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Entretien avec Mahamadou Hassane, secrétaire général de la FUCOPRI

Cet entretien a été réalisé par Inter-réseaux en marge de l’atelier de réflexion et
de formation sur les politiques agricoles et commerciales régionales, organisé
par le ROPPA du 4 au 7 avril à Lomé.

Inter-réseaux : Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?
Mahamadou Hassane : Je suis producteur de riz dans la vallée du fleuve Niger. Mon
exploitation se situe au Niger, à 210km de Niamey, vers la frontière avec le Mali. Je
cultive du riz en périmètre irrigué, du riz fluvial en dehors du périmètre, ainsi que du
sorgho, du mil et du maraichage ; je pratique également l’élevage. J’ai 3ha dans le
périmètre et plusieurs dizaines d’ha hors périmètre. J’aime la culture de riz, car dans le
riz, tout est utile et rien ne se perd : les grains sont consommés par les hommes et les sous produits
servent à l’alimentation des animaux. Et puis, c’est une culture de base pour l’alimentation de la famille,
mais elle se vend aussi. Dans notre zone, nous avons de sérieux problèmes avec les hippopotames, qui
détruisent les champs. Nous sommes contraints d’employer des gardiens pour surveiller les champs la
nuit, ce qui nous limite dans la superficie des champs cultivés. Depuis 2003, je suis secrétaire général de
la FUCOPRI.

IR : Pouvez vous nous présenter la FUCOPRI ?
MH : La Fédération des unions de coopératives de riz (FUCOPRI) est une organisation paysanne
nigérienne composée essentiellement de producteurs rizicoles, établis sur les périmètres
irrigués autogérés. Elle a été créée en en 2001, et elle est composée de 9 unions, 37 coopératives
rizicoles rassemblant environ 25 000 chefs d’exploitation. L’ensemble de ces coopératives sont situées le
long de la Vallée du fleuve Niger, dans les régions administratives de Tillabéry, Dosso et la Commune
urbaine de Niamey. Près de 8000 ha ont été exploités lors de la campagne 2011.
L’objectif de la FUCOPRI est le développement économique, social et culturel de ses membres, par
l’amélioration de leurs conditions d’approvisionnement, de production et de commercialisation du riz en
passant par le renforcement de leurs capacités organisationnelles. C’est l’unique OP rizicole au Niger.
Nos domaines d’activité sont la représentation auprès des partenaires (y compris l’État), la facilitation en
termes de crédit bancaire, d’approvisionnement en intrants, la commercialisation des produits des
membres et le renforcement des capacités techniques et organisationnelles des membres.
Au niveau national, nous sommes membre de la Plateforme paysanne du Niger, du Réseau des
chambres d’agriculture du Niger, et du Conseil pour l’action et la solidarité paysanne au Niger (CASPANI).
Au niveau régional, nous faisons partie du Cadre régional de concertation des riziculteurs de l’Afrique de
l’Ouest.
La FUCOPRI dispose d’un secrétariat technique composé d’un directeur, de deux chargés de
programme, d’une comptable et d’un chauffeur.

IR : Quelles sont les principales activités de la FUCOPRI ?
MH : Nous menons deux activités principales, pour nos coopératives membres : l’intermédiation pour la
commercialisation primaire (du paddy) ; l’appui à l’approvisionnement en intrants (engrais principalement,
et semences et produits phytosanitaire).
IR : Pouvez-vous nous expliquer comment s’organise la commercialisation groupée du paddy ?
MH : En 2003, les coopératives ont connu de sérieux problème de commercialisation du paddy, suite à la
faillite de la société « le Riz du Niger » (RINI), qui assurait l’achat du paddy, sa transformation et la
commercialisation du riz blanc. Les coopératives étaient endettées, connaissaient des crises internes.
Face à cette situation, les responsables de la Fédération sont rentrées en négociation directe avec les
plus hautes autorités de l’Etat (le président de la République), en vue de soutenir la filière riz. Ces
négociations ont abouti à l’« Opération sauvetage de la filière riz », qui permet l’achat à prix garanti du
paddy par l’État, grâce à un montage tripartite : la FUCOPRI assure la fourniture du paddy, l’Office
national des produits vivriers (OPVN) garantit l’achat du paddy et les riziers sa transformation.
L’organisation de la commercialisation se déroule de la manière suivante. A chaque campagne, à
l’approche de la récolte, la FUCOPRI organise une mission au niveau de l’ensemble des unions pour une
pré-évaluation des quantités commercialisables. A la fin de cette mission, un atelier commercialisation est
organisé pour consolider les données et faire le point. Un projet de contrat est ensuite préparé et soumis
à l’appréciation de l’OPVN : le prix d’achat du paddy proposé à l’OPVN est fonction des coûts
d’exploitation des producteurs. Les deux parties – FUCOPRI et OPVN – se retrouvent ensuite pour
échanger essentiellement sur le prix et le mode de paiement. Enfin, une deuxième rencontre avec
l’ensemble des coopératives est organisée pour restituer les résultats de la négociation et surtout pour
avoir l’accord des coopératives sur le prix convenu avant de passer à la signature du contrat avec
l’OPVN. A la fin de la campagne, une fois que les coopératives livrent le paddy à l’OPVN, l’OPVN remet le
paddy aux différentes unités de transformation, et le riz blanc est mis dans le stock de sécurité alimentaire
de l’État.
Grâce à ce système, nous obtenons un prix rémunérateur pour les coopératives : le sac de paddy de 72
kg est ainsi passé de 8 500 FCFA en 2003 à 13 500 FCFA aujourd’hui. Environ 12 000 tonnes de paddy
par an (6000 à 7000 tonnes par campagne) sont vendues à l’OPVN par ce mécanisme : cela représente
1/5 de la production totale de paddy sur les périmètres, et tout le riz local de l’OPVN provient de la
FUCOPRI. Lorsque l’OPVN procède au paiement de la livraison, la FUCOPRI prélève une commission (1
FCFA/kg commercialisé) avant de payer les coopératives : cela constitue une source de financement
d’environ 12 millions de FCFA par an pour la FUCOPRI.

IR : Comment fonctionne le système d’approvisionnement en intrants de la FUCOPRI ?
MH : Nous avons intégré au système de commercialisation que je viens de décrire, un mécanisme de
financement des intrants pour les coopératives de la FUCOPRI. L’ensemble des redevances fixes, c’està-
dire les dotations sur amortissements, que les coopératives récupèrent auprès de leurs membres sont
placées dans des comptes DAT (dépôt à terme) ou comptes bloqués. Ces comptes servent de garantie
pour avoir un crédit auprès de la Sonibank. Ce crédit sert à acheter des engrais auprès de la Centrale
d’approvisionnement en intrant et matériel agricole (CAIMA). Le contrat de commercialisation avec
l’OPVN sert également de garantie au niveau de la banque. La vente du paddy à l’OPVN sert à
rembourser l’ensemble des crédits intrants. La coopération japonaise nous a appuyé à travers un prêt
sans intérêt d’environ 148 millions pour l’achat direct de paddy auprès de nos membres, et ainsi éviter le
bradage du paddy. C’est un fonds tampon, que l’on utilise également comme garantie pour augmenter le
volume de notre crédit, en plus des fonds DAT. Récemment, nous avons également pris un crédit intrants
de 200 millions à la Banque agricole du Niger (BAGRI).
Pour bénéficier de ce service engrais, il faut que les coopératives satisfassent certaines conditions :
d’abord, la coopérative doit recouvrer au moins 95% de sa redevance. Ensuite, il faut qu’elle accepte un
suivi rapproché des techniciens de la FUCOPRI dans l’assainissement de sa gestion. Enfin, il faut qu’elle
alimente un compte DAT avec les fonds prévus pour l’amortissement des pompes et gros travaux. 70 à
80% des coopératives respectent cela aujourd’hui. Certaines coopératives ont aujourd’hui plus de 50
millions sur leur compte DAT.
En termes de résultats, ce système a permis de mettre à disposition des coopératives environ 2000
tonnes d’engrais en 2009, 2500 tonnes d’engrais en 2010 et 3000 tonnes en 2011, pour un coût global de
810 millions FCFA. Grâce à l’achat groupé, on réalise une économie sur le sac d’engrais au producteur
variant entre 2000 et 4000 FCFA. En faisant une marge de 1000 FCFA par sac d’engrais, la FUCOPRI a
créé 25 millions de ressources propres en 2011. Ce système a également permis d’améliorer la gestion
financière des coopératives. Enfin, aujourd’hui nous avons plus de 120 millions de FCFA dans les
comptes DAT d’une dizaine de coopératives. Cela renforce les capacités des coopératives à faire face
aux travaux d’entretien de leur outil de production.

IR : Quelles sont les difficultés que vous rencontrez dans ces systèmes ?
MH : La principale difficulté se situe dans les retards. Il y a un retard permanent dans la signature du
contrat avec l’OPVN et des retards dans les paiements des factures. Le paddy peut ainsi être payé par
l’OPVN 4 à 6 mois après la livraison.
Ensuite, il arrive que certains producteurs ou coopératives ne respectent pas leur engagement par rapport
au contrat signé. Cette année, dans le contrat avec l’OPVN, le prix du paddy était fixé à 13 500 FCFA le
sac ; au niveau du marché, le sac est aujourd’hui à 16 000 ou 17 000 FCFA. Attirés par ces prix plus
élevés, certains producteurs préfèrent ne pas amener leur riz à la coopérative, et certaines coopératives
ne livrent pas l’OPVN.

IR : Quelles sont les perspectives au niveau de la FUCOPRI ?
MH : Lors de la dernière assemblée générale, on a demandé à la FUCOPRI de s’intéresser à la pisciriziculture.
Il existe des sites pisciculture abonnées et nous aimerions les réhabiliter pour produire du
poisson, ce qui apportera une valeur ajoutée aux coopératives. Il y a aussi de nouveaux domaines que
nous souhaiterions investir : le maraichage, développé au sein des périmètres, surtout par les femmes, et
l’élevage, très pratiqué autour des périmètres.

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