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Bulletin de synthèse n°2 - Agro-écologie : où en est-on ?

À moins d’un an du prochain sommet du développement durable qui se tiendra en juin 2012 à Rio (Rio+20), la communauté
internationale se mobilise pour que les grands enjeux de demain soient mis à l’ordre du jour. Parmi les thématiques, la
question de la sécurité alimentaire mondiale et des nouveaux défis régissant les modèles agricoles d’aujourd’hui et de demain
est à l’ordre du jour. Parce que les modèles d’agriculture industrielle ont atteint leurs limites, il est grand temps d’investir
sérieusement dans des modèles plus durables à la fois sur les plans écologique, économique et social. L’agro-écologie, dont
le concept sera explicité et défini dans cette note, est aujourd’hui maintes fois reconnue comme étant une solution d’avenir
pour répondre au défi des 9 milliards de bouches à nourrir en 2050, sans avoir à sacrifier les ressources naturelles de la
planète. Mais comment ?

Ce bulletin de synthèse vise d’une part à recadrer les principaux défis alimentaires mondiaux actuels, à présenter le concept d’agroécologie sous ses multiples facettes, et à en expliciter les principes et techniques phares qui font aujourd’hui leurs preuves. Il questionne
également le concept d’agro-écologie au regard des multiples vertus que la littérature lui confère, tout en relevant les principaux défis
qu’il faudra surmonter pour en développer la diffusion à plus large échelle.

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2 commentaires

  • Marjolein Visser 9 novembre 2011 14:38:09

    Bonjour,

    J’ai lu votre bulletin de synthèse avec beaucoup d’intérêt.

    Quelques commentaires cependant, que je regrouperais en 5 points :

    (1) Ne pas réduire l’agriculture industrielle à un mode d’agriculture utilisant des produits chimiques comme intrants
    L’industrialisation (et la capitalisation) de l’agriculture va bien au-delà de l’emploi strict de produits chimiques (c’est par exemple le cas de l’agriculture biologique pratiquée à grande échelle). Il aurait fallu que ce bulletin revienne davantage sur ce que l’on entend par « une agriculture industrielle et capitaliste », et notamment sur les raisons historiques qui nous ont conduit à privilégier ce modèle de développement agricole plutôt qu’un autre.

    (2) Insister davantage sur une particularité essentielle de l’AE qui consiste à positionner les paysans et leurs besoins au premier plan.
    Le bulletin de synthèse n’insiste pas suffisamment sur une spécificité particulièrement intéressante de l’agro-écologie au sens large qui intègre la nécessité de mettre les paysans et leurs besoins au centre des préoccupations de souveraineté alimentaire. Trop souvent, l’agro-écologie est comprise comme « simplement » un ensemble de techniques écologiques, et beaucoup d’agronomes aimeraient réduire l’agro-écologie à sa dimension technique. Mais l’agro-écologie au sens large est l’écologie des « food systems » (difficilement traduisible en français). Ce sont des écosystèmes faits par des humains pour satisfaire leurs besoins primaires, et donc le point focal n’est plus les techniques mais les besoins, à la fois des producteurs (paysans), pour qu’ils puissent continuer à produire, et des consommateurs,

    (3) Aller vers une agriculture « plus autonome et locale » ne dépend pas que d’un choix politique mais aussi de raisonnements économiques, agronomiques, écologiques et sociaux qui méritent démonstration.
    Le bulletin de synthèse présente « une agriculture plus autonome et plus locale » comme devant faire l’objet d’un choix politique. Or il y a de nombreuses raisons tant écologiques, agronomiques qu’économiques pour défendre cette idée et « le politique » semble loin d’être la première solution. À mon avis, il est possible et il serait souhaitable d’argumenter de façon scientifique qu’il vaut mieux travailler avec une multitude de « petits paysans » (notion à définir) qui produisent en majorité pour un marché « local » (à préciser aussi), qu’avec quelques gros industriels visant l’exportation. Ceci est résumé par encore une expression anglaise difficile à traduire tellement elle est concise : « How local is local ? ». En vue de la globalisation permise par le pétrole, ressource qui deviendra rare dans un futur proche, cette question devrait être au centre des recherches en agro-écologie.

    (4) La notion de « rendement » pour des pratiques agro-écologiques n’est pas simple à évaluer !
    Il me semble important de relativiser le concept de « rendements agro-écologiques ». En effet, un rendement de pratiques agro-écologiques doit être considéré comme un rapport « output/input » pour lequel de nombreux facteurs peuvent être pris en considération, notamment certains peu communs qui dépendent notamment du contexte sociétal : faut-il privilégier le rendement par hectare ou par heure travaillée ou encore par journée investie ou plutôt par euro dépensé ? Et quid pour le numérateur de la division « output/input » ? Car en termes de « service rendu » et donc de « output » qu’est-ce qui est pris en compte ? Si l’on ne considère que les tonnes de grains produits, et non pas la pollution que ce grain a causé, on cache un output négatif. D’autre part, c’est grâce à quelques précurseurs en agro-écologie que l’on a commencé à s’intéresser à un rapport output/input converti en Joules, donc énergétique, pour se rendre compte que l’agriculture industrielle et capitaliste produit moins d’énergie alimentaire qu’elle n’a consommé, que son rapport output/input énergétique est donc inférieur à 1 dans la plupart des cas. La notion aussi du rendement à court terme (le rendement directement utile, ce qui se vend par exemple) versus celui à plus long terme (le rendement indirect, comme par exemple l’ajout de carbone au sol par un enracinement profond) est rarement prise en considération dans ces calculs – et nous n’en avons pas les moyens en ce moment !.

    (5) Ne pas oublier la multifonctionnalité de l’agro-écologie
    Il est trop souvent oublié que l’agriculture peut être entendue comme étant la base de tout le reste de l’économie, et qu’elle englobe de plus en plus un ensemble de défis planétaires cruciaux. C’est pourquoi l’AE, en termes de science, doit avant tout être considérée comme une science systémique et transdisciplinaire ayant un impact considérable sur de nombreux secteurs (environnement, économie d’énergies, changements climatiques, sécurité alimentaire, emploi rural, etc.). Face à la crise multidimensionnelle qui nous entoure, il est impensable de repenser la société sans repenser ses « food systems ».

    Signature  :
    Marjolein Visser
    Service d’Ecologie du Paysage et Systèmes de Production Végétale
    Unit of Landscape Ecology and Plant Production Systems
    Ecole Interfacultaire des Bioingénieurs (EIB)
    Interfacultary School of Bio-engineers
    Université Libre de Bruxelles (ULB)
    Email : [email protected]

  • Thierry Pleines 9 novembre 2011 14:36:28

    Chères d’équipe d’Inter-réseaux et de SOS-Faim
    Un grand merci et félicitations pour ce bulletin. Très intéressantes clarifications sémantiques, montrant des dimensions dont je n’étais pas conscient.
    Si des contributions peuvent vous être utiles, en voici deux, en quelques mots :
    1. La rentabilité des pratiques agro-écologiques
    Contrairement à ce qui est parfois exprimé, nous pensons que les techniques (notamment agro-forestières) ont encore tout à prouver. Vous soulevez bien la question du travail supplémentaire requis, mais cela va plus loin : est-ce que les coûts supplémentaires par rapport à la pratique actuelle sont plus que compensés par des recettes supplémentaires ?
    D’après nos observations, nombres de techniques agro-forestières prônées sont inutiles, car non rentables (les coûts dépassent largement les gains additionnels) dans diverses situations réelles. Il serait utile de le faire savoir, pour que les conseillers évitent des déconvenues aux agriculteurs.
    A ce sujet vous mentionnez que des technique combinées (intrants chimiques + agro-écologie) sont peut-être les plus rentables, un hypothèse que nous partageons : avez-vous s’il vous plaît des références ? J’en cherche ardemment.
    2. La richesse des pratiques « traditionnelles »
    Alors que beaucoup d’énergie est parfois dépensée pour introduire des techniques exogènes, met-on déjà suffisamment en valeur des connaissances et pratiques existantes dans une zone donnée ?
    Au sud du Togo, une modeste étude (ci-jointe : http://www.inter-reseaux.org/IMG/pdf/Rapport_CAP_connaissances_tradit_MoPIB_2007_pour_difffusion.pdf) a mis en évidence des connaissances et des pratiques préexistantes en matière de conservation de la fertilité des sols.
    Encore merci pour votre précieux travail et cordiales salutations
    Thierry Pleines
    Responsable du Programme Togo-Bénin
    Brücke Le pont
    [email protected]
    www.bruecke-lepont.ch


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