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« Nenako ho Tantsaha », collèges agricoles à Madagascar

Offrir à leurs enfants la possibilité de se former de manière professionnelle au métier d’agriculteur, telle était la volonté des paysans à l’origine des collèges agricoles à Madagascar. Fifata, avec l’appui de Fert et du Cneap, a ainsi initié une expérience unique dans ce pays, alliant proximité avec les paysans et professionnalisme.

EN 2002, Fifata, accompagnée par
Fert, décide de faire de la formation
initiale agricole un axe
fort de ses activités. Convaincus des
limites de l’apprentissage traditionnel,
les paysans souhaitent que soient créés
des collèges agricoles porteurs de changements
qui permettent de s’adapter à
l’évolution rapide de l’environnement
socio-économique.
Aujourd’hui, à Madagascar, trois
collèges agricoles accueillent 118 élèves.
Fortement ancrés au territoire régional,
ils s’adressent aux filles et fils
de paysans âgés de 14 à 18 ans, ayant
terminé leur cycle primaire et désireux
de devenir agriculteurs. Après
avoir suivi un cursus de trois ans
mêlant étude et terrain, ces derniers
devraient devenir des paysans aguerris,
capables d’exercer une agriculture
familiale, professionnelle et compétitive,
que défend Fifata. Les premiers
élèves agriculteurs sortiront en juin
2007. Grain de sel ne manquera pas
d’aller les rencontrer dans quelques
temps, suivre leur installation !

Une formation « signée » par les paysans,
appuyée par plusieurs partenaires.

Les collèges ont pour mission
de former des jeunes agriculteurs à
la fois sur les plans technique, économique
et social. Les élèves doivent
ainsi être :
– capables de mettre en oeuvre des
techniques performantes, adaptées
au contexte malgache et économiquement
rentables ;
– capables de gérer leur exploitation
à partir d’une connaissance réelle
des filières et des marchés ;
– désireux de s’engager au sein des
organisations paysannes et de devenir
de véritables acteurs de leur
territoire.
Ces objectifs, définis par les paysans,
ont été précisés avec l’appui du Conseil
national français de l’enseignement
agricole privé (Cneap) et de Fert, afin
de constituer le « référentiel professionnel
des collèges agricoles ».
Document à l’usage des formateurs,
le référentiel précise les principes de
mise en oeuvre de la formation, les
modules à enseigner ainsi que l’organisation
de la formation (progression,
stages, etc.). Depuis 2003, il fait
l’objet d’évolutions continues visant à
l’adapter en permanence compte tenu
du vécu des formateurs et des dires
des paysans.

Une formation complète laissant une
large place à la pratique : grands principes.

La durée de la formation (3ans)
permet d’induire des changements de
comportements, sans pour autant éloigner
le jeune des réalités villageoises
et communautaires trop longtemps.
Alliant enseignement général et enseignement
professionnel, la formation
laisse ainsi une large place à la pratique.
Une demi-journée quotidienne
est consacrée à des travaux pratiques
sur l’exploitation du collège. Des stages
dans l’exploitation familiale permettent
au jeune de renouer périodiquement
avec les réalités villageoises. Ils
sont surtout l’occasion de diffuser de
nouvelles techniques dans la famille
et le voisinage. L’exploitation est utilisée
comme support pédagogique pour
développer chez les jeunes des qualités
d’observation et d’enregistrements
quotidiens. Les données sont exploitées
au cours de travaux dirigés pour
aboutir à des outils utilisables par un
agriculteur professionnel : calcul des
marges brutes par production, diagramme
ombrothermique ⁴, courbes
de prix, calendrier cultural… L’élève
doit ainsi apprendre à construire ses
propres outils de gestion et de décision.
La troisième et dernière année,
consacrée à l’élaboration du projet
professionnel de chaque jeune, vise à
assurer la transition vers la vie active
et l’exercice du métier.
Enfin, la formation est dispensée par
des formateurs de métier. Ces derniers
sont eux-mêmes issus d’une formation
de formateurs novatrice initiée par
Fert et Fifata qui, en 11 mois, conduit
à une double compétence, agricole et
pédagogique.

Une demande et une implication fortes
des paysans.
En 2003, les deux
premiers collèges agricoles ont été
implantés où la demande paysanne
était la plus forte. C’est ainsi dans
les régions du Menabe (côte Ouest)
et de la Sofia (Nord Ouest) qu’ils ont
été créés. Le collège commun aux régions
Haute-Matsiatra et Ihorombe a
ouvert ses portes selon ce même critère
en 2006.
Le fonctionnement des collèges est associatif.
Les associations sont constituées
de représentants des parents
d’élèves, de personnalités locales et
de représentants de la Fédération régionale
des organisations paysannes.
Ces derniers sont majoritaires.
Ces associations prennent une part
active dans la vie du collège :
– elles mènent les campagnes de promotion
des collèges et de recrutement
des élèves ;
– elles suivent la gestion du collège en
lien avec le directeur ;
– elles s’engagent à faciliter la réalisation
du projet professionnel du jeune
et à assurer le suivi post-formation
dans la première année de sa vie
professionnelle.

Des défis multiples à relever… Un
souci majeur : la pérennité des collèges.

Créer des collèges agricoles, les
faire fonctionner et parvenir jusqu’à
l’installation des jeunes est une gageure,
à plusieurs égards. Le premier
défi est financier : malgré le soutien de l’association de parrainage « Un
filleul pour Madagascar » et d’autres
partenaires privés et publics, Fert et
Fifata recherchent chaque jour les
moyens d’assurer la pérennisation de
ces établissements. Dans un contexte
où l’État malgache manque terriblement
de moyens et où les principaux
bailleurs de fonds sont frileux pour
s’engager sur le long terme, la difficulté
est réelle. Un autre souci auquel Fert et
Fifata ont rapidement été confrontées
réside dans la rareté, sur le marché
du travail, de formateurs disposant
de toutes les compétences requises.
Manque de compétences pédagogiques,
pratiques agricoles moyennement
maîtrisées ou encore, pour les
plus qualifiés, refus de se « rabaisser »
à faire du terrain avec les élèves, autant
de difficultés rencontrées. C’est pourquoi
Fert et Fifata ont depuis décidé
de former en interne et sur 11 mois les
futurs formateurs des collèges.
Enfin, dans un contexte où la pression
foncière est forte, la construction
du projet professionnel de l’élève se
doit d’intégrer cette dimension : mes
parents s’engagent-ils à mettre une parcelle
à ma disposition ? Dois-je réfléchir
à une activité telle que le petit élevage
ne nécessitant pas nécessairement
beaucoup de surface ? Suis-je prêt à
« migrer » à l’intérieur de ma région
afin de m’installer dans une zone de
moindre pression foncière ?

Des impacts déjà perceptibles. Si
certains impacts ont déjà été identifiés,
la relative jeunesse des collèges
agricoles fait que d’autres, souhaités,
sont encore à venir.
Parmi les quelques impacts d’ores
et déjà perçus on peut citer :
– une augmentation du niveau des
élèves (les évaluations régulières
conduites par chaque formateur en
attestent) ;
– la diffusion des savoir-faire acquis
au collège vers les villages d’appartenance
des jeunes. Ainsi, un formateur
a pu se rendre compte que
« la technique du marcottage aérien
sur letchi enseignée aux élèves est
largement reprise dans les villages
d’origine de certains » ;
– un effet structurant sur la profession
là où un collège agricole a été créé.
La phase préalable à l’ouverture du
collège Haute-Matsiatra en est un
exemple. Séances de travail et visites
d’échanges ont favorisé l’émergence
de leaders paysans chez lesquels
l’idée fait son chemin de créer une
Fédération régionale des organisations
paysannes ;
– Une reconnaissance institutionnelle
réelle : les collèges sont reconnus par
les acteurs du développement des régions.
Ils sont régulièrement visités
par les autorités locales qui sont fières
de la présence de ces établissements
sur leur territoire.
Les principaux impacts attendus qui
seront les indicateurs véritables de la
réussite de l’action sont, d’une part,
la concrétisation des projets professionnels
d’un nombre significatif de
premiers sortants (juin 2007) et d’autre
part l’élargissement des missions des
collèges. Les élus paysans souhaitent
en effet que les collèges puissent, à
terme, être des sites de création de
références technico-économiques
mobilisables par la profession.

Créer de nouveaux collèges et concrétiser
les projets d’installation des
jeunes :
perspectives d’avenir. Jean
Claude, élève au collège de Befandriana,
témoigne d’une volonté affirmée
et d’une grande maturité… « En 3è
année je construis mon projet professionnel
 ».« Moi j’avais déjà une idée de
ce que je voulais faire après : avoir un
élevage de zébus pour faire de l’embouche
bovine. Mais je ne savais pas
encore la forme que ça pourrait prendre.
Combien de zébus, où les acheter
et à quel prix, comment les nourrir,
où aller les vendre ? Je ne m’étais jamais
vraiment posé ces questions. Le
formateur qui s’occupe de nous en 3è
année nous aide à nous poser les bonnes
questions pour vérifier si nos idées
sont réalisables, techniquement mais
aussi économiquement. Pour répondre
à ces questions nous devons partir là
où nous nous installerons plus tard et
chercher des informations précises. Souvent
on se rend compte qu’on est trop
ambitieux et le formateur nous explique
qu’il vaut mieux démarrer avec
un petit projet car on n’a pas beaucoup
d’argent. Moi par exemple au début je
voulais tout de suite 20 zébus mais ça
coûte déjà 600000 Ar (2300 euros) alors
que je n’ai presque pas d’argent. J’ai
donc décidé de commencer avec seulement
3 zébus. J’en ai déjà acheté un
en vendant des briques que ma famille
et moi avons fabriquées. Maintenant il
faut réfléchir pour imaginer la suite et
pouvoir agrandir mon activité agricole
petit à petit ».
Mamy, président de Fifata, est bien
conscient des enjeux liés à l’avenir des
collèges agricoles. « Dans quelques années,
nous souhaiterions avoir un véritable
réseau de collèges agricoles : un
dans chacune des régions d’intervention
de Fifata, soit une dizaine. Nous voulons
offrir à un maximum de jeunes la
possibilité de se former pour devenir de
vrais professionnels. Nous n’avons pas
eu cette chance et souhaitons que nos
enfants en profitent. Mais nous savons
aussi que créer un collège et le faire vivre
nécessite beaucoup d’argent et de
manière durable. C’est pourquoi nous
recherchons activement des partenaires
prêts à nous accompagner dans cette
action ».

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