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Des politiques agricoles nationales aux politiques régionales. Entretien avec Jean-Michel Debrat, directeur général adjoint de l'AFD

Grain de sel : À l’heure de la globalisation
et de l’intégration régionale,
quelle est l’utilité des politiques agricoles
nationales pour les États de l’Afrique
de l’Ouest et du Centre ?

Jean-Michel Debrat : Les politiques
agricoles nationales comme régionales
s’attachent à répondre à un même
constat, qui est la place primordiale
du secteur agricole dans l’économie
des pays en développement. Un constat
d’ailleurs rappelé avec force par le
dernier rapport annuel de la Banque
mondiale. Or les défis — économiques,
écologiques et démographiques
— auxquels est aujourd’hui confrontée
l’agriculture africaine, appellent à une
réflexion approfondie sur ces politiques
agricoles et les différents cadres
géographiques dans lesquelles elles
s’inscrivent.
Les politiques nationales reposent
sur les fonctions régaliennes. En matière
agricole, elles prennent la forme
de réglementations administratives, de
conditions fiscales, de politiques foncières.
Autant d’interventions étatiques
qui ont une influence déterminante sur
la productivité agricole, l’accroissement
de la production, l’aménagement de
l’espace et la gestion du capital naturel
dans la durée.
Le niveau régional quant à lui devrait
être plus à même de gérer l’offre
et la demande de produits agricoles,
par des infrastructures d’échange et
la politique des marchés. Ainsi c’est
au niveau régional que pourront être
abaissés les droits de douane ou être
mis en place un éventuel tarif extérieur
commun. En outre certaines infrastructures,
mêmes nationales, disposent
d’un hinterland régional, tels les grands
ports commerciaux. Enfin c’est également
à l’échelle régionale que peuvent
être définies de véritables politiques de
filières permettant à certains produits
de trouver leur place dans le marché
mondial. Le prototype en est bien sûr
la filière coton, en faveur de laquelle
des mécanismes régionaux ambitieux
pourraient voir le jour. On pourrait
ainsi imaginer que la commission de
l’Union économique et monétaire
ouest-africaine (Uemoa) prenne des
responsabilités dans la gestion de cette
filière coton, commune à beaucoup de
ses ressortissants. Mais de nombreuses
autres cultures vivrières produites
dans différents pays d’une même région
pourraient bénéficier de ce type
de mécanismes communs.
Au-delà de l’opposition national/
régional, cadre traditionnel d’analyse
des politiques agricoles, c’est en termes
d’espaces de production et d’espaces
de marché qu’il convient de raisonner.
En effet, les divisions administratives
ne rendent généralement pas compte
de la réalité géographique des milieux
naturels de production. Ce sont donc
ces bassins de production et de commercialisation
agricole qui doivent
retenir notre analyse. Cette notion
de « bassin de production » recoupe
des réalités géographiques très différentes
 : si certaines productions sont
marquées par leur caractère très local
— telle la ceinture vivrière autour
d’une ville — d’autres sont organisées
à plus large échelle pour alimenter des
marchés communs.
Cette approche zonale permet de
mettre en exergue un bassin de commercialisation
en plein développement :
celui des villes africaines. En effet, ces
dernières, qui connaissent un accroissement
démographique sans précédent,
constituent le premier marché potentiel
des produits vivriers africains. La
monétarisation des produits vivriers
est donc une véritable chance de modernisation
et de développement de
l’agriculture africaine.
Ces différents espaces peuvent ainsi
parfaitement s’emboîter sans s’opposer
 : les différentes échelles se croisent
et se complètent.
Toutefois le niveau national garde
dans bien des cas sa pertinence. Et c’est
finalement un principe de subsidiarité
qui doit fonder la coopération entre
politiques agricoles nationales et régionales.
Du fait des particularités de
l’agriculture africaine (prépondérance
des agricultures familiales, problème
d’insertion des jeunes en milieu rural
compte-tenu de l’accroissement démographique
venant compenser l’exode
rural, besoin de sécurisation des exploitants,
nécessité d’une gestion intégrée
des ressources naturelles), c’est en
partant de l’échelon local — si possible
décentralisé — et en remontant lorsque
nécessaire vers l’échelon régional,
que beaucoup de problèmes pourront
être efficacement traités. L’agriculture
africaine, qui offre encore des marges
de productivité considérables, pourrait
largement bénéficier de mesures très
concrètes à l’échelon local.

GDS : L’intégration régionale représente-
t-elle une véritable opportunité pour
l’agriculture ? Comment les politiques
agricoles pourraient-elles impulser de
nouvelles dynamiques à l’échelle régionale
dans un contexte de crise des
politiques nationales ?

JMD : Revenons tout d’abord sur le sens
de cette crise des politiques nationales.
Si ces dernières ont pour finalité de
répondre aux chocs externes, alors il
ne fait aucun doute qu’elles n’ont pas la
capacité d’action requise. Car dans la
plupart des cas, les pays d’Afrique ne
disposent pas des moyens budgétaires
et administratifs nécessaires pour faire
face à de tels aléas. En ce sens la notion
de crise de politiques nationales
traduit en réalité le fait que les États
ne sont pas à l’échelle des problèmes
qui leur sont posés. Et de ce point de
vue la région semble effectivement
mieux armée.
Toutefois il est certain que, dans bien
des cas, les politiques nationales ne
remplissent pas correctement le rôle
qui pourtant est à leur portée : c’està-
dire la mise en oeuvre d’une saine
gouvernance, d’une politique foncière
efficiente, d’une gestion efficace des
communautés décentralisées ; toutes
choses essentielles à la vie du monde
rural. En ce sens beaucoup reste à faire
au niveau national.
L’intégration régionale quant à
elle vise à raisonner en termes de
spécialisation des productions et de
promotion des produits sur les marchés.
Dans le contexte de mondialisation
des échanges qui est le nôtre,
il semble clair que le niveau régional
est plus à même de répondre à ces défis
et de disposer d’une vision claire
et ambitieuse en matière de politique
agricole. Le niveau régional permet
les circuits d’échange et les complémentarités,
notamment des produits
vivriers (céréaliers, d’élevage sur pied
ou autre). La crise de hausse des prix
agricoles que nous connaissons, conjuguée
à la tendance de la démographie
africaine, autorise donc à penser que le
vrai marché des agriculteurs africains
est celui des produits vivriers destinés
aux marchés régionaux.
Enfin, il est essentiel pour les responsables
africains de pouvoir peser
dans les négociations commerciales
internationales. Or cela passe nécessairement
par une intégration régionale
accrue. Car le défi est double
pour les politiques commerciales
africaines : d’une part les nations
sont mal armées pour pouvoir les
définir et les défendre au sein des
instances internationales, notamment
à l’OMC ; et d’autre part il n’existe
pas de construction supranationale
capable pour l’instant de gérer les
défis actuels. Ce fut tout le drame
de la négociation APE : l’absence de
négociateurs régionaux a largement
desservi les intérêts des pays concernés.
Or ces derniers pourraient parler
d’une seule voix en franchissant une
étape supplémentaire dans le cadre
des unions régionales. Si l’Uemoa
dispose davantage de cette capacité,
elle ne représente qu’une partie de
la région dont nous parlons. La condition
d’un dialogue solide et fructueux
pour ces pays est donc de se
constituer en bloc régional, assurant
la promotion de politiques agricoles
compatibles, et donc autant que possible
coordonnées, et incluant toutes
les parties prenantes (notamment la
société civile locale).

Directeur
général adjoint
de l’Agence
Française de
Développement
(AFD), Jean-
Michel Debrat a
été
administrateur
civil du
ministère des
Finances et
conseiller
budgétaire au
cabinet du
ministre de la
Coopération et
du
Développement.
J.-M. Debrat est
agrégé de
géographie et
diplômé de
l’École nationale
d’Administration
(Ena).

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2 commentaires

  • Inter-réseaux 29 août 2017 14:37:46

    Bonjour,

    Nous vous remercions pour votre message et votre intérêt pour nos travaux. Nous vous invitons à trouver la réponse à votre question dans le lien suivant : http://www.inter-reseaux.org/IMG/pdf/gds-41-42-politiques-agricoles-part2-11-rajohanesa.pdf

    L’équipe d’Inter-réseaux

  • RAFAMATANANTSOA Andry Patric 8 mai 2017 15:37:42

    Quelles sont les differentes formes des contributions de l’etat sur l’agriculture a madagascar




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2 commentaires

  • Inter-réseaux 29 août 2017 14:37:46

    Bonjour,

    Nous vous remercions pour votre message et votre intérêt pour nos travaux. Nous vous invitons à trouver la réponse à votre question dans le lien suivant : http://www.inter-reseaux.org/IMG/pdf/gds-41-42-politiques-agricoles-part2-11-rajohanesa.pdf

    L’équipe d’Inter-réseaux

  • RAFAMATANANTSOA Andry Patric 8 mai 2017 15:37:42

    Quelles sont les differentes formes des contributions de l’etat sur l’agriculture a madagascar

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