alors jamais réuni !




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  • 25 mai 2009 18:48:30 Supprimer

    Dans l’éditorial du Grain de sel 44, on fait mention des difficultés entre le Conseil national de concertation et de coopération des ruraux (CNCR) et les pouvoirs publics au Sénégal. Sur la question du "poids politique des paysans et de leurs rapports avec le pouvoir", je trouve qu’il n’est pas judicieux de poser le débat uniquement sur la logique de la confrontation, mais qu’il faut plutôt analyser les dynamiques qui sont ponctuées en général de relations plutôt "froides" ou plutôt "chaudes" en fonction des enjeux et des moments.
    Depuis, la "réconciliation" entre le CNCR et le ministre a eu lieu. Aujourd’hui, ce ministre signataire de la lettre de suspension du CNCR n’est plus dans le nouveau gouvernement récemment constitué (le 1er mai 2009). Une page de "confrontation – réconciliation" vient d’être tournée avec ce départ. Cependant, au-delà de la personne, ce sont les rapports entre l’Etat et le mouvement paysan qu’il faut analyser.
    Plus qu’une lecture d’une succession de combats, il faudrait plutôt voir l’enjeu de la reconnaissance de la légitimité des acteurs paysans et la nécessité d’une concertation fructueuse avec l’Etat.
    Avec le nouveau gouvernement, le développement rural est éclaté en "divers morceaux" : un ministère de l’Agriculture et de la Pisciculture, un ministère de l’Elevage, un ministère de la Transformation Alimentaire des Produits Agricoles.
    Fait inédit, ce nouveau gouvernement compte un ministre délégué chargé des relations avec les Organisations paysannes et de la Syndicalisation des Agriculteurs. Les autorités publiques remettent la structuration paysanne dans leurs prérogatives directes. Cependant si elles savent ce qu’il faut, les paysans savent aussi ce qu’ils veulent et la concertation devrait être une piste de gestion des divergences et de recherche de convergences.
    C’est la question de la reconnaissance de la légitimité des acteurs représentants les paysans qui se pose en fait. La défense des intérêts des paysans est une ligne de force des organisations paysannes fédératives. Ainsi, empêcher les représentants de cette frange de la population de jouer leur rôle peut poser problème.
    Enfin, au-delà du « poids politique des paysans » ne s’agit-il pas plutôt du rôle des paysans sur les orientations des politiques agricoles ? La reconnaissance et la préservation d’une nécessaire concertation entre différents acteurs devraient être la ligne de réflexion stratégique.
    D’ailleurs, la Loi d’orientation agro-sylvo-pastorale (LOASP) de 2004, a institutionnalisé la concertation entre ces différents acteurs à travers la mise sur pied d’un comité d’orientation agro-sylvo-pastoral, qui ne s’est jusqu’alors jamais réuni !

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